Citoyen de la terre

Publié le par Michel Durand

Un habitant de Beni-Isguen me conduisant, dans sa voiture, à la maison d'été de Monsieur Ch…  qui se trouve dans l'oasis de cette même ville où je passe mes vacances (mon traditionnel mois sabbatique de janvier), laissa aller son cœur pour me dire : « vous les Français, vous êtes les citoyens de la terre. Avec votre passeport, vous pouvez aller partout où vous voulez. S'il y a l'exigence du visa, vous l'obtenez tout de suite ».
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Citoyen de la terre !

Un long silence s'installe dans la conversation. Quand je suis arrivé à reprendre la parole, ce ne fut que pour tenter de justifier mon silence, mon absence de mots adéquats.
Oui, devant cette injustice flagrante, je n'ai rien à dire. De fait, le Français, les Européens, ne rencontrent aucune barrière dans leurs désirs de voyager. Ils sont bels et bien citoyens du monde jouissant de la possibilité de se rendre dans la région de leur choix. Faudrait-il, concrètement, refuser cet avantage puisque tous les hommes de la terre n'en jouissent pas de façon identique ?
Dans la phrase, « vous, les Français, vous êtes citoyens du monde, de la terre », à cause peut-être de mon imagination, ou du ton de la voix, j'ai perçu un non-dit qui relève de l'époque coloniale. « L'Occidental se considère partout chez lui, il en a les moyens. C'est le maître, le vainqueur ».
La politique de la France, surtout depuis quelques années, telle fut la suite de notre conversation, est complètement inégalitaire. « Vous venez chez nous sans problème. En 24 heures vous obtenez un visa. Mais moi, j'ai de la famille en France et ma demande de visa m'est toujours refusée. Ici, j'ai un bon métier ; j'ai la famille, des enfants qui commencent à être grands, je n'ai pas le désir de vivre en France mais seulement de rendre visite à mes frères. Pourquoi me refuser le visa touristique ? »
Je rapproche le récit de cet homme blessé de ne pouvoir, comme moi, être « citoyen du monde », des difficultés qu'un époux et père rencontre pour faire venir à Lyon sa famille. Tous les papiers sont correctement réunis. La préfecture de Lyon certifie que rien ne manque et pourtant le consulat de France à Alger, pour la énième fois vient de dire que l'on ne pouvait pas remettre maintenant le visa, car il fallait encore examiner la situation de l'enfant, un bébé de quelques mois. La jeune maman devra refaire quelque 400 kilomètres pour un nouveau rendez-vous au Consulat.
Quand, muni d'un certificat d'hébergement algérien je me présente au consulat algérien de Lyon, 24 heures après je peux retirer mon passeport oblitéré du visa adéquat.


Sur le regroupement familiale voir la position de l'Eglise catholique

Publié dans écrit de Béni Isguen

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Dugas 09/02/2008 23:08

Merci pour ces excellents articles!De l'Acadie (Canada)