Présence à Dieu, présence aux hommes.

Publié le par Michel Durand

Des médiations très concrètes sont nécessaires : pourquoi pas la création artistique ?RGarin.jpg

Le Ressuscité ne cesse de sortir à la rencontre des hommes. À sa suite nous sommes invités à sortir de nous-mêmes pour devenir présents à toutes personnes rencontrées.
La méditation contemplative de Pierre, Jacques et Jean aurait pu se prolonger sur la haute montagne de la transfiguration où Jésus priait (Mt 17, 1ss). C'était, du reste, le désir des trois disciples ; mais il en fut autrement. Le jour suivant, quand ils furent redescendus de la montagne, une grande foule vint à la rencontre de Jésus. Parmi elle un père implore Jésus pour qu'il intervienne afin qu'un esprit maléfique quitte son fils (Luc 9, 37ss). "Jésus menaça l'esprit impur, il guérit l'enfant et le remit à son père".
L'indispensable communion à Dieu dans une bienheureuse contemplation de la Beauté divine ne peut faire oublier que le monde attend la libération. Il y a un incessant aller-retour entre la présence à Dieu et la présence aux hommes. C'est ce que vivent de nombreux "militants" chrétiens (expression, hélas, démodée). Sensibles aux multiples égarements des hommes et des femmes de ce temps, soucieux de leur quête de bonheur, ils comprennent combien Jésus, renonçant à la puissance selon le monde, livré à tous et à toutes dans sa pauvreté, révèle l'engagement de Dieu pour délivrer chacun et chacune de toute situation inhumaine. Celui qui se met à la suite du Christ est placé sur le chemin de la véritable nécessité humaine.
Mais il ne suffit pas de le dire, de l'expliquer, de le démontrer avec des arguments ou de le proclamer avec des discours, des homélies, des exhortations enflammés. Il faut le montrer dans le quotidien et au travers des diverses initiatives et engagements.
Autrement dit, et en bref, la méditative contemplation de Dieu dans sa beauté qui ouvre à la rencontre d'autrui ne peut, pour être réelle, que se traduire par de multiples médiations. C'est pour concrétiser cet aspect de la contemplation que je ressens le besoin d'écrire ces quelques lignes.

Par quelles médiations, peut-on, puis-je, certifier une authentique présence à Dieu et aux hommes ?
La question, quand elle m'est venue, m'est apparue prétentieuse. J'ai hésité à la formuler par écrit.; mais, finalement, je ne vois pas comment l'éviter. Et, que répondre ?
Je ne souhaite pas, aujourd'hui, énumérer tout ce qui pourrait être considéré comme "médiation". Pourtant, je me dis que cela pourrait être utile, notamment en équipe "d'apôtres", de dresser une liste. Cela servirait à la dynamique de l'équipe.
Je pense principalement aux expositions de peinture que nous avons organisées pendant vingt ans à l'Espace Confluences (sans, hélas, avoir trouvé une équipe pour assurer une continuité). Chaque artiste présentant son travail montre une part de lui-même. Il dévoile en exposant tout en s'exposant, le sens qu'il donne à sa vie. Nombreux articles de la revue Confluences en témoignent. Souvent, nous avons pu constater que, contre une société martelée par la marchandisation de l'économie libérale misant sur l'avoir, l'artiste développait son désir d'être dans un monde où l'être à toute sa place.

Roger Garin, exposition de "En marge".
C'est avec une grande joie que j'aborde les mois à venir, car, l'opportunité se présente d'une longue exposition disant bien le désir du Christ d'être présent à toutes et à tous, la présence auprès des plus pauvres étant une garantie évangélique de présence à l'humanité entière.
Il me semble, en effet, que la peinture de Roger Garin, les thèmes choisis, le graphisme employé, la matière utilisée –carton ondulé, papier, journaux- disent bien l'enfouissement de Jésus, le Christ, parmi les hommes pour les conduire à la résurrection.
Chemin de croix pour SDF
Ecce Homo
Galère des sans-papiers
Résurrection.
Autant de thèmes qui seront traités sous le titre : « En marge »
En marge, oui, mais appelé à la gloire.
Si vous souhaitez lire l'ensemble du dossier concernant cette exposition à Saint-Polycarpe, 25 René Leynaud à Lyon Premier, reportez-vous au site de Confluence.

Une médiation
Même si j'ai cru à un moment de mon existence qu'il était opportun d'annoncer l'Évangile dans sa nudité –proclamer le texte tel quel- je pense maintenant et depuis pas mal d'années, qu'il est préférable de répondre à une question, d'entrer dans la formulation d'une attente, d'un désir. Le dialogue engagé avec les personnes rencontrées est susceptible de dégager des questions non ou mal formulées. Je n'ai pas une vérité à imposer, mais un désir à découvrir. "Seigneur, viens délivrer mon fils, mon unique, qu'un esprit malmène".
Imaginez-vous toutes les conversations qu'un travail artistique peut susciter ?
Que Roger Garin ait choisi de travailler sur du carton ondulé en dit long sur les conditions de vie de ceux et celles qui sont abusivement qualifiés de Sans Domicile Fixe et s'abritent sous des toits improvisés en carton ondulé.
Et Chemin de croix ?
N'y a-t-il pas une ressemblance entre ce que les pouvoirs religieux juifs et impériaux romains imposaient au Christ et ce que la religion de longue date universelle du dieu-argent afflige à qui n'arrive plus à "tirer son épingle du jeu" ?
Des croix de souffrance peintes (ou suggérées) sur du carton ondulé, symbole de nombreuses souffrances humaines devant lesquelles personnes, et encore moins les disciples du Christ peuvent demeurer aveugles.
Je pourrais en dire autant à partir du travail "Ecce Homo" ou "Sans papier" ; mais j'attends de mieux connaître ces œuvres.

Bien évidemment, il n'y a pas que cette forme de médiation. Pour bien faire, il faudrait, dans la ligne de ce qui précède, toutes les énumérer : accueil, chez soi, de SDF, de sans papier, contact avec les familles pour du soutien scolaire, conversation toute banale avec qui a besoin de parler, aide à quelqu'un qui veut apprendre à prier… etc.
"Celui qui aime Dieu, qu'il aime aussi son frère". St Jean.

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