Où trouver l’absolu ?

Publié le par Michel Durand

Si je me pose la question de savoir où se trouve l'Absolu, ce n'est pas par un désir purement philosophique. C'est par souci pastoral, pourrais-je dire. Pour répondre à ces questions, quel sera mon langage, ma parole dans un monde assoiffé d'Autre Chose ? Est-ce que je vais en rester à l'analyse des événements ? Comment annoncer l'Evangile ?

L'absolu se trouve partout et nulle part. Il ne se situe pas. C'est peut-être ce qui fait que chacun le situe où il veut, où ses tendances le font aller.

Alfred Manessier, Du fond des ténèbres, 1963
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L'esprit du Seigneur nous devance, disons-nous, et c'est vrai ; mais, comme il est difficile d'en discerner les signes ! Est-ce que toute libération est présence divine ? Je ne suis pas capable d'apporter d'exemples vraiment significatifs, ce qui laisse mes paroles au niveau des impressions. Il faudrait en discuter pour bien s'assurer si l'on peut, aussi aisément que le font nombre de chrétiens, prêtres et militants, parler de la promotion d'une classe en pensant au salut selon l'Evangile. L'accent est tellement mis sur ce qui se vit dans le monde, que l'on serait porté à croire que tout l'Absolu se trouve au cœur des hommes. L'important est ce qui se fait : "là, au moins, çà bouge. C'est bien." A mon avis, même en considérant que Dieu, d'une façon immanente, soutient toute action, l'accent mis sur l'humain est tellement fort que cela pose question.

Ce que je viens d'écrire n'est pas plus neuf que précédemment. Les voix qui s'élèvent contre l'horizontalisation de l'Eglise, du message évangélique sont de plus en plus nombreuses. Si, d'une certaine façon, je fais chorus avec celles-ci, c'est parce que je me demande pourquoi il est parfois difficile d'obtenir l'écoute des gens qui privilégient la présence de Dieu dans le monde.
A noter que la réciproque est également vraie. Des chrétiens, branchés sur la prière au Dieu Transcendant, en arrivent à oublier totalement le prochain ; à ignorer, inconsciemment peut-être, qu'il est temple de l'Esprit.

Dans la perspective du divin présent dans le monde, le regard est principalement porté sur l'homme qui agit, progresse, change. Ce sont ses efforts qui sont placés sur l’autel devenu alors sacré. Dans l’autre perspective, celle du Dieu Très Haut, l'homme attend, presque passivement, que sa conversion, sa libération et ensuite celle du monde qui l'entoure, lui tombe dessus. Cela doit se faire tout seul : par pure Grâce. Il n'y a que la prière qui importe. " Si tu as un problème, eh bien ! Prie !" "Tu n'as qu'à prier, Dieu viendra à ton secours…" Il arrive même de dire, surtout dans certains groupes très pentecôtistes, que celui qui n'a pas obtenu de réponse n'a pas assez prié.

J'ai quelquefois appelé cette tendance chrétienne - vous y avez reconnu le courant charismatique auquel je crois beaucoup - "la spiritualité des bras croisés." Dieu est tellement vu dans sa grandeur, dans sa puissance, dans son absolue bonté, que nous n'avons qu'à attendre les bienfaits de sa venue en nous. Tout est grâce, don de Dieu. Mes efforts humains sont bien minimes, voire inutiles à côté de la force de Dieu et de son Esprit.

Il va sans dire que les caricatures que je viens de dessiner sur la place et le rôle que nos tendances humaines donnent à l'Absolu, nécessitent de nombreuses nuances. Je maintiens cependant qu'elles méritent d'être ainsi brossées pour mieux se poser la question de l'équilibre entre nos diverses manières de percevoir Dieu. De nombreuses raisons et une certaine expérience me font dire qu'il est urgent de faire à nouveau le point sur ce sujet. Le faire en Eglise… et c'est là que réside sûrement la difficulté. Car, avec l'esprit de secte que nous avons actuellement, les gens en présence s'excommunient mutuellement aux premiers mots du "status questionnis ". Et c'est bien dommage, car cela nuit à notre crédibilité en maculant le témoignage collectif. Jésus n'est-il pas le lieu véritable de l'Absolu, la rencontre de l'horizontal et du vertical, de l'immanence et de la transcendance ? Si, dans notre être et dans notre faire ecclésial, il y avait unanimité, unanimité visible autour de ce point fondamental de notre foi, le monde, en quête d'un sens à sa vie, en recherche d'Absolu, trouverait plus facilement une réponse.

A travers cette réflexion, je suppose que vous avez pu déceler le souhait que j'émets d'une concertation, d'un dialogue plus effectif qu'il n'est actuellement, d'une rencontre plus vraie et plus profonde entre les membres de l'Eglise, entre les responsables des diverses cellules d'Eglise.

Publié dans Il y a 30 années...

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