Quand on a les moyens ! tentation consommatrice

Publié le par Michel Durand

Quand on a les moyens !
Je reviens sur cette expression employée et commentée il y a quelques jours. Ne peut-on pas imaginer un lien avec la première des tentations de Jésus relatées dans les récits évangéliques qui parlent de Jésus jeûnant 40 jours dans le désert (Mat 4,1-11) : « Si tu es le fils de Dieu ordonne que ces pierres deviennent des pains » ?
Jésus, homme comme tous les hommes, a connu tout au long de son existence la faim. Ses disciples aussi connurent la faim : « Un jour de sabbat, Jésus vint à passer à travers des champs de blé. Ses disciples eurent faim et se mirent à arracher des épis et à les manger » (Mat 12,1).
Quoi de plus normal que de rassasier sa faim, même légère, fut-ce un jour sabbatique où il est, selon la loi, interdit de travailler (et non de cueillir, soit dit en passant, des produits dont on n’est pas propriétaire).
Jésus comble sa faim.
Comme tout homme, il trouve le pain nécessaire pour satisfaire ce besoin premier. Mais, accomplir un miracle prodigieux pour cela, voilà une tentation qu’il refuse.

Quand le besoin n’est-il plus premier ?
Il y a pour l’humanité d’aujourd’hui –l’Occident surtout, mais des pays dits émergeants suivent à grands pas le même chemin- une réelle tentation à augmenter inconsidérément les « moyens » dont on dispose en transformant l’accessoire en essentiel. La « tentation économique » de l’Occidentellul.jpg (voir Jacques Ellul) consiste à rendre légitime toutes sortes d’activités productives. On crée des besoins pour se donner l’occasion d’inventer des productions qui vont satisfaire ces besoins. Si, « sur le marché, est lancé un produit, c’est qu’il correspond à un besoin ». Au préalable, la publicité a efficacement agi pour que le besoin en question soit considéré comme bien réel. « La vie économique n’existe que pour satisfaire des besoins qu’il faut créer pour pouvoir écouler le nouveau produit ». Et l’homme montre une grande ingéniosité dans ce domaine créatif.
Quand on a les moyens, est-ce pour se payer tout ce qui est produit ?
La société de consommation offre une production telle que jamais la faim ou la soif de nouveauté ne sera rassasiée.
L’homme serait-il comme Dieu, capable de créer mille et mille choses ? On pourrait le penser à force d’apprécier de ce qui est inventé pour répondre aux attentes humaines, par exemple pour une femme (et peut-être un jour pour l’homme) engendrer un enfant avec le seul contact d’un laboratoire médical. Par sa capacité de « miracle productiviste », l’homme prouve qu’il est divin.
Mais voilà : « Ce n’est pas seulement de pain que l’homme vivra, mais de toute parole sortant de la bouche de Dieu » (Mt 4,4).
Nous comprenons que « le pain » dont il est ici question est le symbole de toute espèce de fabrication dont l’homme est capable. Parmi celles-ci, il y a de l’indispensable et du futile.
« La faim de pain est indiscutable, écrit Jacques Ellul. Mais la faim de la Parole de Dieu, moins évidente dans les tripes, est encore plus essentielle ». Jésus, refusant de transformer des pierres en pain, ne refuse pas de prouver qu’il est le Fils de Dieu –miracle merveilleux qui n’aurait vraisemblablement aucun effet sur des personnes obstinées à le condamner. Jésus indique qu’il y a beaucoup plus important que le pain. Pour lui, homme comme pour tous les hommes, il y a d’abord à avoir faim de la Parole de Dieu.
« Ce n’est pas seulement de pain que l’homme vivra » (Lc 4,4).
« La Parole du Dieu vivant, l’Être des Êtres, le Père est encore plus indispensable pour vivre une vie d’homme digne de l’humain (la production de tous nos innombrables « biens » en réalité abaisse l’homme au-dessous de l’humain…). Voir Jacques Ellul, le défi et le nouveau, si tu es le Fils de Dieu, la Table Ronde, 2006, p. 988.

Publié dans écrit de Béni Isguen

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