DIEU ET LES THEOLOGIENS

Publié le par Michel Durand

J'ai suivi, cette année, plusieurs cours à l'Université Catholique de Lyon. Faisant la comparaison avec la Grégorienne, c'était inévitable, j'ai regretté le petit nombre d'étudiants en Faculté de Théologie. C'est de là que doit provenir l'apparente inorganisation - au moins au niveau de la cinquième année - et l'absence de vie estudiantine. Bref, Lyon n'est pas Rome.
Mais, qu'en est-il actuellement de Rome ?

Je voudrais vous partager quelques impressions et réflexions tirées d'un séminaire avec le Père Duquoc ; « Réduction de la théologie à la Christologie », où nous avons, incomplètement, certes, regardé les positions de Pannenberg, Kung, Fierro. Ce n'est pas de cette recherche intellectuelle même dont je voudrais vous parler, mais du sentiment d'impasse que j'éprouve en suivant une telle spéculation. Le théologien peut-il être hégélien ? Peut-il tout expliquer avec sa raison ? Son intelligence ? Dans la recherche du contenu de l'Absolu, l'expérience, l'indicible n'a-t-il pas sa place ? N'est-ce pas dans le vécu et par lui que nous parviendrons, ou parvenons, à comprendre Dieu dans le nœud de la Croix : rencontre de la branche horizontale et de la branche verticale en Christ ?

Ecoutons le Métropolite Hazim que j'aurais très bien pu citer dans la partie précédente de notre texte :
« Autrefois, dit-il, on croyait sauvegarder la transcendance de Dieu en l'identifiant avec l'extériorité ; aujourd'hui, en réaction, on voudrait sauver l'intériorité en l'identifiant avec l'immanence. Nous devons refuser cette ruineuse alternative qui n'est pas chrétienne. L'événement de la nouveauté est intérieur à l'histoire justement parce qu'il lui est transcendant. C'est parce que Dieu est Dieu qu'il est devenu homme dans le Christ, et c'est parce que Dieu vient dans l'homme que l'homme ne peut être homme qu'en étant déifié. L'incarnation de Dieu et la déification de l'homme sont un seul et même événement, celui de la nouveauté ».

Notre intelligence a-t-elle la possibilité de comprendre cette mystérieuse réalité ? Il me semble que non. Et je trouve extraordinaires, inouïes, les prétentions des philosophes, des théologiens qui veulent connaître, saisir, faire le tour de Dieu. La Trinité est avant tout cet Etre dont, humainement parlant, nous ne pouvons rien dire. Qui peut en faire le tour ? Qui peut le saisir ? Dieu - Père demeure et demeurera l'inconnaissable. Dieu-Fils est, bien que connu, l'incompréhensible. Dieu–Esprit… !

Ayant ainsi nié ou relativisé, la possibilité de connaître Dieu, que reste-t-il ? La foi ? Oui, nous passons de la non-connaissance de Dieu à la nécessité de croire. Dans un monde rationnel comme le nôtre, où tout se prouve, s'expérimente, voilà qui n'est pas facile. Seule l'expérience de Dieu, le choc de sa présence dans son propre corps, dans ses viscères, dirait Maurice Clavel, seul le sentiment existentiel de son action dans notre quotidien, doit, à mon avis, briser le bloc de la perception rationnelle. Bien sûr, il y aura toujours le danger de prendre comme venant de Dieu, des impressions personnelles, des fantasmes de notre esprit. Le subjectivisme, dans une telle démarche, n'est pas une illusion. Mais enfin, Dieu agit-il, oui ou non dans notre monde ? Oui, alors pourquoi ne pas chercher à percevoir les résultats de son action ? Et, si je prends mes illusions pour des réalités divines, est-ce que cela sera plus grave que de prétendre arriver à saisir l'insaisissable Trinité ? En d'autres termes, je dirai. et cela a des conséquences dans la vie de tous les jours, que le subjectivisme m'effraie moins que l'objectivisme, tant ce dernier paralyse notre marche humaine vers Dieu.

Si j'avais donc à donner une étude de Dieu à travers une étude du Christ (de la théologie à la christologie), je ferais d'abord un portrait de Jésus, tel qu'il nous apparaît dans les Evangiles. Je regarderais ensuite le Seigneur des communautés chrétiennes primitives, pour pouvoir passer de CELUI dont on parle dans les prédications, à la personne même de Jésus. Il me faudra souligner, dans cette recherche, l'importance de la Foi et dire que le Christ de la communauté chrétienne primitive, n'est pas différent du Jésus des Evangiles dont le vécu n'est pas indigne de Dieu.

Rien de tout cela n'est bien particulier ; sinon que mettre l'accent sur cette étude selon l'Evangile, est plus conforme à la vie de disciple du Christ, que de s'enfermer dans les spéculations philosophiques de l'idéalisme germanique. En effet, dans la sphère strictement humaine, pouvons-nous concilier ce qui demeure et demeurera inconciliable : temps et éternité ? Comment unir transcendance et immanence, ces deux grands irréductibles, en dehors de Jésus Christ ? Comment faire fi de celui qui réalise une synthèse qui dépasse notre entendement ? Comment, par notre seule réflexion, concevoir l'incarnation, humanisation de Dieu et la résurrection, divinisation, déification de l'homme ?
La pénétrabilité de la sphère divine, et vice versa, est du ressort de la seule force de Dieu. Il est impossible de réduire ce fait à un concept intellectuel clair. Nous pouvons tout au plus nous approcher du mystère ; ou plus exactement, comme nous l'avons déjà dit, nous pouvons expérimenter l'entrée du divin dans l'humain. L'Esprit-Saint agit dans le monde. Jésus a parlé. Jésus est parole du Père. Il est l'icône, l'épiphanie la plus totale de la Trinité. Il est l'icône exclusive puisqu'il ne donne pas l'image de Dieu comme s'il était un miroir. C'est Dieu lui-même qu'il donne, qui se donne. Dieu qui nous parle avec nos mots d'homme. Dieu que nous percevons directement, par les effets parmi nous, de sa présence active.

Ce que je viens de dire du Christ, je dois également le dire de l'Eglise. Elle est, pour les hommes, l'icône de la Trinité. Cela ne fait qu'un ; l'Eglise est le prolongement vivant du Ressuscité.

A suivre ...

Publié dans Il y a 30 années...

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