Intériorité

Publié le par Michel Durand

Dieu ?

On me communique ce texte de Maurice Zundel avec ce commentaire : "il vous correspond totalement". Et je trouve ce texe excellent. Aussi, je vous l'adresse. Et comment mieux l'accompagner qu'en y plaçant une photographie d'un de mes séjours au désert ?
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vers Djanet, Algérie.

Le ciel est en nous comme une source qui jaillit en vie éternelle, et c'est dans la mesure où nous nous intériorisons nous-mêmes que nous approchons du ciel. Dieu n'est pas derrière les étoiles, dans une espèce d'empyrée mystérieux où il trônerait, entouré d'une cour que l'on pourrait, en quelque sorte, visualiser. Dieu est en nous comme un secret d'amour, et ce qui le distingue de nous, c'est justement son intériorité. Ce qu'on appelle la transcendance de Dieu, c'est son intériorité pure.

Dieu est tout au-dedans, et nous, nous sommes au-dehors. Pour venir à lui, nous avons à nous intérioriser en rencontrant notre propre intimité dans le rayonnement de la sienne. Donc, Dieu n'a pas à descendre du ciel, il n'a pas à venir sur l'éther, puisqu'il est déjà là. Comme dit saint Augustin dans son célèbre couplet : «Tu étais avec moi. C'est moi qui n'étais pas avec toi.»

Dieu n'a jamais cessé d'être présent à l'univers. Il n'a jamais cessé d'être caché dans le cœur de l'homme. Il n'avait donc pas à venir : c'est l'homme qui devait venir à Dieu. Cela, d'ailleurs, nous l'expérimentons comme Augustin. Quand nous découvrons Dieu au plus profond de nous-mêmes, nous savons bien qu'il était déjà là, qu'il nous attendait, et que c'était nous qui étions distraits, répandus au· dehors, absents et livrés à notre moi possessif qui nous empêchait d'entrer dans cet univers d'amour qui est l'univers de la très sainte Trinité.

Une expérience, d'ailleurs, qui est capitale pour nous, est celle que nous avons déjà évoquée : c'est que nous n'arrivons à nous-mêmes qu'à travers Dieu. Dieu est le seul chemin vers nous-mêmes, comme il est le seul chemin vers les autres et vers toute réalité. Dès qu'on veut parvenir à soi par soi-même, on échoue lamentablement ; et dès qu'on veut pénétrer dans l'intimité des autres par soi-même, on échoue encore plus misérablement.

L'être humain n'existe, dans sa qualité humaine, qu'au moment où il s'ouvre à ce soleil de la vérité et de l'amour qui est Dieu caché en nous. Donc, nous-mêmes, nous éprouvons, en quelque sorte, cette incarnation de Dieu quand nous cessons de nous apercevoir, quand nous nous perdons totalement de vue, quand nous sommes suspendus, dans l'émerveillement, à la Présence divine, sous n'importe quelle forme, que ce soit sous la forme de la musique, de la peinture, de la sculpture, de l'architecture, que ce soit dans les spectacles de la nature, que ce soit dans un regard d'enfant. Dès que nous sommes suspendus, dans l'émerveillement, à la Présence de Dieu, nous éprouvons que nous existons en plénitude, dans une liberté unique et merveilleuse, parce que notre vrai moi est en lui. C'est en lui que nous sommes vraiment nous-mêmes - et en lui uniquement.

Nous éprouvons donc que notre vie est suspendue à la vie divine et qu'il nous est impossible de nous atteindre nous-mêmes autrement que dans cette respiration de Dieu au plus profond de nous-mêmes. Mais - et c'est là notre expérience - nous refluons tout le temps, c'est-à-dire que nous ne demeurons pas dans cet état. Si nous étions toujours suspendus à Dieu, si nous n'agissions que pour le compte de Dieu, si nous apercevions les autres à travers l'amour de Dieu et pour cet amour de Dieu, nous serions christs nous-mêmes. Mais nous ne le sommes pas, hélas! et nous le voyons bien chaque jour, combien peu de temps nous pouvons demeurer sur ces sommets... Nous sommes immédiatement repris par notre biologie, par notre physiologie, par notre endocrinologie, par toutes ces circulations physiques et cosmiques en dedans de nous-mêmes, et nous sommes incapables de soutenir cette union avec Dieu sans retomber dans «la vallée de l'ombre et de la mort», comme dit le psalmiste (Ps 23,4). Il faut constamment resurgir, recommencer à gravir cet Himalaya intérieur où nous rencontrons Dieu.

Maurice Zundel



Publié dans Anthropologie

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