Des vacances comme un sabbat

Publié le par Michel Durand

Au rythme du soleil

Cette année, très vite, pour mon traditionnel mois de janvier, mois sabbatique où je m'efforce de tout mettre en vacances, j'ai trouvé le rythme qui me convient.

Prière avec les psaumes et le Nouveau Testament : le matin, à midi, avant le repas du soir et avant le sommeil.

Lecture le matin : 3 heures

Promenade en touriste l'après-midi, un jour sur deux ou trois ou rencontre de personnes du pays ; sinon, lecture, écriture, dont pas mal de « matières » pour « en manque d'Église ».

Repas à 13 h et à 20 h.

En soirée, lecture de romans.

Voilà l'emploi du temps, le règlement personnel. Bien sûr, ces horaires peuvent varier, mais en gros, c'est cela.

Ce règlement m'est venu spontanément au cours de mes divers séjours au Sahara. Les nuits d'hiver sont longues, froides. Le maximum de choses est possible en extérieure pendant que le soleil chauffe, c'est-à-dire entre 10 h et 17h. Le jour, il fait plus chaud dehors que dedans. Les maisons restent froides.

Vivre en plein air et recevoir toute la vie du soleil.

Toutes les journées se ressemblent et c'est heureux, car cela empêche de se poser la question : qu'est-ce que, aujourd'hui, je souhaite faire ?

Autrement dit, pour ne pas tourner en rond (glander), un emploi du temps est nécessaire. Il est le parapluie de l'ennui. Ennui que je ne connais plus depuis déjà plusieurs années sahariennes en janvier ; mais je dois reconnaître qu'il n'en fut pas toujours ainsi. Vivre un temps de désert, au propre et au figuré, demande un apprentissage.

Lecture

L'axe de mes lectures est, cette année orienté par la recherche sur la pauvreté volontaire. J'essaye de creuser les questions que me posent les objecteurs de croissance. Du reste, la lecture de ce blogue en est le reflet. Je souhaite, à titre très personnel faire le point sur l'appel à la pauvreté évangélique, appel adressé à toute l'Église auquel j'ai souscrit dans la ligne d'Antoine Chevrier, fondateur du Prado : suivre Jésus-Christ dans sa pauvreté. « Le suivre, lui qui, de riche s'est fait pauvre pour nous enrichir de sa richesse ». « Ne retenant pas le rang qui l'égalait à Dieu, il est devenu l'un des nôtres, jusque dans l'esclavage pour nous conduire dans la gloire divine » (Lire St Paul, St Irénée...).

Il me semble que l'an passé je m'étais orienté dans cette même direction en reprenant ce qu'écrivait un des premiers disciples d'Antoine Chevrier. De mémoire, j'en donne l'orientation : à défaut de réussir à annoncer l'Évangile au monde et de lui apporter le salut, qu'au moins je fasse mon propre salut en me rendant au monastère.

Me sanctifier !

Tâche égoïste d'un mois sabbatique dont je ne pourrais plus me passer. Un mois de solitude bienfaisante.

Le luxe du calme

Il est honnête de souligner que cette année 2008 je bénéficie d'un luxe complet : en plus de la tranquillité : électricité, eau chaude, jardin, terrasse, le tout dans la maison d'été de la famille d'un voisin, l'ibadite, de la rue Leynaud à Lyon.

M'Zab

Situé au fond de la palmeraie de Béni Isguen, ce jardin, clos de hauts murs, offre tout le confort d'une retraite monastique. Ermitage.

Grand calme, espace adéquat pour bien respiré au rythme de la contemplation, hors des regards coupés par les murs. Seuls quelques oiseaux et le vent dans les palmes agitent le silence. Le luxe, quoi ! Je ne peux le cacher. Un luxe qui incite à la tempérance dans la consommation de ce qui n'est plus, par choix, à portée de mains.

Sans s'ennuyer

Parmi les critères d'une vie bien remplie et réussie, je place généralement en premier celui-ci : ne pas s'ennuyer en ne faisant rien. Ne pas connaître l'ennui alors qu'il n'y a vraiment plus rien à faire.

À la lecture de mon emploi du temps, à sa nécessité même, vous devinez que cet objectif est loin d'être atteint. En effet, dans mes journées, la lecture prend toujours beaucoup de place. Témoignage, théologie, spiritualité. Une fois qu'un sujet, ou un chapitre est terminé, assimilé intellectuellement, j'aimerais bien le reprendre dans une méditation suivie de contemplation : vision simple d'une pensée unique. À l'instar des carmes et carmélites , des disciples de Charles de Foucault et aussi d'Antoine Chevrier, j'aimerais pouvoir prolonger les lectures, pieuses ou savantes, par une de repos absolu : laisser à Dieu le temps de me parler au travers de ce que je viens de découvrir, grâce aux textes lus. Une fois de plus je le dis, c'est rare si je tiens plus d'une demi-heure dans le silence complet de la contemplation. L'heure de méditation communautaire du Carmel de Mazille (deux fois par jour me semble-t-il) demeure un objectif non atteignable par moi. Il me faut reprendre la lecture, l'écriture pour chasser la distraction, voire la rêverie.

Hors du rêve

Paresse et rêverie me semblent être les deux obstacles majeurs d'une vie d'ermite, même quand cela dure à peine un mois.

Une chose pourtant demeure certaine, c'est que pendant ce temps de vacances, ma lampe se recharge véritablement. Référence à Antoine Chevrier qui partait à la campagne (Saint-Fons, Tour-du-Pin, Limonest) pour recharger sa lampe.

Disant cela, une autre question. Aurais-je mauvaise conscience de choisir, en hiver, des contrées ensoleillées, donc lointaines ? Peut-être.

Que dans le silence de la prière, l'Esprit de Dieu me façonne. Il semble ne jamais être trop tard.


Publié dans écrit de Béni Isguen

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