la véritable fidélité au Christ implique l'attention à l'actualité historique

Publié le par Michel Durand

Je reprends la conclusion de mon homélie de dimanche dernier sur le travail de conversion :

Si j'ai, en introduction, développé l'actualité des révoltés de la faim, c'est pour montrer que les riches pays occidentaux de vieille chrétienté ont un sérieux travail de conversion à accomplir. La radicalité de l'adhésion au crucifié ressuscité, le chemin qu'il nous montre comme devant être pris n'est pas compatible avec la morale économique mondiale en place. Que faire ?

Un mystique répondra : se convertir.

L'objection est immédiate. Comment se convertir pour que cela ait un effet universel ? Seule une intime proximité avec Dieu ouvrira la porte de la réponse à cette interrogation.

« Celui qui croit en moi accomplira les mêmes œuvres que moi. Il en accomplira même de plus grandes, puisque je pars vers le Père ».

Le moteur de la conversion, de l'adhésion au Christ est le désir. Je regrette de ne pas en avoir parlé. Plutôt que de proclamer la nécessaire conversion, il aurait été plus juste d'inviter à désirer cette conversion, c'est-à-dire, désirer un retournement pour se rapprocher de Dieu.

Au lieu de demander : « comment se convertir... » il aurait fallu conclure : comment inviter à désirer la perfection divine vécue en Christ.  

Je m'engage dans les jours à venir à approfondir l'importance du désir.
C'est Paul Valadier qui, aujourd'hui, m'a mis sur cette voie. Je trouve son ouvrage, la condition chrétienne, du monde sans en être, Seuil, 2003, de première importance pour comprendre l'enracinement de l'acte morale dans l'adhésion au Christ.

En voici un page qui complète utilement mon commentaire d'Evangile de ce dimanche.
Il y a en aura d'autres, je pense, car je souhaite vraiment donner envie de lire cette étude.

"Dans l'Évangile selon saint Jean, en particulier dans tout le grand discours attribué à Jésus entre les chapitres 13 et 16 qui constituent une sorte de testament... Jésus insiste sur l'après de son histoire parmi les siens ; il explique que les disciples devront vivre de l'Esprit qui fut le sien, donc admettre la nécessité et le bienfait de son départ (16,16-22), par conséquent faire leur deuil (si l'on peut utiliser cette expression freudienne) de sa présence sensible. Il leur faut passer à une fidélité vivante à son Esprit, et renoncer à un suivisme immédiat que Jésus condamne chez Pierre (13,36-38). Ce qu'il appelle le Paraclet remémorera aux disciples l'ensemble de ses enseignements (14,25), surtout la portée du commandement de la charité (14,15-16) ; il dévoilera des dimensions qu'un contact trop étroit laissait dans l'ombre, notamment le rapport à Dieu et l'intériorité de la relation entre Fils et Père ; bien plus, le croyant « fera lui aussi les œuvres que je fais : il en fera même de plus grandes » (14,12). Affirmation étonnante : le disciple dépassera le Maître, ou plutôt, faut-il entendre, il aura à vivre dans des situations originales dans lesquelles se manifestera la force d'invention et d'audace de l'Esprit, en sorte que les disciples inventeront des comportements et des attitudes, forcément autres que ceux du Maître et même « plus grands ». Comment suggérer plus clairement le « dépassement » et poser un surcroît par rapport à Jésus lui-même ? Suivre Jésus, c'est faire autre chose, et plus que lui...

Par conséquent au sein de laquelle peuvent se manifester les forces nouvelles de l'Esprit. Le chrétien se trouve dans une permanente recherche des voies par lesquelles paradoxalement il sera fidèle au Jésus de l'histoire en forgeant de nouveaux chemins originaux dans la fidélité à l'Esprit qui fut le sien. Cette tension permanente est source de fécondité, et non de reproduction à l'identique d'un message qui serait figé dans sa teneur morale. Elle indique que le chrétien est moins tournée vers un modèle passé, que porté à discerner dans le Présent les voies de la décision droite".

 

Publié dans Eglise

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