C'est au nom de la conscience...

Publié le par Michel Durand

Non, à la chasse aux enfants


Je découvre le livre rédigé sous le regard de réseau Education Sans Frontière, La chasse aux enfants, l'effet miroir de l'expulsion des sans papiers, sur le vif, la découverte, mars 2008.

Il est à lire pour deux raisons.
La première : les témoignages choisis sont très parlants. Ils ne s'adressent pas aux sentiments, mais relatent des faits qui se produisent dans le banal des écoles.
La seconde : l'analyse accompagnant ces faits permet de prendre de la distance et de dégager ce qui est en jeu quand une loi considère que des « sans papiers » ne peuvent rester. Il y aurait dans notre société les citoyens et les autres, les Hommes et le hommes, l'Homme libre et l'individus sans droit... sous les régimes grecs et romains, on parlait d'esclaves, les hommes qui n'ont pas tous les droits.
L'étude de Miguel Benasayag, d'Angélique del Rey et des militants RESF, offrent une plate-forme de première main pour réfléchir, philosophiquement sur la conscience. Je souligne, du reste, l'étrange (ou heureux hasard) de désirer rendre compte de cette étude suite à mon article précédent. Dans les deux cas, on parle de conscience. Où est l'origine de la conscience ? En quel lieu transcendant s'enracine-t-elle ?
L'étude des situations vécues par les « sans-papiers », l'effet que cette répression engendre sur l'ensemble de la Société (l'effet miroir de l'expulsion des sans-papiers), ne peut s'aborder sans un regard sur la réalité de la conscience personnelle.
Je vous donne à lire la préface de Stéphane Hessel, ambassadeur de France, de quoi vous donner envie de lire l'ensemble de l'analyse :

« Nous qui avons connu les années de la Résistance, qui nous sommes engagés dès les années de crise de l'immigration après 1973 aux côtés des victimes des lois de plus en plus restrictives de Charles Pasqua, de Jean-Louis Debré et de Nicolas Sarkozy, ministres de l'Intérieur, nous ne pouvons lire les pages qui suivent, où sont analysés les effets dramatiques de la façon dont l'État français traite aujourd'hui ce problème, sans éprouver un vrai sentiment de révolte. Nos dirigeants n'ont-ils rien retenu de ce à quoi nous pensions avoir échappé ?
J'ai le sentiment qu'on nous prive de l'une des composantes essentielles de notre attachement à ce pays qui est le nôtre. N'agit-on pas en contradiction avec la belle formule, largement répandue dans notre jeunesse : «Tout homme a deux patries, son pays et la France» ? Car, à la différence des nations qui ont fondé leur civisme sur le droit du sang, le droit du sol a fait de la France cette terre d'accueil tolérante à l'égard de la multiplicité culturelle de ses ressortissants dont Renan a défini les vertus spécifiques.
Les effets, inquiétants pour la stabilité de notre société, du traitement scandaleux infligé à des enfants arrachés - brutalement ou insidieusement - à leurs camarades de classe apparaissent à travers les réflexions, particulièrement pertinentes,formulées par RESF. Ces réflexions s'appuient sur une gamme impressionnante d'exemples concrets, qui montrent que la chasse aux enfants n'affecte pas seulement les victimes d'une politique qui se dit «sécuritaire », mais aussi et par vagues concentriques leur entourage d'enfants et de parents, de témoins effarés plongés tout d'un coup dans l'angoisse existentielle.
Combien de temps accepteront-ils encore qu'au nom d'un péril imaginaire menaçant notre sécurité, notre prospérité, voire notre identité, on s'acharne sur des familles vivant en France depuis des années ? Rien n'est plus indispensable, plus urgent, que de définir à l'égard des mouvements migratoires tellement naturels, venus notamment du sud de la Méditerranée, une politique responsable qui comprenne vraiment les modalités présentes et futures de ce phénomène et qui tienne compte des nouvelles démographies des nouveaux espaces de peuplement. Et certes, c'est l'Europe qui a besoin aujourd'hui d'une politique commune et concertée d'immigration ; et surtout concertée avec les pays d'origine, dont on sait que l'une des ressources les plus importantes pour leur développement est l'apport des «mandats » réguliers de leurs ressortissants travaillant en Europe.
Au nom des valeurs européennes les plus fondamentales de respect de la dignité humaine, tout doit être fait pour que ces mouvements migratoires, qui empruntent bien sûr tous les canaux, même les plus clandestins, soient traités avec sympathie et gérés avec le plein concours des organisations versées dans les subtilités de leur accueil et de leur intégration. La longue expérience de la Cimade, les travaux engagés depuis cinquante ans par le SSAE (Service social d'aide aux émigrants), ceux de chercheurs comme Patrick Weil, Catherine Wihtol de Wenden ou Pierre Henry, pour ne citer que les plus compétents, sont trop souvent ignorés ou méprisés.
Nous avons des devoirs à l'égard des peuples dont proviennent ces immigrés que, dans les années de guerre et de reconstruction économique, nous sommes allés chercher sans trop de ménagement. À ceux d'aujourd'hui, dont la présence parmi nous ne porte en rien atteinte à notre identité, nous devons la compréhension pour leurs problèmes, le respect de leur dignité et, sauf dans des cas exceptionnels, la régularisation de leurs ressortissants.
Oui. En régularisant la majorité de ceux qui ont dû emprunter des voies irrégulières pour s'installer, mais qui ont fait preuve de leur insertion dans notre économie, en leur permettant d'affermir leur foyer en faisant venir leur famille, en les autorisant surtout à circuler librement entre la France et leur pays d'origine (voir l'article 13 de la Déclaration universelle des droits de l'homme), nous donnerions à nos voisins européens, souvent intimidés par des mouvements migratoires auxquels ils sont moins habitués que nous, le seul exemple acceptable pour une politique européenne compatible avec les principes fondateurs de l'Union. »

Publié dans Politique

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