Prier, réfléchir, agir - 4

Publié le par Michel Durand

isaie.jpg2 - Prières collectives.

Dans le Troisième Evangile, la foule exulte à la vue des merveilles qu'accomplit le Seigneur. Nous avons déjà cité Luc 7, 16. Il y a d'autres passages, notamment l'entrée triomphante à Jérusalem. Enthousiasme ambigüe mais vrai (19, 29-39). Estimant que l'Evangile fut suffisamment "relu" à propos de la prière de Jésus, nous maintiendrons notre regard sur les Actes des Apôtres. C'est surtout dans ce livre que nous voyons la prière des croyants.

 

2.1 Après l'ascension, remontée de Jésus vers le Père, un envoyé de Dieu indique, aux "gens de Gali1ée", qu'il est inutile de regarder ainsi vers le ciel. Alors, les apôtres retournent à Jérusalem (1, 12-14). Que vont-ils faire ? Les événements qu'ils viennent de vivre, mort, résurrection, ascension, les laissent perplexes, craintifs même. Ils ressentent vraisemblablement le besoin de bénéficier de lumières supplémentaires. La prière répondra à cette attente et leur donnera ce qui leur manque :

" A leur retour, ils montèrent dans la chambre haute où ils se retrouvèrent ••• Tous unanimes, étaient assidus à la prière " (Ac. l, 13.)

A la suite, ou pendant cette prière régulière des frères, des problèmes sont abordés. Par exemple, au cours d'une réunion, Pierre explique que Judas doit être remplacé (l, 15-26). Le groupe écoute, réfléchi puis décide de présenter deux hommes, Joseph et Matthias, qui ont, dès le début, cheminé avec le Christ, pour que l'un d'entre eux témoigne avec les apôtres de la Résurrection. "On prie". "On les tire au sort". C'est Matthias qui est choisi; il fut adjoint aux onze apôtres.

Je voudrais souligner l'emploi de ce mot "On" car il indique bien la participation de toute la communauté à la décision finale. D'abord Pierre, au nom des apôtres (cf. 1, 21 s l'usage de "nous "), expose le problème devant la centaine de gens réunis. Ensuite, le débat doit commencer ; Pierre ne parle plus. " On réfléchit ensemble" (v 23 s), dans la prière (v 24) ; celle-ci précède l'ultime action: "On le tira au sort" (v 26).

 

2.2 Je disais, ci-dessus, que les lumières qui manquent aux apôtres et aux disciples viendront dans un climat de prière. Pouvons-nous parler de la Lumière ? Celle de l'Esprit-Saint ?

" Quand le jour de la Pentecôte arriva, ils se trouvaient réunis tous ensemble. Tout à coup survint du ciel un bruit… ils furent tous remplis de l'Esprit-Saint" (2, 1 ... 4)

Tout me pousse à penser que cette réunion, où fut donné l'Esprit-Saint, ne peut être différente des réunions de prières dont je viens de parler, celles qui sont relatées en plusieurs endroits des Actes des Apôtres. Seulement, ici, il n'est pas précisé que les "frères" prient ; ils sont seulement réunis. La réunion, par elle-même, est-elle déjà prière ?...  Alors, dans ce cas, l'Esprit-Saint, qui "débloqua" complètement les apôtres et les précipita sur les places publiques, supprimant en eux toutes craintes, est la Lumière qui prit racine dans le coeur des frères implorant leur Seigneur. D'ailleurs un passage, où Luc développe assez largement sa pensée, prouve amplement cette interprétation (4, 23-31). Les fidèles s'adressent à Dieu dans une prière où se remarque leur inquiétude. Pourquoi tous, Juifs et Païens, se liguent-ils contre Jésus ?

Pierre et Jean venaient d'être conduit au Sanhédrin, le tribunal du peuple. Leur foi triomphe. C'est que les jeunes chrétiens demandent à Dieu d'accorder aux serviteurs de dire sa Parole avec une entière assurance :

" A la fin de la prière, le local où ils furent réunis fut ébranlé; ils furent tous remplis de l'Esprit-Saint et disaient avec assurance la Parole de Dieu "  (4, 31)..

 

2.3 Continuons à regarder, à travers les Actes des Apôtres, cette prière des croyants. Elle s'avère vraiment efficace.

Pierre est en prison ; mais la prière ardente de la communauté monte sans relâche vers Dieu à son intention. Il échappa donc "aux mains d'Hérode" et vint rejoindre dans la maison de Marie, mère de Jean, l'assistance en prière (12, 5-17).

Cet épisode, plein de traits réalistes, mérite d'être lu en entier. Toute notre psychologie marquée par le doute, le manque de foi, se trouve dessinée en ces quelques lignes. Je me représente bien Pierre, dans la rue, sur le pas de la porte, perdant patience, parce que, à l'intérieur, on discute: "c'est lui… c'est pas lui ? ", au lieu de venir ouvrir le portail.

Selon la volonté divine, Pierre est indispensable à la constitution de la communauté chrétienne. Il ne lui est pas possible de rester en prison. Cette remarque me permet de dire que le but principal de la prière, quoique non exclusif, est que la mission d'évangélisation se réalise. Le monde entier doit savoir que Jésus est ressuscité.

 

2.4 Avec Paul, nous voyons clairement que la prière des croyants constitue l'Eglise:

" Un jour qu'il célébrait le culte du Seigneur (l'Eucharistie) et qu'ils jeûnaient, l'Esprit-Saint dit : "réservez-moi donc Barnabas et Saul pour l'œuvre à laquelle je les ai appelés " (13, 2 s).

Nous l'avons vu : l'esprit de Dieu se révèle dans la prière. La volonté divine se manifeste en vue de la bonne nouvelle à répandre. Et cette révélation, vécue dans la prière, appelle à prier encore, à continuer le jeûne : moyens de se préparer, de devenir de dignes hérau1ts de la Parole. Enfin, "on" leur impose les mains et ils partent.

Des démarches identiques se retrouvent en 14, 23.

Paul et Barnabé désignent des "anciens" dans les églises d'Asie Mineure. Ces institutions se font avec des "prières accompagnées de jeûnes."

La prière est donc l'un des premiers soucis des apôtres, pour ne pas dire le premier souci. Ainsi, il y eut conflit entre les hébreux et les hellénistes, les Douze acceptèrent la solution qui leur permettait de rester libres pour continuer d'assurer la prière et le service de la parole (cf. 6, 4).

 

2.5 Comme pour la prière personnelle, tant de Jésus que des disciples, il n'y a pas que des prières organisées, concertées, telles les liturgies, les réunions. Existent également des oraisons de demande, d'action de grâce qui sont vécues sans aucune préparation préalable.

Paul, en route vers Jérusalem, s'arrête à Tyr ; le navire devait y décharger sa cargaison. Là, il rencontre des frères. On l'avertit des dangers qu'il rencontrera à Jérusalem. L'atmosphère est lourde. Dans le silence peut-être, la communauté l'accompagne jusqu'à l'extérieur de la ville et Paul relate

" Là, à genoux sur la plage, nous avons prié" (21, 15).

Prière imprévue, prière vécue sur le tas, prière qui montre combien tout instant de la vie se rattache à Dieu en des moments graves comme celui-ci où dans la joie de voir l'accueil que les paiens réservent à la Parole (21, 19 s).

 

Publié dans Il y a 30 années...

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