L'appel de la pauvreté volontaire est un lieu révolutionnaire.

Publié le par Michel Durand

Si la basse température et l'absence de soleil agissent sur le mental et le spirituel des vivants, me voilà bien atteint. Mais, cela est peut-être plus profond.

Comment gérer ses propres états d'âme, quand on voit le chemin à prendre et que l'on a conscience de la difficulté à mener la tâche en son terme ?

Il y va de la fidélité à sa conscience. Ne pas l'écouter et agir selon son impulsion -soumis au discernement- sous prétexte que cela peut déstabiliser la nation, est une trahison. Je parle de « déstabiliser », parce que certains croyants, musulmans, chrétiens estiment que manifester son engagement auprès des « sans papiers » est un danger pour l'ordre public. Ils nous prêtent un pouvoir que nous sommes loin d'avoir. Par ailleurs, si un acte posé en conscience créée un problème à la chrétienté, à l'islamité, ce n'est qu'un bien, car il permet ainsi, éventuellement (faut demeurer prudent), de se rapprocher de la Vérité divine manifestée par l'une ou (et) l'autre des religions.

Je me trouve ce lundi matin invité à rester à l'intérieur de l'appartement pour cause de pluie abondante, vivant ainsi un combat intérieur qui ne demande qu'à s'extérioriser. Agir ? Oui, mais, où ? et comment ?

Le pourquoi « agir » est bien alimenté. Les raisons qui poussent à voir autrement le monde sont innombrables. Seulement, il ne suffit pas de voir clairement, d'être clairvoyant. Encore faut-il que l'action conduite le soit efficacement. Le devoir du politique s'inscrit dans une stratégie politique ; or, toute stratégie n'est pas opportune.

L'Europe se protège des migrants, avec, notamment, ce que la Cimade appelle « la directive de la honte ».

Il y a deux siècles et plus (ou moins), on ne se posait pas de questions en s'installant sur les terres africaines. Des paysans alsaciens et lorrains y ont trouvé leur compte. Force du conquérant. De la puissance forte. Le vainqueur.
Aujourd'hui, on agit pour empêcher la libre circulation de familles n'arrivant pas à vivre dans leur pays d'origine pour des raisons économiques ou politiques. Dire « non » à cette Europe égoïste, fermée sur son économisme, n'est-ce pas une salutaire attitude ? Seulement, est-ce suffisant ? Hélas, non.

Les technocrates politiciens imaginent de nouveaux procédés pour obtenir ce qu'ils désirent affirmant qu'il n'y a pas le choix. C'est étrange de voir, chez des scientifiques, l'avancement d'arguments religieux primaires, fatalistes, déterministes : l'économie mondiale a ses lois, on ne peut s'y soustraire : le destin !
On va tenir des réunions, des congrès, des parlements, des assemblées de nations unies pour noyer les problèmes et permettre que cela continue comme avant. Liberté à la course en avant de l'économisme. Rétention pour des personnes soucieuses de donner une vie décente à leur famille.

Ce qui se vit dramatiquement en Palestine est, de longue date, le symbole, le signe de la gouvernance mondiale. Que les « forts » maintiennent leurs privilèges (ceux du bloc occidental industrialisé) : on ne peut répondre à toutes les misères du monde. Tant pis pour ceux qui ne sont pas dans le bon camp.
Le colonialisme, avec des formes différentes, perdure. C'est pour que cet esprit se maintienne que l'on organise des pourparlers qui feront croire que la libération sera donnée. Déclaration que les « colonies », parce que injustement établies seront démantelées sur un territoire, pour continuer à être construites et entretenues, modernisées dans d'autres.

Au nom de quoi cette prise et maintien de pouvoir ?

Dieu est le Père de tous. Il ne peut vouloir que les uns -infidèles- soient délogés pour que les « élus » prennent la place.

La réflexion théologique ne peut déserter le champ politique. Et, il y a des théologies athées.
Le Dieu auquel je me réfère parle de Sa Bonne Nouvelle en terme de fraternité universelle. Dieu est celui qui invite à prendre le parti des plus pauvres. L'expression est, je crois, entre autres, de Régis Debray (Un Candide en Terre Sainte).
Puisque la richesse ne peut se partager, parce que, sommes toutes, elle n'a jamais été indéfiniment extensible, il faut que nous comprenions l'appel au partage, un partage qui va jusqu'au choix d'une pauvreté volontaire. Je pense que, plus que jamais, cet appel revêt, aujourd'hui, un aspect révolutionnaire. Je le pense et le dis, même si le besoin de consensuel de la société contemporaine trouve bien ringard les accents dits de « 68 ». Il y a pour aujourd'hui, un besoin à comprendre que l'appel de la pauvreté volontaire est un lieu révolutionnaire.

 

Publié dans Anthropologie

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