Mesure démesure et critique biblique
Continuons aujourd'hui la lecture de l'étude de Robert Beauvery en ouvrant les textes bibliques.
Il m'a été demandé de soumettre ces faits (présentés hier), ces réalités économiques, à l'examen des textes bibliques. Est-ce bien sérieux ? Ces textes
sont confessionnels, ont-ils quelque pertinence de re-lecture pour des évènements conjoncturels, tout-à-fait séculiers ?
Certes, pour les croyants, l'Ecriture Sainte a Dieu pour auteur..., mais il n'est pas le seul à l'œuvre : il y en un second, l'homme qui écrit, avec
tout son libre arbitre, sa « mesure » culturelle, sa place dans la Cité à une époque unique de l'histoire, son projet et tout ce qui incombe au travail d'écrivain. Ainsi, si le premier Auteur
Dieu est unique, le second auteur, l'homme est multiple. En effet, les hommes, écrivains de la Bible sont intervenus sur une période de plus de 1.000 ans entre les premières
écritures inspirées et les dernières. Ils sont témoins de l'évolution de la pensée, des cultures, des civilisations qui ont marqué la marche tâtonnante de l'humanité. Un vrai chercheur, serait-il
incroyant, ne saurait se priver de l'accès aux trésors bibliques de Sagesse, sans encourir le risque de l'appauvrissement de ses informations.
Tour de Babel, P. Bruegel, 16e s.
De même les décideurs, responsables de la mise au clair du but de l'entreprise, des moyens adéquats pour l‘atteindre, des précautions nécessaires à prendre pour
éviter l'insuccès, ne sauraient ignorer que la première mesure à respecter est celle de l'homme partenaire à tous les niveaux. L'ignorer ouvrirait à coup sûr la porte à la
démesure.
LA MESURE DE L'HOMME
Chaque être humain possède une mesure propre quasiment unique, à savoir l'équilibre entre ses « grandeurs » et ses « fragilités » : somatiques,
psychiques, intellectuelles, spirituelles.
Il ne s'agit certainement pas ni d'un équilibre instable, ni d'un équilibre fixe à tout jamais, mais d'un équilibre à gérer au quotidien par le sujet, de
tout, responsable... équilibre susceptible de variations selon le contexte écologique et sociétal (Cf. Ro. 12,3 ; Ep. 4,7)
Ainsi assumée, dans l'équilibre vivant, la mesure d'un chacun permet un vrai dialogue sans artifice, et une réciprocité entre individus, socialisés et
artisans de liens mutuels (Mt. 7,2 ; Mc. 4,24 ; Lc.6,38) véritables remparts à la démesure de la cité, des entreprises multinationales.
LA DEMESURE
Selon le récit mythique du livre de la Genèse 11, l'entreprise de Babel ne connaît aucune mesure, tant elle est animée par la volonté de
puissance, dont les effets dominateurs s'étendent horizontalement sur toute la surface de la terre, et s'élèvent verticalement jusqu'aux secrets des cieux.
Ce type d'entreprise exclut toute autre entreprise, multinationale ou mondiale : elle ne saurait être que mono-mondiale. « Aucun dessein ne sera
irréalisable pour elle » cf Gn. 11,6.
Pour parvenir efficacement à ses fins, elle impose l'unicité politique, linguistique, langagière, culturelle, technique... à tous - sans aucun respect de la
mesure de chacun ! - elle prétend même à s'imposer dans la durée pérenne.
A la différence d'un récit historique, qui analyse des faits advenus sur un espace précis, à une date - ou une période - confrontée à une chronologie, avec
des circonstances de personnes... afin d'en déceler le sens, le récit synthétique, comme celui de la tour de Babel, lui, ne traite pas de faits réellement advenus, hic et nunc ; mais il
essaie de retrouver ce qui sous-tend l'activité humaine en général, de mettre à jour, si l'on peut dire, la nappe phréatique, la source commune de comportements humains
analogues qui peuvent se trouver sur des espaces et à des dates multiples, et, éventuellement, fort distants les uns des autres.
LA VOLONTE DE PUISSANCE
Ainsi la mise à jour de la volonté de puissance exprimée comme le principe unique de l'aventure mythique de Babel, peut être saisie comme la source des dé-mesures
dont l'histoire de l'humanité a particulièrement souffert.
ELLE ECRASE LE DROIT :
Le droit, lui-même, établi pourtant pour garantir le bien commun d'une société ne résiste pas à la poussée des présents, calculés et placés à bon escient,
que les responsables du Droit acceptent - voire sollicitent - pour satisfaire leur insatiable volonté de puissance ; (cf. 1 Sa.8,3) responsables indignes, comparés à des chiens voraces et
insatiables, par Isaïe, 56,11.
ELLE PEUT DEVENIR MEURTRIERE
La poursuite de la volonté de puissance, en plus des « présents » et de toutes sortes de compromissions peut encore avoir recours à la violence meurtrière, selon
l'analyse des grands prophètes, Isaïe 57,17 ; Jérémie 22,17 ; Ezéchiel 22,12-27.
Il faut encore prendre acte que la poursuite de la volonté de puissance jusques et y compris celle qui passe par le meurtre, n'est pas le seul fait de ceux qui
détiennent une autorité séculière : politiques, administrateurs, financiers... elle peut encore atteindre des responsables religieux, cf. Jr.6,18 et 8,10 ; Ps. 118(119) 36 ; Lc. 16,14. C'est dire
qu'elle ne trouve pas sa racine dans les fonctions mais dans le cœur de tout homme, comme un germe endormi, cf. Mc.7,22, prêt à se réveiller chez celui qui aime l'argent, cf. Qo.5,9 ; He.13,5.
L'amour de l'argent étant la source de tous les maux, cf.1 Tim. 6,10. est spécialement et en tout premier lieu la perte de la « mesure » chez celui qui développe cet amour.
Demain,Robert Beauvery tentera une confrontation entre le contenu biblique, source de la révélation chrétienne, et l'actualité contenue dans le pic du
pétrole.
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