Mesure démesure- 4

Publié le par Michel Durand

A la lumière des informations bibliques analysées hier, issues d'expériences humaines, vécues sur l'étendue de deux millénaires, nous allons essayer de re-visiter : le BUT, les MOYENS, les PRECAUTIONS, exprimés dans les courriers adressés par les décideurs des multinationales, à leurs destinataires. Voir Mesure démesure 2.

But... Moyens... Précautions... re-visités

LE BUT : LA CROISSANCE

"La croissance est génétiquement un peu notre obsession »

Cette assertion est susceptible d'être interprétée soit en bonne part, soit en mauvaise part.

En bonne part, elle peut s'inscrire dans la dynamique de la nature et de la famille humaines. Dynamique qui pousse en avant et la fécondité humaine et la maîtrise de la terre  « soyez féconds... soumettez la terre » avec toutes ses virtualités physico-chimiques, bio-chimiques, macro et micro-cosmiques, etc... La croissance accompagne les différents stades, tant de l'hominisation que de l'humanisation. Elle est un progrès estimable qu'aucun esprit honnête ne saurait contester.

En mauvaise part, la croissance « obsession » peut générer une « absolutisation » de l'économie, par rapport aux autres exigences de la nature et de la famille humaines, telle la solidarité avec l'ensemble des membres dont chacun possède une mesure à respecter ; tel le respect de la nature autant dans ses micros que dans ses macro-ressources...


A la différence de « l'absolutisation » régnante à Babel, de son apogée universelle... suivie par la radicale destruction et dispersion, qui la première comme la seconde, relèvent du récit purement mythique quoiqu'instructif ! « l'absolutisation » actuelle, économique, fruit amer de la volonté de puissance, diffuse de la démesure concrète, historique, et, par le fait même, prépare, comme un virus silencieux, son anéantissement sinon à court ou moyen terme, du moins à long terme.

La durée, quoiqu'elle en ait, n'appartient pas à la démesure. Telle est la leçon confirmée par l'histoire des civilisations.


LES MOYENS

Les moyens, avoués par les décideurs aux actionnaires, sont eux aussi comme LE BUT, susceptibles d'être interprétés soit en bonne part, soit en mauvaise part.


En bonne part, la requête de compétence :  1) des agents chargés de l'étude des marchés ;  2) des savants et techniciens, commis aux études des nouveaux « outils » de productions industrielles ;  3) des « commerciaux » affectés à la présentation publicitaire et compétitive des objets manufacturés ;  4) des financiers et comptables plus responsables que les autres de la rentabilité de l'entreprise ;  5) des surveillants attentifs aux contre-façons éventuelles...


En mauvaise part, les omissions :  1) aucun des moyens avoués n'est soumis à l'examen de la valeur supérieure : celle du bien commun, sauf exception ;  2) les moyens avoués - parce que avouables ! - ne disent pas tout des pratiques actuelles des multinationales qui tôt ou tard sont révélées au grand public comme par exemple : corruptions de tout genre : médiatique et publicité mensongère ; politiques et protections « officielles » ; boursières et délits d'initiés ; ententes illicites entre grands groupes mondiaux ; fraudes fiscales... Ces pratiques, elles, ne sont pas toutes avouables et restent dans l'ombre. Comme cela est constaté dans le mythe de Babel : aucun moyen de réussite n'est exclu et parce qu'il ne l'est pas, il devient réalisable quelle qu'en soit la dé-mesure.


LES PRECAUTIONS

Elles sont énoncées, par les décideurs, au moyen de déclarations d'intentions, formellement très correctes : protection de la nature, respect de la vie sociale, du commerce équitable... et face à celles-ci, le principe de rentabilité, de bénéfice, reste très prégnant et l'on n'aperçoit pas qu'il lui soit opposé des limites fortes, infranchissables, comme par exemple le repos hebdomadaire des hommes, la cessation totale du travail un jour sur 7, cf. Ex. 20,8 ; repos de la terre, une année sur 7, cf. Lv. 25,2-7, mise en jachère ; encore, tous les 50 ans, non seulement l'activité agricole est au chomage, mais aussi l'activité économique en général est redressée par l'annulation des dettes, la restitution des gages, le recouvrement de la liberté par ceux qui avaient été mis en prison, cf. Lv.25,  8-19. Par ces mesures concrètes, prégnantes le principe de la rentabilité est en partie maîtrisé afin de recouvrer la « mesure » de la société humaine.


Malgré toutes les précautions qu'aient pu prendre les différents Etats, afin de canaliser la course aux profits, l'histoire des civilisations gardent le souvenir de contestataires radicaux pour qui les dérives, les démesures des sociétés dominées par la volonté de puissance, étaient incontrôlables et définitivement perverses, ont choisi la rupture et la vie de marginaux. Tel fut le cas des Rehkabites cf. 2 R.10,15 ; Jr.35,1-19 ; des esseniens et pour une grande part, des pauvres de Lyon, avec Pierre Valdo, au XIIe s. dans un contexte d'accroissement, d'essor urbain, de développement d'une bourgeoisie marchande, de prospérité matérielle.


Sans doute, ces divers mouvements de protestations sont très minoritaires dans l'histoire des civilisations, dispersés dans des lieux et des époques fort éloignés les uns des autres et cependant, ne sont-ils pas unis par un fil rouge : le refus de la démesure économique ?


Par cette ultime question Robert Beauvery invite au débat. Quelle est notre réponse ?

 

Publié dans Anthropologie

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