ETRE OPTIMISTE DANS UN MONDE QUI AGONISE ? - 3

Publié le par Michel Durand

Suite du texte d'hier : Ces pages furent écrites il y a 30 ans.
Je suis frappé par leur actualité et heureux de les reproduire ici.


Quand on n'est pas dans le sens du courant du libéralisme économique, on est « rétro ». Pire qu'un péché, une tare.

En quoi une gêne est-elle une objection ?

Il s'agirait de discerner quelles en sont les racines. Celles-ci ne furent pas exprimées par "l'objecteur" ; aucun commentaire n'est venu charger l'expression "rétro". Aussi, je me suis dit qu'il n'y avait pas matière à s'interroger trop longuement. Pourtant, la répétition de cette objection, son insistance, sous diverses formes, ne pouvait que questionner. En quoi n'est-ce pas bien d'être "rétro" ?

"Rétro"? Un regard, un retour en arrière, une attitude passéiste...

Bref, voilà le refus, plus ou moins explicite, de progresser. Voilà le refus d'aller de l'avant. Or, qui n'avance pas, recule. Tel est le grand péché contre l'histoire. Le mal : vous refusez de marcher sur les pas de l'Histoire !

Effectivement, nos remarques sur les problèmes que crée l'endettement, les liens avec une maison de crédit n'incitent pas à investir dans le but de mieux organiser son travail, d'améliorer le rendement. Elles invitent plutôt à craindre l'avenir : "Méfions-nous du système actuel, où va-t-il nous mener ? " N'est-il pas préférable de demeurer sur les assises de nos grands parents ? "

Je ne sais pas répondre à ces questions. Je cherche. Ce dont je suis certain, c'est que tout mon être, ma forme de pensée est tournée vers l'avenir. Il est indubitable que la leçon des anciens soit bénéfique ; mais le salut, la libération, la réponse à nos questions actuelles ne peuvent être formulés qu'en regardant les temps à venir. Donc, pourquoi craindre ce futur ? Pourquoi douter, remettre en cause la marche de l'Histoire ?

C'est que l'optimisme des tenants d'un progrès toujours possible me semble illusoire, vain. Progresser sans cesse... mais pour aller où ? Quand un pays a fortement besoin de se développer, d'accord. Mais en d'autres cas ? En pays industrialisés ?

Il est heureux pour l'univers entier que les moines du Moyen Age européen aient fait du travail une règle essentielle à l'état chrétien. Seu1ement, quand il n'y a plus de terres à défricher ? Plus d'édifices à bâtir ? Devons-nous détruire les ponts pour avoir l'occasion d'en reconstruire d'autres plus grands, plus beaux... plus neufs ? Cela donnerait du travail à la métallurgie !

Je comprends donc qu'une personne résolument tournée vers l'avenir, situant la vérité dans le progrès, estime "rétro" une réflexion qui, involontairement peut-être, ou indirectement, songe à stopper le progrès. Cette dernière ne peut que me trouver défaitiste, peu ambitieux, pessimiste. A moi alors de lui demander les raisons profondes de son optimisme. Va-t-i1 me répandre Que l'économie est une science et que, en tant que telle elle est objective ? Il serait en conséquence a-scientifique d'en négliger les conclusions. Encore un péché

C'est à débattre.


Publié dans Il y a 30 années...

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