5 - L'art et la beauté

Publié le par Michel Durand

(présenté par moi-même)

colloque : l'homme dans l'art actuel, lieu de la révélation, octobre 2003

L'œuvre artistique peut nous montrer la transcendance sans pour autant reprendre les schémas platoniciens.


A partir des observations relatives au figuratif et à l'abstrait, je demande d'abord si le spirituel ne peut être représenté que dans le figuratif acceptable parce que communément vu ?

Je constate aussi que les artistes actuels expriment très souvent la désespérance.

Dans une première analyse dégageons quels sont les critères du beau.

Deux numéros de la revue du Chemin Neuf ont été consacrés au beau. On y estime que le beau s'insère dans une dimension objective : les croyants considèrent le beau à travers la grille de Dieu ; là où il n'y a plus Dieu, il n'y a plus d'homme ; c'est la découverte la plus dramatique de notre temps.


Fusaro, St Jacques des Adrets, Rhône, peinture dans l'abside


Au contraire, le beau est le symbole du bien moral, d'après Kant.

Par la voie de la beauté, l'Evangile, qui lance le combat contre le mal et le péché, peut être annoncé.

A nous chrétiens de faire comprendre que la Bonne Nouvelle apportée par Jésus Christ permet d'effacer 1es laideurs qui peuvent envahir le monde, pour y faire germer autant de beautés spirituelles, sociales et culturelles qui ne peuvent que réjouir les cœurs et porter chacun sur le chemin de la paix.

Ce langage n'est-il pas celui communément développé dans la communauté croyante ?

Le bien est beau.

Qu'il soit physique, moral ou intellectuel, le beau est le reflet de celui qui en est la source. Par définition, le beau est le reflet d'une réalité cachée, il renvoie au-delà de lui-même, au-delà du regard et de la sensibilité.

Le beau fut aussi évoqué dès l'Antiquité ; chez Platon le beau, le vrai se trouvent dans les hauteurs : le transcendant. Cette conception est largement reprise par Suger, le bâtisseur de Saint-Denis. : l'édifice doit capter la lumière venue du ciel. Les rosaces, les vitraux, les ouvertures sont ici pour apporter la lumière divine à notre obscurité terrestre.

Notre perception de l'Art a été fortement influencée par ces idées. La vérité qui vient d'en haut est une vérité hiérarchisée. Dans la société civile, le prince, placé au plus haut de la hiérarchie humaine va recevoir la lumière, la vérité et va réfracter et répandre cette vérité.

Certes l'homme est façonné de transcendance : faut-il, pour autant, en accepter la conception platonicienne ?

En 1996. au cours d'un précédent colloque, il a été démontré que l'art actuel a évacué la transcendance au profit du réel qui apporte aussi une émotion très forte.

L'art contemporain se veut dénué de transcendance.

Parler de la beauté, c'est se placer personnellement devant une œuvre ou devant la Création : la beauté en soi n'existe pas, on ne peut parler de beauté qu'à partir de l'émotion.

Beauté ambiguë puisqu'elle peut être belle pour moi, mais pas pour autrui. Ambiguïté aussi, car si je trouve un désert superbement beau, il peut aussi être superbement dangereux. La beauté liée à l'émotion me fait vibrer ; ce que je trouve beau peut ne pas l'être pour d'autres. Le beau est donc éminemment subjectif.

Le beau en soi n'existe pas, il n'y a donc pas de critères qui permettent de définir ce qui est beau ou ce qui ne l'est pas, alors que dans une perspective remontant à l'Antiquité, le beau serait préexistant au monde.

Touché au plus profondément de moi-même ce que me montre l'artiste sera, moyennant ma libre participation, vu comme beau et pourra engendrer une manière différente de vivre. L'art contemporain relève de cette perspective. Tel était déjà le but de l'art au Moyen Age dans la réalisation du bestiaire : ce n'est pas pour faire prier que sont représentés des monstres, mais pour stimuler, provoquer un changement dans la manière d'être. Inviter à la conversion.

L'art ne peut donc pas se réduire à ce qui fait prier. Quand un commanditaire demande de réaliser une œuvre susceptible de faire prier, il se situe dans le domaine de l'art idéalisé. L'icône relève d'une conception platonicienne, idéalisée, développée dans le cadre d'une théologie orientale, mais pas dans le cadre d'une théologie occidentale qui cherche plutôt à atteindre la réalité, voire la transfigurer, dégager sa sublimation, sa transcendance. L'œuvre artistique peut nous montrer la transcendance sans pour autant reprendre les schémas platoniciens. 

Publié dans Art

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Hossein 13/09/2008 00:46

Oui, je m'excuse pour les accents, le clavier était anglais. Mais pour les fautes d'orthographes je n'ai meme pas d'excuse. Je ne savais pas pour la newsletter, merci, je m'y inscrit.Pour Lucien fraud et Cindy Shermann et tant d'autres, ce sont des "artistes" qui soit-disant montrent la réalité, en fait c'est essentiellement des images dégoutantes autour de l'acte sexuel. Chez Lucien Freud, un assez bon peintre, c'est assez subtile : il dépeint des par exemple des seines d'apres etreinte où il montre avez il faut l'avouer beaucoup de talent des coprs dans leur aspects le plus cadavresque. Les personnages ne sont plus que des sacs de viandes animés de pulsion. J'ai découvert ce peintre par une étudiante aux beaux-arts qui m'a dit que c'etait son peintre prédéré et qu'elle aimait contempler ces seines. Je suis encore sous le choc de cette déclaration. Comment peut-on aimer contempler la laideur? Pour Cindy Shermann, c'est bcp plus grossier. Il s'agit parait-il à la base d'une photographe feministe. Mais de plus en plus ses photos sont devenues des zooms sur les parties genitales pour en montrer l'aspect le plus dégoutant. J'ai entendu un critique d'art dire qu'il s'agissait de l'esthetique du choc. C'est pour cela que je pense que le discours "je provoque pour dénoncer" est une excuse. En réalité, il ne s'agit pas de provocation mais d'une nouvelle esthetique basée sur le voyaurisme et le masochisme. Les artistes se plaisent à créer ses images et les initiés qui sont en réalité des gens à qui on a déformé les gouts aiment à les admirer, ils y prennent une sorte de plaisir.Je sais, je vais trop loin.

Michel Durand 15/09/2008 22:04


Je vous remercie pour l'information apportée. Avec ces exemples, je comprends mieux -surtout après avoir vus quelques photos sur internet- votre approche de la question  du beau. Pour bien
comprendre ces "artistes" il importe sûrement d'aller au-delà de leurs travaux et d'aborder leur vie personnelle. Mais, même si nous y trouvons une explication de type thérapeutique faut-il que les
galeries défendent et vendent ces peintures comme oeuvre d'art ?
Un évêque, Albert Rouet, s'est risqué au dialogue avec cette forme de production plastique. J'aime sa réflexion mais on est plus dans le philosophie que dans le domaine des arts.


Hossein 12/09/2008 16:31

Juste encore un point. L'art contemporain est prone que la beaute n'existe pas pour l'evacuer. Mais il met tout son art pour exploiter la laideur (cf Cindy Shermann ou Lucien Freud). Donc si ces "artistes" arrivent si bien a obtenir une laideur objective, un degoutant si fort et si universel, c'est qu'il y a bien, par opposition quelque part bien chache, une beaute universelle egalement. Serais-ce simple malhonnetete, sadisme, masochisme... ou une machination volontaire pour remplacer le beau par le laid dans la culture humaine?

Michel Durand 12/09/2008 20:45


Votre machine oublie les accents. Cela rend la lecture difficile. Pouvez-vous m'informer davantage sur Cindy Shermann ou Lucien Freud ?


Hossein 12/09/2008 12:36

Merci de votre reponse, je suis rassure. J'attends votre article avec impatience. Par contre, je ne viens pas regulierement sur votre site, puis-je vous prier de m'avertir de la parution de votre article par email? En ce qui concerne la beaute, je n'ai sciement pas parle des canon grecs qui sont souvent pris comme contre exemple pour dire que comme ils n'avaient pas tout bob alors la beaute n'existe pas. Je pense que c'est court comme argument philiosophique. Ce n'est pas parce que les tentatives a etablir des regles pour definir la beaute ont eu de petites failles qu'il faut jeter l'ensemble des travaux des anciens, voire tout le concept de l'existance et la realite d'une beaute transcendante et absolue. Je suis d'accord avec vous sur la beaute d'un visage ride par sa vie de labeur, et plein d'autres formes de beautes repondent a des definitions tres complexes voire indescriptibles. Mais ce n'est pas parce qu'une chose est dificile a definir qu'elle n'existe pas. Moi je donne toujours l'exemple de la rose en eclosion. Une fleure n'a d'autre but que d'etre belle, c'est sa raison d'etre. Dire que la beaute n'existe pas en absolu et que c'est une valeur subjective laisse a l'appreciation (bon ou maivais gout de chacun) est la premiere porte ouverte et la prochaine est celle du bien et du mal. Peut-on dire que le bien n'existe pas? Et que ce que moi je trouves mal l'assassin le trouve bien? et que c'est une question d'appreciation de chacun et que tout se vaut?Donc je pense que l'evacuation de la beaute absolue et a l'origine de l'ensemble des derives de l'art contemporain. Et je repete que je trouve encore que c'est un art dangereux qui prone l'anomie. il est dangereux car il y a dans cet art un effet de contagion : art qui correspond initialement a une revolte des artistes occidenteux contre eux meme, maladie purement occidentale, s'est transmise a toute la planete! des pays avec des traditions d'art tres nobles et mysthiques (asie, pays musulmans...) delaissent leur art pour s'adonner a cet art du nihilisme ou la seul valeur est l'ego et les pulsions de l'"artiste".Vous dites que cet art est miroir de notre societe et veut nous dire quelque chose. Je ne suis pas sur. Le rap peut-etre. Car il vient d'en bas, de la rue. Mais l'art contemporain vient d'en haut: les precepts de cet ideologie nihiliste sont enseignes dans les ecoles d'arts et vehicules par les muses... il y a un veritable lavage de cerveau procede d'en haut, et ce sur toute la planete!!! meme dans les pays qui officiellement ont une autre ideologie (etats religieux) la couche intellectuelle, enseignants d'art, critiques, commissaires des muses... pronent quqnd meme les valeurs de cet art.Mon interrogation aujourd'hui est double :1- Dans quel interet cet ideologie nihiliste est enseigne par l'academie mondiale de l'art, qui est derriere cette volonte de detruir toutes les valeurs humaines et proner violance, sex, desesperance, folie, pulsion, ego...2- Commen se fait que cette contagion est si facilement faisable? Comment ca se fait que les jaunes qui s'interessaient initialement a l'art, sous l'effet de ce lavage de cerveau, delaissent si facilement tout l'ART pour cet anti-art? Il y a certainement dans cette ideologie qqch qui raisonne avec les desirs des gans. qqch qui les seduit, est-ce la facilite de pouvoir s'autoproclamer artiste sans effort? est-ce le sentiment de liberte? ou est-ce tout simplement comme l'a dit un grand sage "la maladie est contagieuse mais la sante ne l'est malheureusement pas".

Michel Durand 12/09/2008 17:31


Non, on ne peut pas dire que le bien n'existe pas. Il y a des valeurs fondamentales : le beau, le bon, le vrai, le juste qui existent indépendamment de sa subjectivité. Mais, le beau n’est pas que
dans les formes extérieures.
Savez-vous que vous pouvez vous inscrire à la lettre d’information (newsletter). Vous serez prévenus des nouveaux articles sans être obligé de tout lire. Je crains de ne pouvoir prendre
l’engagement de vous prévenir quand je publierai un nouvel article sur le beau.
Merci de votre commentaire. Je pense que nous avons la même perception, amis c’est encore à creuser.


Hossein 29/08/2008 17:48

Bonjour,Je suis etonne par votre affirmation si aisee de la subjectivite de la beaute: "ce que je trouve beau ne l'est pas pour l'autre". Je ne comprens vraiment pas quel peut etre le fondement philosophique d'une telle idee. Et j'aimerais bien comprendre comment cette idee si etrange est devenue la pensee unique du monde d'aujourd'hui alors que depuis toujours on avait pense autrement! Pour moi, une rose en eclosion est belle et un vomi est laid. Et si la rose n'est pas belle pour l'autre, je ne doute pas de la beaute de la rose, mais de la sante mentale de l'autre. Certe je n'exclue pas que certains ait tant deforme leur gout qu'ils en soient arrives a contempler un vomi plutot qu'une rose, exactement comme ceux qui preferent la douleur a la caresse, mais ceux-la ne sont'ils pas des masochistes? Vous dites que l'art contemporain a evacue la notion de transcendance. C'est tres interessant! Puis-je avoir les references de ce colloque pour en savoir d'avantages? Car en effet, j'avais senti cette absence de transendance dans l'art contemporain mais je n'en ai pas lu d'analyse. Ce que je constate c'est que l'art contemporain au contraire de l'art classique et moderne qui se voulaient la nourriture de l'ame (cf les confessions de Picasso) et avaient pour ambition l'elevation de l'esprit par la beaute de la perfection, l'art contemporain au contraire tente de parler aux pulsions du spectateur, des "emotions" de bas niveau comme la colere, le desir, le degout, le desespoire... D'une facon generale, il montre le soi-disant "reel" sous un aspect absurde, l'homme n'est plus que de la chaire animee de pulsions, il n'a plus d'ame!Personnellement je trouve les objectifs de cet art nocif pour l'humanite, mais defendu par un pretre qui oeuvre pour son bien, je suis etonne. Et malgres mon ton fanatique et agressif, j'ai les oreilles ouverts et j'ai soiffe de comprendre.Merci de bien vouloir me repondre.

Michel Durand 01/09/2008 21:59


Votre commentaire demande une longue réponse ; je le ferai avec d'autres articles car je compte bien développer cet aspect. Si j'oublie, merci de me le rappeler. Je ne défends pas l'art
contemporain, vous avez pu le sentir quand je regrette son absence de transcendance. Pourtant, cet art qui ne cherche pas en premier à exprimer la beauté, veut nous dire quelque chose. Il est
signal que notre société devrait regarder.
Que veut dire "contemporain"? Ce mot est devenu dans le vocabulaire des historiens d'art et des critiques d'art un mot technique pour désigner l'expression artistique depuis Duchamp jusque vers les
années 70. Tout art d'autjourd'hui n'est pas obligatoirement "art contemporain". Les milieux officiels se sont emparés de cet art car peut-être, il se situe confortablement sur le marché de l'art.
Mais quel sentiment dégage-t-il ? Les artistes d'aujourd'hui parlent d'art actuel pour désigner leur création. Avec celles-ci ils veulent nous faire sentir leur vie inérieure, ils veulent
communiquer leur ressenti spirituelle.
Revenon à la beauté. Une vieille femme, un viel homme n'ont plus les critères de beauté que les grecs exlataient dans leurs sculptures. La vieillesse humaine ne correspond à aucun canon esthétique.
Pourtant, comme est beau un visage de vieil homme ou de vieille femme. Visages marqués par les durs labeurs quotidiens, visages où l'on ressent l'amour qui s'est entièrement donné pour le bonheur
des siens. Visages marqués par la vie, la joie, le bonheur, visage qui parlera à celui qui aime. L'amour de l'amant donne de la beauté à la personne aimée.