Le dieu Argent

Publié le par Michel Durand

À la lecture du, je pense, dernier livre de Denis Vasse, « L'homme et l'argent », Seuil, mai 2008, j'ai dramatiquement pris conscience que je vivais au XIXe siècle et non au XXIe. En effet, ma conception du travail date d'un autre temps. Figurez-vous que je crois encore que le prix d'un objet est fixé en fonction du temps passé à fabriquer le produit.

Dans le Sud, peut-être, le prix de la marchandise vendue sur le marché est encore fixé au cours d'un dialogue entre le fabricant vendeur et le client acheteur par le biais du marchandage. Le prix résulte d'une entente, d'une alliance, d'un lien qui unit deux êtres différents. L'altérité reconnue engendre la vie.

Eh bien, non ! cela n'a plus court. L'argent n'est plus depuis très longtemps, le moyen de l'échange. Complètement abstraite de cette réalité, l'argent est une valeur qui travaille par elle-même et également, je suppose, pour elle-même. Le prix n'est pas ce qui se décide entre hommes sur le marché. Il est le « prix du marché », une abstraction économique. N'est-ce pas pour cela que les producteurs de coton africains n'arrivent pas à vendre au juste prix leurs productions tant celles-ci se trouvent faussement, mais légalement, concurrencées par les subventions données aux entrepreneurs du Nord ? Denis Wasse ne rentre pas dans tant de détails ; seulement sa réflexion de psychanalyste m'invite à voir dans cette direction. L'argent étant devenu une valeur abstraite, séparée de la vie, une disproportion phénoménale s'est instaurée entre les salaires. Le salaire, du reste, n'a plus rien à voir avec le profit.  

  • « Le travail n'est plus ordonné à la reconnaissance du vivant. Il est ordonné à un système de valeurs abstraites ou des représentations objectives, aux images, aux idées ou aux fantasmes selon le prix qu'il est censé avoir ou ne pas avoir, mais s'élève ou s'abaisse selon l'image qu'il donne dans un ordre économique qui mesure toutes les valeurs du monde et auquel l'homme n'échappe pas. Tel est le monde des affaires, de la publicité et de la communication. Paradoxalement, le travail n'y est plus référence à l'être de l'homme, à son nom. Il renvoie plutôt à la valeur d'un chiffre sans visage ».

Nous sommes dans le monde de l'avoir. On pense qu'avec un grand pouvoir d'achat, un énorme avoir, tous les besoins seront comblés. Grâce à l'argent, tout est possible. Le bonheur en sera à l'issue. C'est que l'on confond plaisir et désir. Alors que l'homme et un être de désir, l'argent pervertit sa vocation en en faisant un objet de consommation liée au plaisir sans aucune limite. Tyrannique, l'argent est vu comme jadis étaient vénérées les idoles. Denis Vasse rejoint Jacques Ellul dans la reconnaissance du caractère « sacré » que les contemporains donnent à l'Argent. Un dieu, Mammon, Trésor qui va envahir le cœur.

  • « Subtilement, inconsciemment, l'homme se met au service de l'idole qu'il a fabriqué ».

Asservissement.

La libération par l'objection de croissance.

Une fois de plus, l'appel à la pauvreté volontaire des objecteurs de croissance sonne avec justesse. Pour se libérer de la tutelle de l'abstraction économique, l'homme n'a qu'un moyen : œuvrer à diminuer ses avoirs pour grandir dans l'être. C'est ce que dit Luc 12,13-21.

Et, à sa suite, Saint Jean Chrysostome (4e s).

  • « Les riches ne mettent jamais un terme à la passion de la richesse, même s'ils se sont emparés de la Terre tout entière ; les pauvres s'efforcent de les devancer et une sorte de frénésie incurable, une force incoercible,  une maladie dont on ne peut guérir, saisit toutes les âmes. Cet amour vainqueur et exclusif a chassé de l'âme tout amour : amitié, parenté ne comptent plus ».

Denis Vasse commente : « Les miséreux ne peuvent satisfaire leurs besoins pour vivre. Les mercenaires vendent leur travail pour assouvir leurs pulsions ; les riches sont esclaves d'une satisfaction toujours inassouvie, ils sont tentés d'acheter tout pour « en avoir assez ».

Je n'avais pas encore terminé ma réflexion que ce sujet, que revenant de courses alimentaires, rue de la république, je fus interrogé par en enquêteur qui voulait sonder mes besoins d'augmentation de pouvoir d'achat. Étonné que je puisse être satisfait de mon salaire, surpris que je ne veuille pas plus, que je ne veuille pas travailler plus pour gagner plus, il gomma ce qu'il venait de mettre sur sa fiche. Je n'étais pas le bon profil, inutile de continuer à sonder, car je ne me mettais pas à genoux devant le pouvoir d'achat. Celui pour qui il faut tout faire afin qu'il augmente.


Publié dans Politique

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Laurent MARTIN 14/09/2008 08:17

L' église est-elle devenue le tombeau de la Foi ? Car elle n' a pas su s' opposer aux grands du systéme d' exploitation mondial, elle ne s' oppose plus ouvertement aux tyrans du royaume de Mamon , la seule chose dont elle est capable c' est d' imposer au peuple des tabous en matiére de sexualité qu' elle ne suit pas elle même car ils sont contraires à la nature humaine ...
Continuez , gens d' église, à benir les puissants du monde qui provoquent des guerres et qui manipulent des bombes atomiques sous pretexte de sécurité, la pire perversion n' est pas sexuelle mais bien morale et politique.
On veut nous faire croire que la santé publique est en dette, à qui la cause à l élite médicale qui demande des sommes toujours plus importante pour assoire sa Seigneurie parmi les notables de France et de Navarre ou aux pauvres gens qui souffrent d avoir passée une vie exploitée par des Lois injustes et liberticides ?
L' heritage culturel de l' actuel président de la république montre bien que l ' appartenance à cette caste est profitable pour réussir dans les carrieres du pouvoir, les marchands de chaire humaine nourissent bien leurs petits ...
Et l' armée ! ça ne coute rien ? Ce crime organisé ne représente t il pas un déficit encore plus grand que celui de la santé du peuple quand on sait que  la défense a toujours été celle du grand capital par les couches les plus pauvres de la nation ? Ce furent toujours les pauvres qui furent sacrifiés  !
Mais il est vrai que si l esprit n y est plus , le sens de la hierarchie reste le commun dénominateur entre l' église et l armée !
Décidément l' église de Pierre le renégat n' a rien à voir avec celle de Jésus et la catholicité mondiale est trés différente du message d' amour du Christ plus proche des communistes sincéres de l' est ou des hyppies contestataires de l' ouest qui ont su changer le monde et se remettre en question que des prélats en uniforme qui imposent dans le pays  la domination d' un systéme féodal et provoquent dans le monde la terreur des autres religions ...
Continuez, mais sachez que si vous êtes à coté encore du message de celui qui renversait les marchands du temple votre église ne fera pas long feu, dejà baptéme, mariages et ordination sont en sérieuse baisse car personne ne croit plus aux mythes du paradis et de l' enfers et à une métapysique de la superstition primitive . La vie éternelle est bien celle de l humanité si elle arrive à se débarasser des sangsues du G8 et du grand capital mondial et des armes dont ils sont les auteur

Michel Durand 15/09/2008 22:09


C'est regrettable que vous oubliez que dans l'Eglise que vous attaquez avec force, il y a des disciples qu Christ défendant la pureté de l'Evangile. L'histoire en montre régulièrement.
Je peux partager votre colère, mais je ne trouve pas juste de ne pas partir à la recherche des faiseurs contemporains de Bonne Nouvelle de Libération.


Laurent MARTIN 09/09/2008 11:33


Paradoxalement, sans affrontement il n y a pas de paix,

mais la guerre survient quand aprés une longue periode où il n y a pas eu d affrontement , il y a la nécessité d' un affrontement violent !Donc il vaut mieux un affrontement "soft" : c' est la "politique", qui devient nécessaire pour que tous retrouvent leurs marques ...

 



il faut arriver à penser collectif, pour que dans ce cadre on puisse penser l' individu :
si on pense d abord individualisme , il n y a pas de société humaine possible :
C 'est ce qui arrive avec le capitalisme qui provoque d' enormes injustices sociales donc des guerres;
En 89 le communisme a été capable de se remettre en cause en découvrant dans les luttes de classe contre la nouvelle bourgeoisie soviétique et en lien avec l' église catholique , le concept de "solidarité" !
Meme aprés le 11/9/2001 le capitalisme n' a pas été capable d' une autocritique, ni même d' un examen de conscience au contraire il a cherché un bouc emissaire en orient . . .

Michel Durand 12/09/2008 20:43


Pour avoir un échange, un dialogue vraiment démocratique il faut une très grande force. C'est l'esprit des communautaires qui devrait se répandre.... vertu de l'obéissance critique des moines. En
termes très chrétiens, je dirais que l'humanité est invitée à la sainteté.


Laurent MARTIN 31/08/2008 23:38

DIEU EST UNE IDOLE AUSSICette phrase de Léo FERRE serait aussi à commenter , car s' il est vrai que l' argent fabriqué par l' homme est adoré par lui, DIEU lui même n' a t il pas été construit par l' homme au cours de l' histoire ? Et dans les guerres , le vainqueur n' a t il pas toujours imposé son Dieu aux vaincus ?Il m' apparait de plus en plus que Jésus est l' homme qui libére de Dieu pour que l' homme puisse croire en l' homme.Avec lui disparaissent les fausses croyances et les pratiques magico-religieuses, avec Jésus pas de longues cerémonies et des mytres de 75cm sur la tête ...La vie de John LENON par exemple m' apparait plus proche de l' évangile que celle de n importe quel pontife souverain du XXeme siecle et Colluche a peut être fait plus de miracles que l' abbé Pierre ?On ne doit ni adorer le dieu de l' argent , ni celui de l' art, ni celui de l'intellectualité, ni meme celui de la nature, ni meme celui de la raison et celui de l' amour, meme les prostituées nous précédent dans ce domaine !

Michel Durand 01/09/2008 21:33


Toute la bible est désacralisation. Lutte contre les faux dieux, alias les idoles. Les Evangiles le disent sans cesse. Dieu est à notre image par notre erreur. Quand le Christ nous parle de Dieu
Amour, son Père, on est avec une autre vérité.
Jésus nous libère d'un dieu-puissance pour nous parler de la tendresse du Père. Dieu. Donc avec vous je partage votre idée anti mytres de 75 cm. Jésus nous en libère. Mais il y a encore beaucoup à
faire. Seulement, pourquoi se fixer sur ces déviances , son message dépasse les pontifes.


Laurent MARTIN 31/08/2008 23:02

BonsoirUne récente étude économique fait apparaitre que les produits de premieres nécessités (pain alimentation carburant(et oui le carburant au XXIem siécle est de premiere nécessité !) augmentent, alors que les produits de luxes diminuent , resultat : le pouvoir d achat des pauvres diminuent alors que celui des riches augmente !Bon, celà n est pas de la psychanalyse mais de l'économie, là on raisonne sur les besoins ici sur le désir ...Mais , si comme l' a écrit quelque part Hegel , le désir c' est le désir du désir de l' Autre, n' est il pas légitime que les pauvres rêvent de voyages en yatch si le président qui les représente s' affiche sur un yatch ?Je pense qu' il y a un danger d' idéaliser cette idée tres materialiste au sujet du pouvoir d'achat comme si cette préoccupation n était pas digne d un Chrétien pauvre, c est à dire d un Chretien chretien !Seuls les Chrétiens riches auraient le droit de s' interreser à leur pouvoir d achat et meme de faire la guerre pour ça ?Les pauvres Chrétiens eux devraient accepter que des étudiants Catholiques riches détruisent les distributeurs de préservatifs alors que le présidents de la droite française incapable d etre un chef de famille (il en est à son troisieme mandat !) soit concidéré comme le chef de l' etat français !Un prolétaire dans la même situation serait considéré comme un coureur de juppon !Donc si selon qu on est puissant ou miserable les jugements de coure rendent blanc ou noir , pourquoi un jugement critique ne ferait il pas de même mais en renversant les propositions?

Laurent MARTIN 19/08/2008 16:07

J' espere que la remarque de Denis VASSE s' adresse à la France d' en haut !

Michel Durand 20/08/2008 12:39


Hélas, je trouve votre phrase est trop courte pour que l'on puisse bien comprendre votre pensée. Denis Vasse dans son éude s'adresse à toutes personnes susceptibles d'être concernées.