Oraison et Esprit-Saint

Publié le par Michel Durand

Pour sa série d'articles sur la prière, Robert Beauvery m'a demandé une préface que voici :


Une lecture, même rapide, des lettres de Paul montre combien grande est la liberté de l'Esprit.

L'Esprit rend libre, vrai et libre. Interrogé par les chrétiens de Jérusalem, dont Pierre et Jacques, culturellement attachés à une culture modelée par la Loi de l'Ancien Testament, Paul ne put se résoudre à soumettre Grecs et Romains à des traditions religieuses étrangères à l'Amour universel annoncé et pratiqué par Jésus, le Christ, dans la ligne d'Isaïe. Et de méditer : « Je vis une foule nombreuse de toutes langues, peuples, races et nations, hommes et femmes, esclaves et hommes libres, enfants et vieillards ».

Même si je ne suis qu'un très mauvais « priant », même si demeurer plus d'une demi-heure quotidienne dans le silence de la contemplation ou de l'oraison, m'est toujours difficile, je suis persuadé, par expérience, de l'importance de cette pose. La multiplicité des tâches à accomplir ne doit pas grignoter ce temps de pure gratuité ; au contraire, elles ne peuvent que l'augmenter. « Qu'ai-je à faire, Seigneur, de si important que cela ne puisse attendre ? » Comme pour le maçon, si Dieu ne construit avec moi la maison, cela ne sert à rien de se lever tôt le matin. C'est parce que dans la contemplation, le priant reprend conscience de la présence permanente du Seigneur, que les tâches à accomplir dont on ne saisit pas obligatoirement et immédiatement le sens, se chargent de légèreté et de contenu.

Prière, contemplation, oraison, méditation.

Il semblerait que j‘emploie indistinctement ces mots pour désigner le temps consacré à Dieu seul, Père, Fils et Esprit. Chaque action priante a sa spécificité. Robert Beauvery s'engage à nous en parler. Il ravive les notions que nous connaissons et qui sont explicitées dans les dictionnaires. Le point commun qu'il y a entre les différentes attitudes de prières est la disponibilité. « Qu'ai-je à te dire Seigneur, que tu ne saches déjà ? » C'est dans la mesure où l'homme prend conscience de ses limites, qu'il se tourne avec bonheur vers le Créateur. Vide de pensées, vide de projets, vide de préjugés, humblement, l'homme se tourne vers Jésus-Christ pour que naisse dans la faiblesse humaine, l'homme -l'humanité- appelé à la divinisation. « Faire oraison » en ce sens est plus que jamais nécessaire. La culture du XXIe siècle pousse l'homme à se construire par lui-même. Ce n'est pas mal. Mais, est-ce possible dans l'oubli complet du Créateur ? L'homme n'est pas autonome. Aucune satisfaction de ses besoins ne comblera son insatiable désir de perfection, d'amour.

Je rencontre des personnes qui manifestent une soif immense de spiritualité. Ceux-ci sont souvent désignés par l'appellation de spirituels laïcs dans la mesure où ils refusent tout recours à une religion, à une réalité transcendante. Comment leur parler ?

L'impuissance que je constate en cette méditation interrogative m'incite à me tourner vers Dieu dans une attitude de contemplation pour « faire oraison ». Un dialogue avec l'Esprit-Saint pour que se modèle mon esprit ; un lâcher-prise selon l'image de la terre modelée par le potier et un dialogue raisonné avec des frères pour que s'exerce toute forme de discernement humain et spirituel, des consciences.

Devant l'attitude spirituelle des hommes et des femmes d'aujourd'hui, face aux devoirs d'accompagnement et d'accueil, par exemple, des migrants dit sans-papier, aux divorcés remariés fidèles à l'Évangile, même si je ne suis qu'un médiocre priant, je considère dans ce travail de la contemplation une urgence pour le monde et l'Église d'aujourd'hui afin d'être pénétré de la liberté et de la force de l'Esprit.


Publié dans Témoignage

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