Récession

Publié le par Michel Durand

Le groupe "Chétiens et Pic du pétrole" propose que l'on se prépare à une situation où  la croissance ne sera plus possible. Il organise dans cette perspective un colloque en janvier 2009. Un intervenant au colloque, Bernard Ginisty a diffusé sur RCF Saône & Loire, les 26 et 27/09/2008, cette chronique.
Ce matin, en écoutant les informations : 3 mois de PIB négatif -cela s'appelle une récession- je trouve important de vous faire connaître ce point de vue. Nous avions déjà parlé de Denis Vasse.

Bonjour,

La crise financière qui secoue la planète atteint ce que la pensée unique économiste considère comme le cœur du monde moderne. Quand l'administration  républicaine de George Bush se rallie en catastrophe à des nationalisations d'entreprises privées et que Nicolas Sarkozy qui a inauguré son mandat en fanfare bling-bling sur un yacht de milliardaire se pose en réformateur vertueux du capitalisme, c'est que les dogmes ultra-libéraux ne sont plus tenables. Bien au-delà des polémiques politiciennes, nous sommes face à une crise majeure des fondamentaux de la gouvernance. Aussi, pour analyser cette crise au niveau qu'il convient, je ne saurais trop vous conseiller, chers auditeurs, la lecture des deux ouvrages récents écrits ni par des hommes politiques, ni par des économistes.

L'un, intitulé « L'Argent, Dieu et le Diable. Péguy, Bernanos, Claudel face au monde moderne » (1) est l'œuvre de Jacques Julliard, historien et délégué de la  rédaction du Nouvel Observateur. Julliard montre comment ces trois grands écrivains du XXe siècle ont su diagnostiquer, à leur façon, la faille fondamentale de nos sociétés que Charles Péguy avait clairement identifiée au début du siècle : « Pour la première fois dans l'histoire du monde, les puissances spirituelles ont été toutes ensemble refoulées non point par des puissances matérielles mais par une seule puissance matérielle qui est la puissance de l'argent. (...) Pour la première fois dans l'histoire du monde, l'argent est seul face à l'esprit. (...) Pour la première fois dans l'histoire du monde, l'argent est seul devant Dieu. (...) Par on ne sait quelle effrayante aventure, par on ne sait quelle aberration de mécanisme, par un décalage, par un dérèglement, par un monstrueux affolement de la mécanique ce qui ne devait servir qu'à l'échange a complètement envahi la valeur à échanger » (2). Julliard reprend cette analyse pour l'appliquer aux deux grands systèmes rivaux qui ont dominé le XXe siècle : « Capitalisme et communisme traitent les hommes (presque) de la même manière, en tout cas avec un égal mépris, parce qu'ils ne sont que deux aspects, deux modalités, deux hypostases de cette primauté de l'économique qui est le fait unique, le fait générateur du monde moderne »(3)

         L'autre ouvrage, L'homme et l'argent (4)   est l'œuvre d'un psychanalyste, Denis Vasse. Avec la grande lucidité que lui donne à la fois sa grande culture et son expérience clinique, l'auteur analyse quel sens peut prendre la vie de l'homme dans une société de l'argent-roi. À ses yeux, le danger mortel de l'argent est de nous couper de la gratuité première qui nous fait vivants pour rabattre le désir humain vers la consommation indéfinie d'objets. « En donnant à l'argent une valeur d'échange universelle, l'homme sombre dans la perversion d'un ego qui troque l'être, la vie, contre toute ce qu'il peut virtuellement avoir » (5).

         L'étymologie du mot nous le rappelle :  toute crise nous affronte à des choix que nous n'avons cessé de différer. Face à la fuite en avant dans la consommation à crédit qui nous a été proposée comme le moteur de la vie en société, la crise que nous traversons nous ramène à ce qui est  fondateur de toute existence et qui s'appelle la gratuité d'un amour.

 



(1) Jacques JULLIARD : L'Argent, Dieu et le Diable. Péguy, Bernanos, Claudel face au monde moderne. Éditions Flammarion, 2008
(2) Charles PEGUY : Note conjointe sur M Descartes et la philosophie cartésienne in Œuvres en prose complètes, Tome 3, Edition La Pléiade page 1455
Jacques JULLIARD : op.cit. page 52
(4) Denis VASSE : L'homme et l'argent. Éditions du Seuil 2008.
(5) Id. Page 30.
 

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