Force de la charité

Publié le par Michel Durand

L'homme n'a pas à choisir entre l'être et l'avoir mais à reconnaître que le nécessaire avoir pour vivre est au service de l'être. Il reçoit de l'Autre. Il désire l'Autre. La fin de l'homme est de naître et de mourir du don de la vie, dans l'Amour. La Charité est « le lien qui fait l'unité du corps dans la diversité des membres et l'unité du genre humain dans la multiplicité des hommes. Ce lien du don ou ce don de l'esprit est la racine et la fin de la vie : sans lui, l'avoir et l'être se dispersent à vau-l'eau dans l'abstraction du pur multiple » (Denis Vasse).

Voici à ce propos un texte de Jean Chrysostome*.

saint Jean Chrysostome
icône à l'encaustique,
monastère Sainte-Catherine, Mont Sinaï, 7ème siècle

Par-dessus tout, qu'il y ait l'amour:
c'est le lien qui fait l'unité dans la perfection ( Saint Paul, Lettre aux Colossiens 3,14).
Tu vois ce qu'il dit.
Car on peut pardonner sans aimer
Mais dit Paul, il faut aimer aussi !
Et il montre le chemin pour pouvoir pardonner.
On peut être bon, doux, humble et patient,
et ne pas éprouver de charité...
Ce qu'il veut dire,
c'est qu'aucune de ces vertus n'est utile,
tout se désagrège s'il n'y a l'amour.
C'est lui qui resserre tout,
tout ce que tu peux dire de bien
n'est rien si c'est sans lui
et sans lui, tout s'en va à vau-l'eau.
Dans un navire, si grands que soient les agrès,
s'il n'y a pas d'armature, ils sont inutiles ;
dans une maison,
s'il n' y a pas de charpente, c'est pareil ;
et dans le corps, si grands que soient les os,
s'il n'y a pas de ligaments, ils sont inutiles.
Il en va de même des bonnes actions,
tout s'en va s'il n'y a l'amour.
Il n'a pas dit : « c'est le sommet »,
mais il a dit, ce qui est plus important :
c'est le lien qui fait l'unité.
Voilà qui est plus nécessaire que le sommet !
En effet, le sommet
est le plus haut degré de la perfection,
mais le lien
contient les éléments dont dépend la perfection,
il en est comme la racine.

Commentaire de Denis Vasse
Avec ce lien de l'Amour qui fait l'unité, la Vie du vivant est absolue, elle n'est pas ceci ou cela, celui-ci ou celui-là. Car en rigueur de terme elle n'est pas, elle advient et ne cesse d'advenir dans un éternel présent. Elle est pur don. Elle ne s'achète pas plus qu'elle ne se mérite. Elle est pardon.


*Saint Jean Chrysostome, Huitième homélie sur l'Épître aux Colossiens Cité in Magnificat, n° 178, septembre 2007, p. 169 (trad. fr. par Guillaume Bady).


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