Homélie du dimanche 26 octobre 2008

Publié le par Michel Durand

Amour de Dieu et Amour du prochain. Un seul et même commandement.

Entendre l'homélie de Roger Teppe.



« Je suis persuadée que l’enfer, c’est soi, c’est l’enfermement en soi ; et le paradis s’ouvre, commence, le jour où l’on regarde l’autre, où on l’écoute. »

Sœur Emmanuelle

Publié dans Eglise

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Dominique Collet 29/10/2008 10:10

Tout d’abord je respecte complètement sœur Emmanuelle, même si je m’interroge. Je lis, au même moment ses nécrologies, la somme d’insultes épouvantables que reçoit Olivier Besancenot (« antisémite », « brute », etc.), de la Ligue communiste révolutionnaire, de la part de ceux qui encensent à longueur de colonnes sœur Emmanuel (je ne suis pas du parti du facteur). Ce sont ceux qui défendent le capitaliste le plus débridé qui sont les plus laudateurs de l’action de sœur Emmanuelle. Ce sont ceux qui ont lynché avec les médias Tariq Ramadan – pourtant plus « progressiste » et ne s’adressant principalement – pour ce qui est de la religion – qu’aux gens de sa confession – qui la portent au pinacle. Ce sont qui expriment sans discernement leur haine des « barbus » dans les banlieues qui louent sans regard critique permis l’action prosélyte de sœur Emmanuel dans les banlieues musulmanes. Cela ne suffit pas évidemment pour remettre en cause radicalement son action, mais doit au moins attirer notre attention. L’Occident n’a-t-il pas commis assez de crimes dans le reste du monde. Si, aujourd’hui, il cherchait avant tout « à ne pas nuire » ? Oui, mais voilà, cette démarche invite à une action politique, qui, elle, amènera nombre d’adversaires et même d’ennemis, dont les médias. Une action qui sera nécessairement non consensuelle. Je pose la question : la bonne attitude n’est-elle pas de refuser d’aller véhiculer l’image de l’homme blanc sauveur, surtout quand on est persuadé de le faire au nom d’une raison supérieure ? Le colonialisme est toujours dans les têtes, comme l’a très bien expliqué Aimé Césaire, et c’est avant tout cela qu’il faut combattre. Je crains comme la peste tous ces jeunes blancs qui partent au Sud au nom de grands idéaux charitables. Leur proposer une action ici pour réduire notre poids sur le Sud attire à coup sûr beaucoup moins de volontaires. Alors, est-ce l’exotisme d’un beau voyage, et la reconnaissance sociale que l’on va pouvoir en tirer, qui est au cœur de leur action ou une volonté réelle de transformer le monde ? La Haine de l’Occident, le livre que Jean Ziegler vient de publier, aide à comprendre pourquoi le néo-colonialisme – y compris dans sa version charitable du développement, qui est sa façade « éthique »– amène le reste du monde à nous détester. Dominique Collet

Michel Durand 29/10/2008 20:26


Ne conviendrait-il pas d'ouvrir, publiquement, un débat contradictoire, une "table ronde" sur ce sujet ?


Dominique Collet 28/10/2008 10:24

Imaginons de riches habitants du Qatar, par exemple, qui formeraient des jeunes musulmans pour venir « aider » les plus pauvres des Français. Ces jeunes arabes seraient des vedettes dans leur pays. Dans les médias, ils y décriraient souventde la condition misérable d’une partie des Français. Ils feraient valoir leur foi, une foi qui leur offrirait le courage de partager le sort de tout ces déshérités occidentaux.Comment réagirions-nous alors, nous Français ? Nous crierons sans doute au scandale et à l’instrumentalisation de la misère sociale à des fins prosélytes musulmanes. Nous dénoncerions une forme de colonialisme d’autant plus insupportable qu’il se présente sous le masque de la charité.La façon dont les médias se sont braqués à la mort de sœur Emmanuelle sur ses déclarations sur sa vie sexuelle est abjecte et révèle bien l’obscénité contemporaine des rédactions parisiennes. En revanche, la critique sur l’action des religieux en terre d’Islam n’est pas ou peu menée. Il serait pourtant bon de le faire à nouveau. Le philosophe Serge Latouche parle de la nécessaire lutte contre « la pulsion charitable de l’homme blanc ». Il ne s’agit pas refuser le charité, mais de comprendre comment le colonialisme d’hier et le néocolonialisme d’aujourd’hui se fabrique au Sud dérrière le masque des bons sentiments (ONG, évangélisation, développement…) et recouvre souvent des réalités moins glorieuses. Dominique Collet

Michel Durand 28/10/2008 20:56


Je me demande pourquoi dans votre commentaire mettant le doigt sur le colonialisme et le néocolonialisme vous ne parlez pas de l’américain corps de la paix ou de la fondation Raoul Follereau, ou
des chevaliers du St Sépulcre, ou encore de l’ordre hospitalier de Malte, ce dernier, me semble-t-il, postulant la place qu’occupe dans les centres de rétentions administratives (CRA) la Cimade.
Impérialisme économique, politique religieux au lieu d’authentique offrande de l’Evangile. Des hommes comme Bartolomé de Las Casas eurent à se battre pour défendre les indiens d’Amériques des
colons ibériques. Il ne s’en sort pas très bien puisqu’il concède que les « nègres », eux, assurément n’ayant pas d’âme, peuvent être soumis à l’esclavage dans les champs et les mines
américaines.
Vous placez votre commentaire sous le tire de l’Homélie du 26 octobre 2008. J’ai réécouté cette homélie. Elle développe le devoir d’amour envers Dieu et le Prochain, mettant en garde l’hypocrisie
de ceux qui disent aimer Dieu sans aimer le prochain. En fait, je ne vois pas de lien entre ce message et votre commentaire. Serait-ce que l’exemple à propos de la sœur Emmanuelle évacue tout le
reste de l’exhortation ? Doit-on soumettre l’aide à autrui au contexte des conquêtes coloniales ? La lecture de cet Évangile et son commentaire homilétique oriente vers la reconnaissance du double
commandement : aimer Dieu et le prochain. L’un ne va pas sans l’autre. Est ainsi soulignée la grandeur du don de soi dans l’acte de charité, au sens fort d’amour (charité) et non au sens de faire
l’aumône.
J’ai été moi-même interpellé par ce que disent les médias au sujet de cette religieuse. Tous ont publié un hommage à Sœur Emmanuelle. Pourquoi cette femme, il y en a tant d’autres, reçoit autant de
colonnes dans les journaux ?
Au lieu de chercher à répondre à cette question, qui cache peut-être une jalousie personnelle, je me suis tourné vers la reconnaissance de la difficulté de mettre en œuvre l’authentique charité.
Nous qui vantons les mérites d’une si charitable personne, pourquoi ne vivons-nous pas nous-mêmes l’acte d’amour envers le prochain ? La page que j’ai rédigée dans ce sens sera publiée dans mon
blogue le 30 de ce mois. Je vous invite à vous y reporter. Elle aborde le sens du soin au prochain dans un pays autre que le sien. Désintérêt et amour universel. Tel est l’Évangile. (voir aussi ce
que je dis ce jour, 28 octobre).