pharisaïsme cardinalice : une honte

Publié le par Michel Durand

Un évêque brésilien excommunie la mère d'une fillette de 9 ans ayant avorté

Hélas, l'actualité de ce lundi 9 mars 2009 a apporté une preuve on ne peut plus concrète du conflit entre attachement rigoureux à la loi et regard miséricordieux envers les personnes, comme je le disais dans mon homélie de dimanche dernier :
deux domaines s'opposent :
- L'un qui relève de l'amour, de la miséricorde, de la compassion, de l'attention à ce que vivent les personnes : on veut leur bien.
- L'autre qui met en avant le respect de lois attachées à la nature humaine comme l'a bien analysée la psychanalyse. On parle ici de justice. Parfois, la justice d'oppose à l'amour et inversement.

Comment se sortir de ce conflit ? Entre droit canonique et devoir pastoral, n'est-ce pas l'amour qui devrait l'emporter ?

Un confrère : Michel Clémencin écrit ce courriel : UNE HONTE

Vous l'avez lu dans La Croix, le Figaro, le Monde ou ailleurs :  «... une Brésilienne de 9 ans, qui attendait des jumeaux après avoir été violée à plusieurs reprises par son beau-père, a subi une IVG. L'archevêque de Recife a aussitôt excommunié la mère de la fillette, ainsi que l'équipe médicale. L'avortement, a-t-il expliqué, est plus grave que le viol. Le beau-père, lui, fait toujours partie de l'Église. Mais il devra se confesser, bien sûr, pour que la machine ecclésiastique lave ses péchés.» Robert Solé, dans le Monde.


Le cardinal G. B. Re au Vatican soutient l'archevêque.

Je suis extrêmement choqué du légalisme inhumain de ces ecclésiastiques célibataires, et du contre témoignage évangélique qu'il entraîne. Quand Jésus expliquait aux scribes et pharisiens hypocrites le poids des fardeaux qu'ils faisaient porter aux hommes (cf. le chapitre 23 de Matthieu), qu'aurait-il dit en voyant ce qu'un évêque veut faire porter à une enfant martyrisée ?

Si autour de vous des groupes de protestation se forment, merci de m'en informer.


P. Michel Clémencin  


Où est le souvenir de Don Helder Camara ?

Dominique Quinio, de La Croix, rédige ce terrible éditorial :

Une enfance blessée

L'archevêque de Recife, au Brésil, a excommunié une mère et des médecins ayant décidé d'un avortement pour une fillette de 9 ans violée par son beau-père.



Certains maudits jours, mieux vaudrait le silence. Une enfant - parce qu'à 9 ans, même si ceux qui devraient assurer votre sécurité vous trahissent, vous restez une petite fille. Une petite fille violée par son beau-père depuis plusieurs années, comme sa sœur aînée handicapée. Vous êtes abîmée, blessée, à jamais privée d'insouciance. En raison de ces violences subies, vous vous retrouvez enceinte, de jumeaux. Le découvrant, votre mère et les médecins choisissent l'avortement, notamment parce que la grossesse était risquée pour un corps pas encore mûr pour la maternité, bien sûr. Et voilà qu'au nom de la vie à respecter à tout prix (« la loi de Dieu contre la loi des hommes », ose-t-on argumenter), un évêque au Brésil, soutenu par Rome, a décidé que cette mère et les médecins seraient excommuniés. Excommunication, un mot que l'on entend décidément trop ! Du beau-père, on veut bien reconnaître la grave faute, mais lui, semble-t-il, ne voulait pas d'un avortement !


L'Église catholique, qui proclame que la vie commence dès la conception et que cette vie, si balbutiante soit-elle, doit être respectée, est dans son rôle quand elle explique qu'un enfant n'est pas coupable des fautes qui ont permis son engendrement. Il arrive que des enfants naissent de viols, et redire leur dignité n'est pas incongru. Mais en l'occurrence, une autre vie est en jeu, tout aussi fragile, celle d'une fillette déjà si douloureusement blessée. Sa vie à elle ne doit-elle pas être protégée ? Faut-il en rajouter en condamnant sa mère, ses médecins ? Faut-il punir les femmes pour les crimes des hommes ?



Intervenant au moment de la Journée internationale des femmes, l'affaire fait grand bruit au Brésil et au-delà. Elle donne des arguments à tous ceux pour qui le combat en faveur de la vie est une posture passéiste et ultraconservatrice. Elle clôt d'office, pour les défenseurs de l'avortement, tout débat autour de la question, même quand il ne s'agit ni de viol, ni de danger moral ou physique pour la mère. La réaction de l'évêque brésilien, dans sa dureté légaliste, va de fait à l'encontre du message de vie que l'Église veut faire entendre. Elle n'aide pas tous ceux qui, dans les nombreux débats bioéthiques en cours, s'efforcent d'attirer l'attention des décideurs et de l'opinion sur les enjeux de certaines techniques médicales, de certaines dispositions législatives. En éclaireurs de conscience, pas en censeurs.



 En page 11 de ce même numéro (LA Croix, 09/03/2009) nous lisons l'article de Anne-Bénédicte HOFFNER :

À Rome, le cardinal Giovanni Battista Re, préfet de la Congrégation pour les évêques, a apporté son soutien à la décision



Quels sont les faits ?

Mgr José Cardoso Sobrinho, archevêque de Recife (nord-est du Brésil), a excommunié jeudi la mère d'une fillette de 9 ans ayant avorté de jumeaux dont elle était enceinte après avoir été violée par son beau-père. Âgé de 23 ans, celui-ci a reconnu abuser d'elle depuis qu'elle avait 6 ans, ainsi que de sa sœur aînée handicapée de 14 ans. La grossesse de la fillette a été découverte il y a quelques jours, quand elle a commencé à ressentir des douleurs et a été conduite à l'hôpital par sa mère. L'équipe médicale a décidé de la faire avorter en raison des risques que sa grossesse faisait courir à sa santé. La loi brésilienne interdit l'interruption volontaire de grossesse, sauf en cas de viol ou de danger pour la vie de la mère.

L'archevêque de Recife a justifié l'excommunication de la mère de la fillette, ainsi que de l'équipe médicale, en rappelant que « la loi de Dieu est supérieure à toute loi humaine. Alors, quand une loi promulguée par des législateurs humains est contraire à la loi de Dieu, cette loi n'a aucune valeur. » À propos du beau-père violeur, Mgr Sobrinho a noté qu'il « était contre l'avortement » : « Certes, ce qu'il a fait est horrible, mais il y a tant de péchés graves, et le plus grave est l'élimination d'une vie innocente. »


Quelles ont été les réactions ?

Vendredi, le président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva a vivement critiqué cette décision, « déplorant profondément en tant que chrétien et catholique qu'un évêque de l'Église catholique ait un comportement aussi conservateur ». La décision de l'archevêque de Recife a été approuvée par le cardinal Giovanni Battista Re, préfet de la Congrégation pour les évêques, président de la Commission pontificale pour l'Amérique latine, qui a rappelé samedi dans un entretien au quotidien italien La Stampa que « l'Église a toujours défendu la vie et doit continuer à le faire, sans s'adapter aux humeurs de l'époque ou à l'opportunité politique ». « C'est un triste cas, mais le vrai problème est que les jumeaux conçus étaient deux personnes innocentes, qui avaient le droit de vivre et qui ne pouvaient pas être supprimées », a-t-il déclaré.

Un tel cas ne relève-t-il que du droit canonique ?

Pour certains faits qui ne sont pas toujours publics, le code de droit canonique a prévu une excommunication « latae sententiae », c'est-à-dire automatique. L'avortement entre dans ce cadre : « Qui procure un avortement, si l'effet s'ensuit, encourt l'excommunication latae sententiae » (canon 1398). L'Église, cependant, dans sa pratique pastorale, ne saurait s'en tenir à une application automatique des principes juridiques. L'attention aux personnes la conduit à prendre en compte les situations particulières, et notamment à tenir compte « du moindre mal » provoqué par une décision, dans les cas extrêmes. Le Catéchisme pour adultes des évêques de France précise ainsi (n. 579) que l'excommunication est prévue « pour attirer l'attention sur la gravité de cet acte à celui qui le sachant et le voulant, provoque un avortement ». Il poursuit : « C'est aussi un grave devoir d'accueillir avec charité les femmes qui ont connu l'avortement, afin de leur manifester la miséricorde de Dieu et de leur permettre un nouveau départ. »

France inter mardi 10 mars 2009, 6 h 50 (environ)

L'exclusion, version catho

On vient encore d'avoir une confirmation que le Vatican a un problème ancien, non seulement avec les juifs, mais aussi avec les femmes. Au point que même le quotidien La Croix s'en est étranglé hier, dans un édito en première page.


De quoi s'agit-il ? Vous l'avez peut-être entendu dans les infos, ça se passe au Brésil. Une fillette est violée par son beau-père depuis l'âge de 6 ans. A 9 ans, là voila enceinte de jumeaux. Le corps de la gamine n'est pas formé pour conduire à bien cette double grossesse, elle fait 1,36 mètre, 33 kg. Elle risque de mourir, tout simplement.


La semaine dernière, alors que retombaient les flonflons de cinq jours de carnaval, les médecins de l'hôpital de Recife ont fait avorter la fillette. Ils respectent la loi brésilienne, qui prévoit l'interruption volontaire de grossesse uniquement en cas de viol ou de danger pour la santé de la mère. Là, les deux motifs sont réunis. L'histoire devrait s'arrêter... Mais non...


- La religion s'en mêle...


Et surtout elle s'emmêle les crayons ! L'archevêque de Recife, Mgr Sobrinho, ni va pas par quatre chemins : il décide de frapper d'excommunication toute l'équipe médicale responsable de l'avortement. Pour faire bon poids, la mère de la fillette est également excommuniée, exclue de la communauté. L'archevêque explique que "la loi de Dieu est au dessus de la loi des hommes". Un avortement est un crime contre la vie.


- Ce qui n'est pas nouveau dans l'Eglise catholique...


Non, pour une IVG, c'est le tarif : l'excommunication est automatique. En fait, ce qui a vraiment déclenché le scandale au Brésil, c'est que le violeur, lui, n'est pas excommunié ! Notre fameux archevêque, Mgr Sobrinho, n'a pas trouvé grand-chose à redire contre le violeur de la fillette ! Enfin si, il a dit "ce qu'il a fait est horrible, mais le viol est moins grave que l'avortement". Ça tourne à l'obsession, hein ?


Le violeur est un garçon de 23 ans. Il a reconnu avoir abusé pendant plusieurs années non seulement de la petite fille, mais aussi de sa sœur ainée, qui a 14 ans et qui est handicapée.


Le président Lula, pourtant catholique, a vivement réagit. Il "regrette profondément le comportement aussi conservateur de l'évêque". "Dans ce cas, dit-il, la médecine est plus correcte que l'Eglise, elle a sauvé une enfant de 9 ans".


Heureusement, pour défendre les causes les plus moisies, en ce moment le Vatican est toujours là ! Aucune compassion ! Ce week-end à Rome, le préfet de la Congrégation pour les évêques, le cardinal Giovanni Batista Re, est monté au créneau pour défendre Mgr Sobrinho. Son Excellence a expliqué que "l'Eglise a toujours défendu la vie et doit continuer à le faire... sans s'adapter aux humeurs de l'époque".


Ainsi, pour ne pas succomber aux "humeurs de l'époque", la vie d'une fillette ne compte pas. Les angoisses d'une mère ne comptent guère. Une équipe médicale qui sauve une enfant est montrée du doigt, comme des criminels...


Est-ce cela la charité chrétienne ? "Faut-il punir les femmes pour les crimes des hommes", se demande l'éditorialiste de la Croix, Dominique Quinio ? Dans quel monde vivent-ils, Messeigneurs Giovanni Batista Re, Sobrinho, et compagnie ?


Le Brésil est le premier pays catholique du monde. Mgr Sobrinho est l'archevêque qui a remplacé, en 1985, Dom Helder Camara, le très populaire porte-parole de la théologie de la libération, qui voulait d'abord lutter contre la pauvreté et l'ignorance. Un rouge, avait estimé Jean-Paul II, qui l'avait mis à l'écart. Pourtant, il semble qu'au Brésil le conservatisme ne fasse pas recette. Le nombre de catholiques a fortement baissé depuis ce changement de cap.


Avec cet exemple, qui touche au cœur de la vie des gens, ça ne devrait pas s'améliorer.

 

Publié dans Eglise

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toujours des mots 12/03/2009 16:41

Bonjour, cet article est passionnant car il ne se contente pas de hurler avec les loups, il argumente, prend le temps d'analyser le "fait divers" sous tous les angles.Il est vrai que coïncidant avec la journée du 8 mars cette affaire a fait grand bruit, mais entre s'indigner du fond de son canapé et réagir sur le terrain en actes et/ou en paroles la marge est grande.Ne trouvez vous pas que les médias donnent l'habitude de s'indigner pendant 2 ou 3 jours sur un fait, puis on passe vite à autre chose alors que rien n'est réglé? comme s'il fallait épuiser son agressivité à la manière d'une soupape de sécurité.je vous souhaite une agréable soirée et j'essaierai de passer lire vos articles régulièrement

Michel Durand 13/03/2009 15:53


Je me pose une question à laquelle je n'arrive pas encore à trouver la réponse. Une prise de parole de ce type a-t-elle été prise au cours du XXe siècle ? A quand remone une telle absence De regard
seln l'Evangile. Je suis heureux de lire aujoud'hui les mots de Marc Stenger, évêque de Troyes.