Suivre Jésus dans son regard sur le monde - Marc 1

Publié le par Michel Durand

Dans la ligne des Pères de l'Eglise, il est juste -et traditionnel- de dire que Dieu s'est fait homme afin que l'homme devienne Dieu. Adoucissons quelque peu l'expression « devenir Dieu » et parlons de divinisation de l'homme plutôt que déification. L'homme est divinisé et non fait dieu.

Codex Egberti, guérison du lépreux

L'attitude spirituelle à laquelle tout baptisé est appelé consiste à se disposer à l'action de Dieu en lui. Etre, dans son cœur, disposé à être divinisé. Paul parle de filiation par adoption. Nous sommes adoptés, sanctifiés par Dieu ; en conséquence de quoi, nous nous rendons présent à sa Présence et nous nous laissons convertir par lui. L'existence du moine, ermite ou de vie commune, est entièrement tendue vers cette réalisation du divin en son intimité. Il s'offre à la divinisation. Il renonce à toute volonté propre pour qu'en lui se réalise le salut de Dieu. « Faire son salut avant tout ». L'expression est d'Antoine Chevrier lorsqu'il écrit à Jean-Claude Jaricot (9 avril 1878)*. Cette exigence d'abandon entre les mains de Dieu contient-elle une distance à maintenir envers le prochain pour que rien ne vienne troubler sa propre vie intérieure ? La nécessaire verticalité spirituelle demande-t-elle une prudence par rapport aux sollicitation qui peuvent venir des frères en humanité ? Par ce questionnement, d'une certaine façon, j'interroge les fondements de la vie érémitique, suite à la lecture de l'ouvrage de Bruno Curienne dont je parlerais plus tard. Selon la pédagogie d'Antoine Chevrier, je me lance dans une relecture de l'Evangile de Marc en soulignant l'attention que Jésus porte à son entourage. Suivre Jésus dans son regard sur le monde.

Jésus observe la vie qui se déroule autour de lui. Il intervient en son sein.

Dés les premiers instants de sa vie publique, Jésus s'adresse au tout venant.

Mc 1,15 : « Le temps est accompli, et le Règne de Dieu s'est approché : convertissez-vous et croyez à l'Evangile ».

Il regarde depuis le bord de la mer de Galilée, quatre pécheurs professionnels et les appelle : «Venez à ma suite, et je ferai de vous des pêcheurs d'hommes» (Mc 1,17).

Le groupe ainsi formé : cinq personnes, Jacques, Jean, Simon, André et Jésus, entre dans la ville de Capharnaüm. Comme, je suppose, le plus grand nombre des hommes, ils se rendent, jour du sabbat, à la synagogue. Jésus y prend la parole pour enseigner. En fait, selon la coutume, il fait la lecture du jour et il donne son commentaire. Sa parole bouscule par son autorité.

Jésus est attentif à la santé des gens qu'il rencontre.

Il guérit un homme atteint, peut-on supposer, de folie ; épileptique peut-être ? « 1,26 :   L'esprit impur le secoua avec violence et il sortit de lui en poussant un grand cri ».

Il guérit la Belle mère de Simon « 1,31 :  Il s'approcha et la fit lever en lui prenant la main : la fièvre la quitta et elle se mit à les servir ».

Il guérit plein de monde ; on se trouve alors à la porte de la ville « 1,32ss :  Le soir venu, après le coucher du soleil, on se mit à lui amener tous les malades et les démoniaques. La ville entière était rassemblée à la porte. Il guérit de nombreux malades souffrant de maux de toutes sortes et il chassa de nombreux démons ».

 

Trop de monde pourtant ! Jésus se cache.

A la nuit noire, tôt le matin, Jésus se retire dans un lieu désert pour prier (1,35). Il ne veut plus guérir, car sa mission principale est d'annoncer l'Evangile, proclamer la Bonne Nouvelle : le règne de Dieu s'est approché, il faut se convertir, croire que Jésus est « Bonne Nouvelle ».

Alors Jésus prend la route et parcourt toute la Galilée. Il demeure en contact avec des foules de gens.

Et il guérit, encore.

Face à un lépreux qu'il ose toucher, il est pris de pitié. « 1,41 :  Pris de pitié, Jésus étendit la main et le toucha. Il lui dit : «Je le veux, sois purifié».

Mais cela irrite Jésus car on vient trop le solliciter pour obtenir des guérisons. Il n'est pas venu pour cela et les gens ne sont pas assez discrets. « 1,45 : Mais une fois parti, il se mit à proclamer bien haut et à répandre la nouvelle, si bien que Jésus ne pouvait plus entrer ouvertement dans une ville ». Alors, Jésus préfère rester hors des villes, en des endroits déserts, mais « on venait à lui d toute part ». Jésus accepte d'être dérangé. Il guérit.

 

Il y a foule dans la maison de Simon à Capharnaüm. Plus de place, pas même devant la porte (2,2).

En ce lieu, Jésus accomplit l'essentiel de sa mission, c'est-à-dire qu'il annonce la Parole -Dieu se rend proche en moi, Verbe fait chair. Il souhaite que l'on accueille son message. Or, quatre audacieux portant un paralysé dérangent la séance (2.3ss). Jésus est touché par leur foi et donne ce qu'il demande : la guérison du paralysé tout en prouvant que par sa personne, lui, Jésus, envoyé du Père, il est capable de remettre les péchés. La foule rend gloire à Dieu.

 

Il enseigne.

Tout en se retirant dans des lieux déserts -au bord de la mer- Jésus ne refuse jamais la rencontre des gens. Il enseigne. « 2,13 Jésus s'en alla de nouveau au bord de la mer. Toute la foule venait à lui, et il les enseignait. »

Il est attentif même aux personnes qui ont une profession illégale. Il prend des risques en leur parlant. Ainsi, avec les percepteurs de taxes chez qui il accepte de manger. Et Lévi, percepteur d'impôts,  un publicain, désire se mettre à la suite de Jésus. Les pharisiens sont scandalisés. « 2,17 : Ce ne sont pas les bien-portants qui ont besoin de médecin, mais les malades ; je suis venu appeler non pas les justes, mais les pécheurs », répond Jésus à ceux qui se prétendent justes, à savoir les pharisiens.

 

Il guérit toujours

Jésus est tellement attentif aux souffrances des gens, qu'il accepte même de les guérir un jour de sabbat alors que la loi religieuse interdit tout acte en ce jour de repos.

Toujours à Capharnaüm et encore dans une synagogue, se trouve un homme avec une main paralysée. Jésus, accusant les légalistes, dit, quelque peu en colère : « Ce qui est permis le jour du sabbat, est-ce de faire le bien ou de faire le mal ? de sauver un être vivant ou de le tuer» ? » (3,4) . Il guérit alors que personne ne répondit à sa question.

Jésus et ses disciples se retirent au bord de la mer (3,7ss)

 

Maintenant, ce n'est plus seulement de la Galilée que l'on vient à lui, mais de toutes les régions limitrophes. Une multitude de gens pleins de reconnaissance pour les guérisons obtenues. La foule risquait d'écraser le petit groupe des disciples et de Jésus et prend tout leur temps. « Ils n'avaient même plus le temps de prendre leur repas » (3,20).

 

Conclure

Nous avons vu en parcourant ces trois chapitres de Marc que Jésus est tiraillé entre deux devoirs

-    celui, primordiale d'annoncer la Parole, d'inviter à entendre le message du Père présenté par Jésus, le Fils : « convertissez-vous et croyez à la Bonne Nouvelle », l'œuvre de divinisation de l'humanité.

-    -celui de répondre aux sollicitations humaines que des mal portants lui adressent où l'on voit toute la compassion de Jésus pour ceux et celles qui souffrent dans leur corps et dans leur âme. Jamais Jésus ne refusa de répondre aux attentes humaines. Au contraire, parfois, il s'appuie dessus pour signifier le sens de sa mission, miséricorde, pardon, compassion, charité, joie, libération, amour universel. Ce que Dieu est.

 

Un scribe demande à Jésus : « Quel est le premier des commandements ? » (12,28-34). Jésus répondit : « Le premier, c'est : Ecoute, Israël, le Seigneur notre Dieu est l'unique Seigneur ; tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton coeur, de toute ton âme, de toute ta pensée et de toute ta force. Voici le second : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Il n'y a pas d'autre commandement plus grand que ceux-là ». Le scribe lui dit : « Très bien, Maître, tu as dit vrai : Il est unique et il n'y en a pas d'autre que lui, et l'aimer de tout son coeur, de toute son intelligence, de toute sa force, et aimer son prochain comme soi-même, cela vaut mieux que tous les holocaustes et sacrifices ». Jésus, voyant qu'il avait répondu avec sagesse, lui dit : «Tu n'es pas loin du Royaume de Dieu».

 

 

note :

 

 

 

* Cher Frère et ami,

Votre exemple produit des effets admirables !

L'Abbé Duret, depuis plusieurs jours, me dit qu'il n'est pas capable de faire le catéchisme, qu'il faut faire son salut avant tout, qu'un homme n'est pas nécessaire à une œuvre aussi belle, que Dieu saura bien le remplacer, Dieu ne m'abandonnera pas, qu'il sent le besoin de retraite et de travailler, qu'il faut qu'il aille à la Grande Chartreuse, qu'il aurait mieux fait de rester frère et de se dévouer à l'Œuvre sans prendre la responsabilité du prêtre, que cette responsabilité lui fait peur et qu'il a peur du jugement de Dieu, que, quand aura passé quelques années à la Grande Chartreuse, il reviendra plus fort et plus sûr de sa vocation, que pourtant la vocation du Prado est bien belle, qu'il n'en choisira pas d'autre, mais qu'il faut qu'il s'en aille. Je ne sais si après cette série il ne s'en ira pas.


Publié dans évangile

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