Prier, réfléchir, agir - 5

Publié le par Michel Durand

vie-contemplative.jpg3 - L'appel à la conversion.

Nous l'avons remarqué, une différence essentielle existe entre la prière de Jésus et la prière des apôtres, des disciples du Christ.

 

3.1 Pour le Fils de Dieu, le dialogue est une pure transparence ; ce que pense l'un (le Père), l'autre (le Fils) le pense également. La prière de Jésus, plus qu'une suite de temps forts, sera en un sens un mode permanent d'exister une façon d'être. Toute mission aura en elle, immédiatement sa source. Jésus est Saint. Quand il demande le baptême à Jean, la purification qu'il attend n'est pas pour lui, mais pour le peuple, auprès de qui il est présent :

" Père, je veux que là où je suis, ceux que tu m'as donné soient eux aussi avec moi " (Jn 17, 24).

 

Jésus est Saint. Jamais, alors qu'il se trouve en face du Père, il n'a demandé le repentir. " C'est quelque chose d'extraordinaire dans l'histoire des religions, Jésus est le seul (homme religieux) qui ait pénétré Dieu comme lui, qui ait fait le portrait du Père de l'enfant prodigue, qui ait pu se présenter comme le Fils qui seul connaît le Père. Il est le seul qui n'ait jamais manifesté un repentir, un besoin de pardon" (1).

 

3.2 Il en va tout autrement du disciple.

La prière de celui-ci est bien sûr considérée comme essentielle. Elle demeure la source de toute mission. Mais, l'apôtre ne peut puiser directement en elle. Il ne peut pas en faire une constante unique, exclusive de son action, un pur dialogue avec le Père. Ce qui est le cas pour Jésus. En effet, l'homme en prière reconnaît son péché, ses imperfections, ses lenteurs. Entre la révélation de la volonté de Dieu dans la prière et la mise en application, se rencontre la nécessaire conversion. La mission de l'apôtre ne puisera dans la prière que par la médiation de la conversion.

Reprenons le verset des Actes que nous avons qualifiés d'importants. Ananias dit à Paul :

" Le Dieu de nos pères t'a destiné à connaître sa volonté, à voir le juste et à entendre sa propre voix. Tu dois en effet être le témoin pour lui, devant tous les hommes de ce que tu auras vu et entendu. Pourquoi donc hésiterais-tu ? Allons! Reçois le baptême et la purification des péchés en invoquant son nom " (22, 16).

Il est préciser, en un premier temps, que Paul fut choisi par le Dieu Unique. vient ensuite le but du choix : connaître la volonté divine ; savoir ce qui est juste ; demeurer en contact avec Dieu. Dans quelle perspective ? Pour être un témoin de Dieu devant les hommes. Enfin, tout cela ne sera possible que si Paul accepte de se convertir, de demander le pardon de ses fautes. Je résumerai ainsi ce verset : il convient de s'avancer vers la volonté du Seigneur qui se donne à notre connaissance en vue d'être témoin moyennant notre conversion.

C'est ainsi que je conclurai cette étude d'Evangile. Au cours des pages précédentes, nous avons vu, sans trop de peine j'espère, se profiler les trois mots: Prier - Réfléchir - Agir qui me servirent de point de départ.

 

(1) P. A. GEORGE , Lecture de l'Evangile selon Saint Luc, Profac, 1973, p. 30.

 

Que dire de plus ?

A la phrase "réflexion ", j'attache tout particulièrement la nécessité de la conversion. C'est parce que tout n'est pas clair en nous ; c'est parce que nous mélangeons trop notre propre volonté à la volonté de Dieu qu'il devient nécessaire de prendre du temps pour réfléchir. Le but de la réflexion sera notre conversion, laquelle servira à la mission de l'Eglise. Il en fut ainsi dans les communautés chrétiennes des premiers siècles. Nous le voyons principalement avec les Actes des Apôtres. Ceux-ci donnent de nombreux renseignements sur les réunions qui étaient nécessaires pour discerner la volonté du Seigneur. Et ces réunions, nous l'avons vu, se déroulaient dans un climat de prière, tel que l'institution des Sept (6, 6) ; la justification de Pierre devant les "saints" de Jérusalem pour avoir contacté des incirconcis (11, 18) et peut-être aussi la rencontre de Jérusalem pour régler le problème de la circoncision (15, 1 ss).

Je vois donc, à travers les deux livres lucaniens du Nouveau Testament, que la prière est présentée, vécue comme un élément fondamental de notre vie chrétienne. C'est parce que nous rencontrons Dieu dans un dialogue avec lui que nous prenons conscience de notre péché.   Suit alors la réflexion qui permet, surtout en communauté, d'élucider les points où cela ne va pas. Enfin, tout est prêt pour l'action. Tout est prêt ? Oui et non ; car c'est sans cesse que nous avons à vivre cette triple composante de l'être chrétien : prier, réfléchir, agir. Agir, prier, réfléchir. L'action invite de nouveau à la prière puis à la réflexion et ainsi de suite. C'est une vis sans fin ; un processus qui ne s'arrêtera que dans la vision béatifique (béatifiante), là où il n'y a plus besoin de foi puisque nous verrons Dieu face à face.

Je ne vois rien de mieux que de terminer en me référant à la spiritualité des églises d'Orient:

"Sans la prière, toutes les vertus sont comme des arbres sans terre. Notre Seigneur priait lui-même, il priait surtout sur les montagnes, là où il était seul, sans personne. Le chrétien, mon ami, est un homme de prière. Son père, sa mère, sa femme, ses enfants, sa vie, tout cela pour lui c'est le Christ. Le disciple du Christ doit vivre uniquement pour le Christ. Quand il aimera à ce point le Christ, il aimera forcément aussi toutes les créatures de Dieu. Les hommes croient qu'il faut d'abord aimer les hommes, et ensuite aimer Dieu. Moi aussi, j'ai fait cela, mais cela ne sert à rien. Quand au contraire, j'ai commencé d'aimer Dieu avant tout, dans cet ~our de Dieu, j'ai trouvé mon prochain, et dans ce même amour de Dieu, mes ennemis aussi sont devenus mes amis et des créatures divines."

Archimandrite Spiridon, Dialogue avec le Patriarche Athénagoras, Ed. Fayard, Paris, 1969, p. 218.


Publié dans Il y a 30 années...

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