Evangélisation ou humanisation ?

Publié le par Michel Durand

Dans les années 70 des théologiens mettaient dos à dos évangélisation et développement. C’était dans la période des « trente glorieuses » au cours de laquelle le travail humain montrait toute sa puissance. Il y avait un réel progrès économique ou, tout au moins, on  croyait en lui pour le bonheur des hommes dans la justice. Le Progrès des Peuples (Populorum Progressio) était possible avec l’affirmation qu’il n’y a pas de paix entre les nations sans un juste développement.

En Occident, peu de temps après cette période exaltante, la CFDT tira la sonnette d’alarme avec ses rapports sur les « dégâts du progrès ».

Parmi les missionnaires, certains disaient que faire du développement, par exemple rural, ce n’était pas œuvrer à l’évangélisation. D’autres, au contraire, estimaient que l’annonce de la Bonne Nouvelle passe par le développement.

Il me semble qu’aujourd’hui le dilemme demeure. À la place du mot « développement », on utilise celui d’humanisation. Pour certains promoteurs de l’annonce exclusive de l’Évangile, les tâches d’humanisation peuvent même constituer un obstacle à la véritable évangélisation. Elles maintiennent dans l’unique dimension horizontale de l’existence, l’évangélisation conduisant dans la verticalité de Dieu.

Et pourtant, que voyons-nous dans les Évangiles ?

Jésus passe en faisant le bien. Il guérit, redonne la vie (la fille de Jaïre, la femme hémoroïsse (Mc 5, 21-43). Il valorise les enfants, dialogue avec les femmes, s’approche des exclus de la société. Il ose toucher les lépreux. N’est-ce pas là actions d’humanisation ? N’y a-t-il pas dans ce souci de celui qui est dans la peine, une concrétisation immédiate de l’amour divin ?

L’évangélisation fait corps avec l’humanisation de la société, de l’homme et de la femme avec qui je dialogue au quotidien. Elle est même plus présente dans cette pastorale du dialogue que dans des leçons de catéchisme dogmatiquement développées par une haute personnalité de l’Église.

En fait, que dit Saint Irénée ?

 « Le Verbe de Dieu s’est fait homme, celui qui est Fils de Dieu s’est fait fils de l’homme, pour que l’homme devienne fils de Dieu, en communiant au Verbe de Dieu et en recevant l’adoption ».

Humanisation conduite à son achèvement ! Telle que le révèlera une pastorale du dialogue hors pouvoir dogmatique.

 

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