Le pape, accident de l'Histoire ?

Publié le par Michel Durand

Le pape peut-il être progressiste voir ici cet article

Suite à mon texte, somme toute très banal, divers commentaires ont aiguisé ma réflexion.

Il est important de bien distinguer l'évolution historique que connaît l'évêque de Rome et son enracinement dans le Nouveau Testament.

Le journaliste de Lyon capital dans son éditorial a évoqué l'infaillibilité du pape. Cela n'était assurément pas le principale de son article. Mais cela fut épinglé pour réaffirmer l'inéluctable infaillibilité en s'appuyant sur le Catéchisme de l'Église Catholique.

J'ai repris les textes cités et voilà ma méditation. N'oublions pas que je ne suis en rien théologien -je l'ai déjà dit- et que, s'il y avait débat par le biais d'une table ronde, j'en appellerais aux professionnels.

 

L'approche de Vatican II : l'Église (Lumen Gentium)

Ce fut une grande nouveauté théologique. Après avoir parlé du mystère de l'Église, la constitution parle en premier du peuple de Dieu. Vient ensuite la constitution hiérarchique de l'Eglise et spécialement de l'épiscopat. Les évêques sont greffés sur les Douze. Les évêques forment un collège qui n'a d'autorité que s'il est uni au successeur de Pierre, l'évêque de Rome.

Les évêques considérés isolément ne jouissent pas de la prérogative de l'infaillibilité ; cependant, même dispersés à travers le monde et conservant le lien de la communion entre eux et avec le successeur de Pierre, lorsque dans leur enseignement authentique concernant des questions de foi et de morale ils déclarent d'un commun accord qu'il faut soutenir sans hésiter tel point de doctrine, ils énoncent alors infailliblement l'enseignement du Christ. Cela est encore plus évident lorsque, rassemblés en Concile oecuménique, ils enseignent et décident pour toute l'Église en matière de foi et de morale ; et on doit adhérer à leurs définitions dans l'obéissance de la foi (LG 25).

On voit que sur la question de l'infaillibilité, le Pontife romain est cité après les évêques :

Cette infaillibilité, dont le divin Rédempteur voulut que soit pourvue son Église dans la définition de la doctrine concernant la foi ou les moeurs, s'étend aussi loin que le contenu de la divine Révélation, qu'il faut garder avec vénération et exposer fidèlement. Cette infaillibilité, le Pontife romain, Chef du collège des évêques, la possède en vertu de son office lorsque, en sa qualité de pasteur et de docteur suprême de tous les fidèles qui confirme dans la foi ses frères (cf.  Lc 22, 32), il proclame, en la définissant, une doctrine de foi ou de morale.

 

L'approche du catéchisme de l'Église catholique

En un sens, elle est très « traditionnelle » ; je veux dire par là, qu'elle ne se situe pas dans la ligne de Vatican II qui place en tête le peuple de Dieu. Ainsi, au § 871 et suivants, est développée la mission des apôtres et de leurs successeurs, après une rapide évocation des fidèles du Christ. Le § 880 cite d'emblée Pierre à la tête des Douze. Dans le collège, d'abord le pape, ensuite les évêques, les prêtres. Nous voyons que toute la théologie de Vatican II est inversée. Le peuple n'est plus en premier.

 

Cette inversion (ou, au moins, un accent différent) me questionne et je pense que c'est en ce lieu que l'on découvre la différence théologique qui fait dire à mon interlocuteur : « vous faites erreur sur un point. Le Pape n'a pas besoin du collège des Évêques pour engager son infaillibilité ».

 

Regard théologique sur l'infaillibilité

Il m'a plu d'aller voir ce qu'à dit Karl Rahner dans son « petit dictionnaire de théologie catholique ».

Karl Rahner aborde la question en se situant au sein de l'Église où Dieu, par Jésus Christ, exprime sa volonté. Puisque l'Église conduit dans l'Amour le salut de l'humanité, elle doit être préservée par la puissance de la grâce de Dieu pour ne pas sortir de la vérité divine.

Bien sûr, dans cette tâche, le magistère qui enseigne dans la personne des pasteurs de l'Église a une place particulière. Elle concerne toute la vérité révélée par Dieu dans la Christ à son Église. Elle n'est pas une sorte de clairvoyance miraculeuse opérée par Dieu en quelqu'un.

 

Karl Rahner précise bien que l'infaillibilité appartient

- à l'ensemble de l'épiscopat uni au pape

- au concile œcuménique avec le pape

- au pape seul. « Le pape n'étant jamais infaillible dans son comportement personnel, ni dans ses opinions privées ».

 

Je constate que le développement de cette pensée est plus conforme à la démarche de Lumen gentium qu'à celle du Catéchisme de l'Église catholique. Ou, si les deux pensées se rejoignent, ce n'est qu'une question d'accent. Mais la façon dont pour dire que l'Église, peuple de Dieu, est première ; avant le magistère. Celui-ci étant au service du peuple.

« Vous m'appelez Maître et Seigneur, et vous dites bien, car je le suis.     Si donc je vous ai lavé les pieds, moi le Seigneur et le Maître, vous aussi vous devez vous laver les pieds les uns aux autres. Car c'est un exemple que je vous ai donné, pour que vous fassiez, vous aussi, comme moi j'ai fait pour vous. En vérité, en vérité, je vous le dis, le serviteur n'est pas plus grand que son maître, ni l'envoyé plus grand que celui qui l'a envoyé ». (Jean 13,13-16).

 

 


Publié dans Eglise

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Maïeul 25/05/2009 17:57

Deux livres intéressants à mon avis sur la question de l'infaillibilité :- Hans Kung Infaillible ? -> Livre qui lui valu d'être demis de sa charge d'enseignant- Groupe de Dombes : Un seul maître ? L'autorité doctrinal dans l'Eglise -> Sur les aspects oecuméniques de la question, ainsi qu'avec une bonne présentation historique.