Concerts dans les églises.

Publié le par Michel Durand

J'ai rencontré hier, Jean-Philippe Dubor, chef d'orchestre de l'ensemble lyonnais « Chœur et orchestre XIX » et nous avons, incidemment, parlé des concerts dans les églises. Le lendemain, je devais parler, par hasard, du même sujet avec des amis, diacres. Il y aura bientôt dans Saint-Martin d'Oullins (le 16/06/09) le chœur « Prélude » avec les œuvres sacrées de Vivaldi. La Mairie qui a beaucoup donné demande que l'on ouvre cette église pour recevoir divers concerts surtout ceux montés avec les gens de l'agglomération.

Jean-Philippe m'informa de ce qui se dit entre organisateurs de concert. Je traduis ainsi sa pensée, en y ajoutant d'autres sources. De plus en plus des curés refusent les concerts dans les églises, car on ne veut que de la musique liturgique ou des interventions directement orientées vers la prière. La dimension culturelle n'est plus prise en compte. Pourtant, il y a des œuvres spirituelles qui méritent d'être entendues dans ces vastes bâtiments chargés de transcendance.
Il arrive que des curés acceptent les concerts, mais en « louant » leur espace à des prix tels (700 -900 euros) que les organisateurs ne peuvent payés. Une billetterie, même élevée, ne parviendra jamais à combler les frais. Parfois, encore, les responsables des paroisses accepteraient volontiers les concerts, mais disent qu'ils n'ont pas le personnel pour cela.

Débats

Nous avons repris tous ces échanges en réunion de « Art, cultures et foi », sans pouvoir, bien sûr nous prononcer sur l'opportunité ou non-opportunité des concerts dans les églises puisque la décision ne dépend que du curé affectataire. Mais voici une question que nous nous posons : en interdisant l'accès de la musique aux églises, soit pour motif liturgique, soit par les finances (paf élevée) ne va-t-on pas, plus encore, se couper du dialogue avec les artistes et compositeurs et/ou interprètes ? En limitant l'expression musicale et chorale aux seuls cadres liturgiques, ne va-t-on pas obstruer la porte d'un échange avec un public peu enclin à la méditation silencieuse au sein d'un culte, mais en attente d'élévation spirituelle, portée par le chant ?

Conférence des évêques de France

L'esprit chargé de ces questions, j'ai de nouveau lu ce que dit la « conférence des évêques de France » à propos des concerts dans les églises. Il ne m'a pas semblé que les concerts soient vraiment impossibles, sous condition, certes, qu'ils respectent le caractère sacré du lieu. Cela m'a rassuré pour les évènements musicaux, trop rares à mon avis, qui se produisent dans l'église Saint-Polycarpe, dont je porte la charge curiale.

S'il n'y a pas accord sur la lecture de ce document, sous le regard de l'évêque ,une réunion de curés s'avère indispensable afin de « déterminer, conformément au droit, des normes plus précises », propres « à la situation de la France, dans le respect des lois ecclésiastiques  et des lois civiles régissant l'utilisation des lieux de culte qui sont devenus propriétés de l'État ou des Communes.
La dimension spirituelle signifiée par « la piété », étant très large, je n'ai vu nulle part que l'on réduisait l'usage de la musique au culte tout en devant respecter le caractère spirituel, religieux de l'événement dans un lien sacré. Bien au contraire. Je cite : « Ne sera admis dans un lieu sacré que ce qui sert ou favorise le culte, la piété ou la religion, et y sera défendu tout ce qui ne convient pas à la sainteté du lieu. Cependant, l'Ordinaire peut permettre occasionnellement d'autres usages qui ne soient pourtant pas contraires à la sainteté du lieu ». « On acceptera en priorité et on facilitera même les concerts d'œuvres faisant partie de la tradition musicale de l'Église universelle et qui nous ont été léguées comme "un trésor d'une valeur inestimable" . Ces musiques  comportent en effet des caractéristiques et des enjeux qui correspondent tout à fait à la finalité des églises  Mais on pourra également accueillir d'autres types de musiques, de façon occasionnelle, du moment qu'elles ne s'opposent pas au caractère particulier du lieu ».

Le coût.

Par rapport au prix de location d'une église affectée au culte, il y a également des indications très précises dans le texte de la conférence des évêques de France.

C'est en raison même de leur caractère particulier de lieu de l'Alliance entre Dieu et les hommes que l'accès des églises doit rester libre et gratuit... Une telle disposition ne signifie pas, bien sûr, qu'il ne faille pas se préoccuper d'accorder aux artistes et musiciens la juste rémunération à laquelle ils ont droit. C'est pourquoi les organisateurs des concerts se doivent de trouver les sources de financement permettant de rétribuer, comme il convient, les différents interprètes ou artisans de la manifestation... S'il le juge bon, l'Ordinaire pourra permettre que soit perçue une participation individuelle aux frais, en veillant à ce que les fidèles puissent venir librement prier aux heures habituelles d'ouverture de l'église.
Les organisateurs devront rembourser aux responsables de l'église les dépenses occasionnées par la tenue du concert : chauffage, électricité, entretien... »

Conclusion toute personnelle

Alors que je me trouve totalement immergée dans l'église Saint-Polycarpe par la préparation de la 7ème biennale d'art sacré actuel qui a pour titre « par le Fils », je me dois de veiller à ce que la substance de cet esprit soit respecté et cela ne me fait aucun souci, car je trouve ouvertes, hors culte, toutes les portes pour un dialogue avec les créateurs et visiteurs.

 




 


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