au Centre anticancéreux Léon Bérard, à Lyon.

Publié le par Michel Durand

Robert Beauvery
Lyon, le 1er Mai 2009




Aux Communautés qui s'associent à mon séjour hebdomadaire, tous les vendredis,
Au Centre anticancéreux de Léon Bérard, à Lyon.

Chers tous,

En tout premier lieu, je tiens à vous remercier pour la part aux expressions multiples que vous prenez à ma thérapie. A la demande de plusieurs d'entre vous, je vous écris quelques premières expériences, vécues dans ce Centre.

1. DANS LE CHAMP DU PERE: Cf. Mt. 13,27 et 38.

Il m'a été donné de faire le lien entre le Centre spécialisé et le champ du Père comme s'il en occupait une parcelle où, par le fait même de ma maladie, j'étais envoyé, sans mission canonique précise.

Parcelle originale marquée par l'humanité du personnel depuis les Hôtesses d'accueil dont plusieurs sont atteintes d'handicaps, jusqu'aux grands spécialistes de renom, en passant par les infirmières, les aides soignantes, les techniciens de surface...

Parcelle originale marquée par la place dévolue aux patients : ils sont sollicités pour participer activement à une thérapie chimique personnalisée ; à être des sujets debout qui ont leur mot à dire dans le choix des protocoles...

Parcelle marquée par la solidarité qui s'établit, relativement facilement entre les patients acteurs, du même groupe hebdomadaire de la fameuse chimio ; ainsi, le vendredi, nous sommes autour de 100, aucun enfant, quelques jeunes, des adultes hommes et femmes et des séniors, suivis par 5 médecins qui donnent à chacun le temps convenable d'un entretien - bilan et prospectif.

2. UN MALADE PARMI LES MALADES ...

Il m'a été donné de consentir à entrer dans le rang ; en communauté de malades et de thérapies : en situation privilégiée pour une halte salutaire dans le cours de la vie de chacun.

Je suis frappé par la rapidité avec laquelle les gens laissent la lecture, les revues pour s'intégrer à un groupe de voisins qui se parlent ; par la qualité des échanges dont la profondeur atteint assez souvent les vraies questions de l'existence humaine.

Quand ils découvrent, par eux-mêmes, que je suis prêtre et leur frère, les confidences libératrices se présentent, soit de la part des co-patients, soit des soignants, soit même des chauffeurs de taxi habilités pour véhiculer des malades ; ainsi je suis mis au courant, par les intéressés eux-mêmes, que l'un, jeune papa : « sait langer son bébé », que l'autre, fatigué par la journée passée au volant de son taxi, éclate nerveusement quand il rentre le soir à la maison, auprès de sa femme : «ça ne dure pas et je lui demande vite pardon par un bisou ». La réconciliation conjugale peut devenir sacramentelle !

PREMIERES CONCLUSIONS

Ayant choisi un protocole lent, progressif, je n'ai jusqu'ici subi aucun des effets pénibles de la chimio ; ainsi je me rends aux séances hebdomadaires non seulement dans la sérénité mais dans la joie d'y retrouver ceux qui d'une certaine manière sont devenus les miens.

La grande question qui demeure est celle de ma conversion personnelle plus exigeante encore depuis que je suis solidaire de cette parcelle du champ du Père, le Centre anti-cancéreux Léon Bérard . Que le Seigneur nous bénisse tous.



Aux Amis et Communautés qui s'associent à mon séjour hebdomadaire, le vendredi,

Chers tous,

Merci ! pour tous les signes que vous m'avez exprimés, par lettre ou par téléphone, de votre présence fraternelle à la nouvelle étape de ma vie. À leur manière, ces signes sont aussi une thérapie de l'ordre du cœur et de l'esprit. Merci ! Comme vous m'y avez invité, j'essaie de vous transcrire quelques-unes de mes expériences, vécues ces dernières semaines, sachant très bien que l'écriture si exacte qu'elle se veut est très loin d'exprimer toute la richesse de la réalité.

 

1. Le climat d'humanité du Centre Léon Bérard

Il a été mis à l'épreuve, le jeudi 7 mai. Durant cette journée, en effet, de 8 h. du matin à 20 h., le Centre devait accueillir non seulement les patients habituels du jeudi, mais encore, ceux du vendredi qui ne pouvaient être reçus le lendemain 8 mai jour férié ! je pense ... Épreuve à laquelle le personnel fut préparé, par les responsables, par deux séances pédagogiques, pour sauvegarder l'humanité des soins dispensés en cette journée surchargée. Deux faits m'ont particulièrement marqué et nourrissent mon admiration.

Le premier concerne une doctoresse, à la spécialité reconnue, qui après avoir examiné longuement un patient âgé, assis sur sa chaise roulante, le raccompagne elle-même, en poussant le véhicule jusqu'au service où les soins doivent continuer ... En jour ordinaire, ce travail est accompli par un personnel ad hoc ... aujourd'hui, journée lourde il est accompli par une «patronne» pour ne pas surcharger les autres et rester dans un climat d'humanité, je pense... Le second concerne une infirmière. Il est plus de 17 h 30. Elle me libère des appareils nécessaires à la chimio ; elle me fait le pansement habituel. Nous échangeons sur le poids de la journée exceptionnelle - qu'elle doit continuer jusqu'à 20 h. et elle m'avoue sa fatigue - nous nous séparons et je lui annonce que je manquais de téléphone pour avertir mon taxi. «monsieur j y vais ... » mais?.. Elle revient au bout de deux minutes : « il vous attend dans 10 minutes, à l'accueil n)2 » Le merci vocal n'est rien par rapport aux deux sourires que nous échangeons, en toute humanité ! ...

 

2. Le climat de solidarité

La maladie offre au patient de mieux pénétrer les richesses de la sagesse, de la tolérance, de la bienveillance. Ce n'est qu'une offre que le patient peut ou non accepter, au terme d'une décision personnelle? Ceux qui l'acceptent - et selon ce que je constate au Centre, ils sont nombreux, parviennent à être, non seulement libérés du racisme, de la xénophobie; mais encore à accepter les différenciations sociales, sans les nier. Deux faits m'ont particulièrement marqué... Le premier concerne un « gaulois ». H. est assis juste à côté d'un « maghrébin» plus âgé. Le fils de ce dernier arrive pour être présent à son père - comme cela se fait souvent ! - Le « gaulois» se lève, cède sa place avec quelques paroles de sympathie, afin que le fils soit assis tout prêt de son Père ... et le « gaulois» tout simplement trouve sa place un peu plus loin .... La seconde concerne un « fils » à ma première impression. Un adulte au maximum 40 ans. Son « père », le patient, quelque 20 ans de plus. Je ne suis pas leur conversation, je n'entre en dialogue avec «le fils» que lorsque «le père» entre dans le cabinet de son médecin. J'apprends très vite que celui que j'avais pris pour son« père» c'est son « patron », à la tête d'une petite entreprise artisanale et que lui-même est un de ses ouvriers... H se met à me raconter une merveilleuse histoire de son patron et de l'entreprise. En octobre dernier un cancer osseux facial affecte le patron. H choisit de se soigner, mais de continuer de travailler avec ses ouvriers : en 8 mois la thérapie, aux nouvelles ressources, il a triomphé du mal, avec sa participation active, laborieuse et la collaboration de ses ouvriers... Qu'aujourd'hui c'était la dernière visite qui confirmait la guérison.

Ce que j'avais interprété comme un dialogue chaleureux entre un «fils» et un «père» était une reconnaissance mutuelle entre un ouvrier et son patron.

 

Conclusions provisoires :

Jusqu'ici je ne sentais aucun des effets pénibles de la chimio ... à la différence de plusieurs de mes copatients ; cependant, je connais un affaiblissement général somatique, psychique, intellectuel, spirituel qui handicape la vie quotidienne ; rends plus vulnérable aux diverses allergies et agressions externes ; et, enfin, rapproche réellement de ceux que la chimio épuise. Une des grandes questions qui demeure est celles de la conversion du regard afin d'apercevoir la parcelle de vérité qui peut occuper le cœur d'une femme aux six hommes en attente du 7 è, cf.Jn 4,18 . La grandeur de la générosité de la veuve qui-ne-donne-rien cf. Mc.12,43 ; la foi authentique d'une païenne, cf. Mt.15,2S.

Aidez-moi! Que le Seigneur nous bénisse tous.



Publié dans Témoignage

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