A propos de l'appel : "nous refusons le silence imposé aux pauvres".

Publié le par Michel Durand

Groupe Lamennais, Paris, le 30 mai 2009

Nous en avons déjà parlé. Voir ici, au 28 mai de ce blogue.

Louis me communique d'autres informations que je vous partage.


Chers amis,

 

Vous êtes de celles et de ceux, 213 à ce jour, qui avez manifesté votre accord avec l'appel que nous avons lancé en janvier dernier. Réunis le 29 avril, nous avons constaté que ce texte recueille un large écho. Il est diffusé par voie électronique et de la main à la main, il fait l'objet de discussions et de réflexions multiples. Son audience nous paraît d'abord tenir au fait que ce texte ne craint pas de parler de la pauvreté généralisée et grandissante non seulement comme une conséquence du système en place mais comme une des principales causes du marasme actuel. Elle s'explique aussi par le refus du silence que l'on veut imposer aux victimes, refus qui équivaut à une invitation à prendre la parole.

Pour ces deux raisons, nous nous sommes placés sous le patronage de Félicité de Lamennais dont nous joignons une notice biographique à cette circulaire. Notre groupe de réflexion, formé de personnalités chrétiennes et de membres de la rédaction de la revue la Pensée, se réunit depuis plusieurs années. Nos échanges portent sur la situation sociale, économique et politique. Les prémisses, l'apparition puis le développement de la crise et ses lourdes conséquences ont été de plus en plus au centre de nos préoccupations qui nous ont conduits à rédiger le texte que vous avez signé.

Comme vous l'avez constaté, il ne s'agit pas d'une pétition mais d'un appel à la prise de conscience et à la mobilisation populaire. Nous vous invitons à élargir  son audience durant les mois d'été, à nous faire connaître non seulement les signatures mais aussi les effets divers de la diffusion de cet appel, ainsi que vos propositions pour améliorer celle-ci. À la rentrée, nous pourrons envisager d'autres développements.

En vous remerciant de votre appui et de vos messages, nous vous assurons de nos sentiments amicaux.


Pour le groupe Lamennais :

Georges Arnold, 65 avenue Gabriel Péri, 93400 Saint-Ouen

01 40 12 39 93

georges.arnold@wanadoo.fr

 


Jean George, 48 rue Caulaincourt 75018 Paris

01 42 54 52 11  

georgejnj@wanadoo.fr



Félicité de Lamennais (1782-1854)

 

Félicité de Lamennais, né en 1782 à Saint-Malo et ordonné prêtre en 1816, a d'abord été ultraroyaliste mais sa liberté d'esprit et son attention aux pauvres le font évoluer vers des conceptions démocratiques. Engagé dans les batailles politiques de son temps il se révèle un ardent polémiste. Dans la presse royaliste, il supplie prêtres et évêques de revenir à un christianisme plus authentique, plus charitable, plus pauvre et plus libre. Il invite les catholiques à séparer leur cause de celle de la monarchie et à se joindre au mouvement qui, vers les années 1830, entraîne les peuples à la conquête de leur liberté.

Avec Henri Lacordaire, un ancien avocat devenu prêtre, et Charles Forbes, comte de Montalembert, il fonde le journal L'Avenir dont le premier numéro paraît le 15 octobre 1830 avec la devise « Dieu et liberté ». Tout en prônant l'autorité du pape, les trois  amis entendent sceller l'alliance du catholicisme et de la démocratie. Ils demandent le suffrage universel, la liberté de la presse, la liberté d'association, la séparation de l'Église et de l'État. Ils ont contre eux la grande majorité de la hiérarchie catholique. Les évêques défendent aux prêtres la lecture du journal dont le style fortement romantique effraie les croyants timides. Avec 3000 abonnés seulement, attaqué de toutes parts parce qu'il prend la défense des humbles, L'Avenir doit suspendre sa publication. Le dernier numéro paraît le15 novembre 1831.

Ses trois principaux rédacteurs font appel au jugement du pape Grégoire XVI qui, loin de les soutenir, condamne en août 1832, par l'encyclique Mirari vos, la liberté de conscience « cette opinion absurde et erronée ou plutôt cette folie », la liberté de la presse, « la pire de toutes, qu'on ne pourra jamais assez exécrer et maudire », ainsi que la séparation de l'Église et de l'État. Tandis que Lacordaire et Montalembert se soumettent, tout en gardant leur amitié pour Lamennais, celui-ci maintient sa position qu'il accentue avec Paroles d'un croyant, ouvrage condamné en 1834 par une nouvelle encyclique. Lamennais quitte alors l'Église mais reste profondément chrétien. Devenu un ardent démocrate, il se rapproche des socialistes. Deux thèmes dominent son œuvre : la liberté d'une conscience droite qui doit refuser l'obéissance  à une puissance tyrannique et la loi d'amour faite de charité, d'ouverture à autrui, de compréhension mutuelle, bannissant toute intransigeance, tout dogmatisme.

Après la révolution de février 1848, Lamennais fonde un nouveau journal Le Peuple constituant. Le 23 avril 1848 il est élu représentant du peuple par le département de la Seine et siège à l'extrême gauche. L'insurrection ouvrière de juin, la terrible répression le plongent dans la douleur mais il se range sans hésitation du côté des vaincus, contrairement à nombre d'autres républicains. La bourgeoisie victorieuse soumet les journaux à un cautionnement préalable. Le Peuple constituant est de ceux qui ne peuvent pas payer. Son dernier numéro paraît le11 juillet . Dans son dernier article Lamennais lance l'apostrophe fameuse : « Il faut aujourd'hui de l'or, beaucoup d'or, pour jouir du droit de parler ; nous ne sommes pas assez riches. Silence aux pauvres ! »

Lamennais se retire de la vie politique. Il meurt à Paris le 27 février 1854. Dans un  écrit daté du 16, il avait demandé que son corps soit conduit « directement au cimetière » du Père Lachaise et soit enterré « au milieu des pauvres et comme le sont les pauvres ». En dépit des persécutions et du discrédit dont il a été l'objet de la part des puissants, sa haute figure a profondément marqué son temps. Victor Hugo, George Sand, Michelet, entre autres, ont témoigné de ce qu'ils lui devaient. Ses idées courageuses ont nourri divers courants de pensée à travers lesquels des croyants et des incroyants ont agi et continuent à agir en faveur de la libération humaine.


Publié dans Politique

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