Quête de valeurs universelles

Publié le par Michel Durand

Je vous ai déjà parlé du travail de la commission théologique internationale, « à la recherche d'une éthique universelle, nouveau regard sur la loi naturelle ».

C'est une étude qui me semble très utile pour ouvrir et entretenir un dialogue avec quiconque veut apporter une réponse efficace aux questions que posent nombreux problèmes actuels.

Prenons le cas de l'homoparentalité. Cette réalité vue du côté des parents n'est pas la même que vue du côté des enfants. Béatrice Bourges (la part des enfants) ne peut apporter la même analyse que l'APGL - association parents gays lesbiens (le parti des parents). Et pourtant, il serait bien que ces deux tendances diamétralement opposées se rencontrent.

Regardons aussi le problème de l'écologie. Pour parler du respect de la Terre, on évoque les valeurs fondamentales. Le Cosmos est-il sacré au point que l'on ne saurait y toucher même pour nourrir des humains affamés ? L'homme destructeur de la nature, l'homme prédateur serait l'unique responsable d

 

e l'annihilation des ressources naturelles ! Soumettre l'homme à la Nature au nom de quelles valeurs ?

Le texte de « à la recherche d'une éthique universelle » a le mérite de poser la question d'une éthique universelle applicable à tous quelques soient les convictions religieuses, philosophiques et morales.

De formation thomiste dans les amphis des Jésuites romains, la Grégorienne, j'ai lu cette étude avec plaisir et intérêt. En quelques pages, j'ai découvert un utile condensé de la théorie de la loi naturelle, une présentation facile à comprendre de l'impératif de conscience. Rien de plus classique.

 

En voici deux exemples très utiles, à mon avis, à notre temps.

1) par rapport à la désobéissance civile (p. 151).

face aux menaces d'abus de pouvoir, voire de totalitarisme, que recèle le positivisme juridique et que véhiculent certaines idéologies, l'Église rappelle que les lois civiles n'obligent pas en conscience lorsqu'elles sont en contradiction avec la loi naturelle et elle prône la reconnaissance du droit à l'objection de conscience ainsi que le devoir de désobéissance au nom de l'obéissance à une loi plus haute [voir Jean-Paul II, encyclique Evangelium vitae, n° 73-74]. La référence à la loi naturelle, loin d'engendrer le conformisme, garantit la liberté personnelle et plaide en faveur des délaissés et de ceux qu'oppriment des structures sociales oublieuses du bien commun.


2) par rapport à l'écologie (p. 105).

Le risque d'absolutiser la nature, réduite à sa pure composante physique ou biologique, et de négliger sa vocation intrinsèque à être intégrée dans un projet spirituel menace aujourd'hui certaines tendances radicales du mouvement écologique. L'exploitation irresponsable de la nature par des agents humains qui ne cherchent que le profit économique et les dangers qu'elle fait peser sur la biosphère interpellent à juste titre les consciences. Toutefois, l'« écologie profonde (deep ecology) » représente une réaction excessive. Elle prône une égalité supposée des espèces vivantes au point de ne plus reconnaître aucun rôle particulier à l'homme, ce qui, paradoxalement, sape la responsabilité de l'homme vis-à-vis de la biosphère dont il fait partie. De façon encore plus radicale, certains en sont venus à considérer l'homme comme un virus destructeur qui porterait atteinte à l'intégrité de la nature et ils lui refusent toute signification et toute valeur dans la biosphère. On en vient alors à une nouvelle sorte de totalitarisme qui exclut l'existence humaine dans sa spécificité et condamne le progrès humain légitime.

Il ne peut y avoir de réponse adéquate aux questions complexes de l'écologie que dans le cadre d'une compréhension plus profonde de la loi naturelle qui mette en valeur le lien entre la personne humaine, la société, la culture et l'équilibre de la sphère biophysique dans laquelle s'incarne la personne humaine. Une écologie intégrale doit promouvoir ce qui est spécifiquement humain tout en valorisant le monde de la nature dans son intégrité physique et biologique. En effet, même si, comme être moral qui cherche la vérité et le bien ultimes, l'homme transcende son environnement immédiat, il le fait en acceptant la mission spéciale de veiller sur le monde naturel et de vivre en harmonie avec lui, de défendre les valeurs vitales sans lesquelles ni la vie humaine ni la biosphère de cette planète ne peuvent se maintenir.


Appel aux penseurs issus des Lumières

Pourtant, à cause de son développement intellectuel uniquement ancré dans le thomisme, même révisé, je pense que cette étude ne pourra avoir l'écho mérité. Hélas, je ne suis pas compétent pour mettre en œuvre ce qui me semble indispensable. Il faudrait le travail de professionnels de la philosophie, de l'éthique pour traduire toute cette pensée en puisant son inspiration dans le courant philosophique sinon contemporain, du moins de la seconde moitié du XXe siècle.

Autrement dit, je ne vois pas comment les intellectuels formés en dehors des traditions philosophiques ecclésiales pourront entrer dans cette démarche. Or, n'est-ce pas avec eux, avec un Paul Ariès qu'il faudrait développer le dialogue pour aborder les rivages des valeurs universelles fondamentales ? C'est, d'une certaine façon, ce que nous avons tenté avec le colloque « chrétiens et pic de pétrole ». Comme nous en poursuivons l'étude, je me permets d'inviter tous les participants aux journées de janvier  - et d'autres - à lire « à la recherche d'une éthique universelle » afin de donner leur avis. Il y a parmi vous d'excellents professionnels de la pensée contemporaine.

 

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