Par le Fils, la Résurrection

Publié le par Michel Durand

BASA 2009

Les artistes concourant à la Biennale d’Art Sacré Actuel, organisée par Confluences-Polycarpe, ne font pas obligatoirement profession de foi chrétienne. Il leur est cependant demandé de concevoir une œuvre qui mérite le qualitatif de spirituelle. Une œuvre qui invite à une transcendance au moins horizontale, le passage vers autrui, sinon verticale, une montée vers Dieu. Encore mieux quand les deux dimensions sont réunies.

Nous voulons principalement éviter la valorisation de l’objet artistique considéré en lui-même, la « chose » qui ne dit rien d’autre que sa matière ou sa technique, voire la prouesse de son artisan. L’art qui ne vaut que pour ce qu’il est matériellement, n’est-il pas le chemin de l’idolâtrie ?

oeuvre de Cyril Faure


Traitant le thème de la filiation dont les œuvres seront présentées sous le titre « Par le Fils », les artistes ont librement, spontanément exprimé leur perception. Pour la plupart, la transmission filiale est surtout intergénérationnelle, familiale, à l’intérieur d’une même tribu : tel père, tel fils ! Cela se conçoit aisément, car ainsi est l’air que nous respirons, celui d’une société où la référence à Dieu n’appartient plus au quotidien. La Biennale 2009, comme du reste les précédentes, apportera une photographie de la profondeur spirituelle transcendante, sacrée, religieuse -tous ces mots ne sont pas équivalents, mais chargés d’une spécificité propre-  de notre culture occidentale.

Par le Fils, nous obtenons le don de l’Esprit Saint, l’assimilation  à l’Église Universelle, à la communion des Saints. Nous recevons la grâce de la rémission des péchés. Par le Fils, nous jouissons, pour la vie éternelle, de la résurrection de la chair. Autrement dit, le Royaume, le Bonheur.

Ainsi parle Paul (1 Co 13,2) :

« Nous voyons à présent dans un miroir, d’une manière obscure, mais alors ce sera face à face. Actuellement, partielle est ma science ; mais alors je connaîtrai tout comme je suis connu ». Selon Joseph Moingt, à ce moment, « qui sera celui de notre naissance à un autre mode d’être, à la vie éternelle, nous connaîtrons Dieu d’une manière nouvelle, comme un Dieu tout nouveau surgi à l’instant même de notre naissance, un  Dieu qui naît de nous donner de naître en lui, qui partage avec nous l’acte éternel de nous donner l’être ».

Notre culture est-elle encore sensible à la métaphysique ? Sinon, la sensibilité des artistes peut nous ouvrir quelques nouveaux chemins. En voici un que je tente de tracer en m’inspirant minutieusement des études de Joseph Moingt « Dieu vient à l’homme », bien que je ne sois vraisemblablement pas apte à comprendre toute la subtilité de sa pensée.

Le salut de l’homme est la libération de sa personnalité enfouie dans sa passivité de chose pour le monde, vouée à la mort. Cette libération se produit quand, à l’appel de l’Évangile et de l’Esprit Saint, il se projette dans le Christ, par la foi. Le Fils l’entraîne avec lui et en lui dans sa montée vers le Père. « Dès ses débuts, le salut par la foi est relèvement, naissance, résurrection en Christ ».

La résurrection n’est à aucun moment réception passive. Elle est l’action de sortir de soi, de son moi égoïste « pour exister autrement, dans un autre, dans les hauteurs où le Christ nous entraîne ».

Comme le Royaume de Dieu est tout proche (Mc 1,15), par le Fils, l’envoyé du Père, le Christ, la résurrection commençante est un état d’union mystique au Christ. C’est une réalité existentielle et spirituelle (et non une pure intentionnalité) qui ne demande qu’à se concrétiser dans le quotidien de l’existence humaine, la vie en société faite de multiples relations aux autres. Naissance de la vie en Église dans la mesure où vivre dans le Christ, c’est vivre dans son corps qui est l’Église. L’apôtre Paul ne conçoit pas l’Église comme une « institution hiérarchique, doctrinale, rituelle, mais comme un organisme vivant dont le Christ est la Tête unifiante ».

Au début du Christianisme, on voyait le Royaume de Dieu dans le « relèvement » (résurrection) du Crucifié. Les promesses de postérité et de libération faites aux Pères et à David étaient accomplies (Ac 2,29-31). Le message du Royaume apporte effectivement un sentiment de solidarité fraternelle et de liberté. Et l’idée d’universalité tant annoncée par Isaïe se réalise par la présence des païens. En effet, le mystère du Christ et sa profonde sagesse se voient dans le spectacle que les chrétiens apportent d’une société réconciliée et ouverte ; une nouvelle concitoyenneté est engendrée par la foi en la Résurrection.

Toute cette nouvelle vie est obtenue par le Fils qui transmet à toute l’Humanité le message du Père, créateur du monde, plein de miséricorde.

 


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