Le pèlerin, pain bénit policier

Publié le par Michel Durand

Sans-Papiers.

Les Africains qui se rendent à Lourdes seraient devenus la cible privilégiée de la police aux frontières. Et l'évêque n'en a cure.

Plusieurs membres des cercles de silence avaient, cet été, signalé la surveillance de la police aux frontières aux alentours de Lourdes. C'était à peine croyable. Et pourtant...
 
Libération, 21 septembre 2009
Bordeaux, interim
 
«Quand je suis arrivé dans les locaux de la PAF (police de l'air et des frontières), j'ai vu cet homme, un Camerounais qui serrait précieusement ses bidons d'eau bénite autour de lui, dans sa geôle. Ca m'a serré le cœur. » Henri Moura se souvient avec émotion d'une affaire sur laquelle il est intervenu, il y a quelques années. Photo : Société des Missions africaines
Des cas comme celui-là, il continue d'en voir souvent. Trop souvent à son goût. Lors de sa dernière permanence, cet avocat du barreau de Pau a été appelé pour assister une Sénégalaise de 60 ans durant sa garde à vue. Cette femme atteinte d'une maladie grave, qui venait prier la vierge Marie à la grotte Massabielle, a été appréhendée dans le train entre Pau et Lourdes. Sa demande de titre de séjour est en cours d'instruction à la préfecture de Paris mais pour avoir circulé sans papiers, elle risque l'expulsion.
La semaine dernière, deux Nigérianes et un Djiboutien ont été interpellés alors qu'ils se rendaient en pèlerinage à Lourdes. « Nous sommes convaincus que la PAF pratique des contrôles systématiques et quotidiens sur cette ligne ferroviaire. C'est un bon moyen pour le préfet de faire du chiffre», assène Isabelle Casau, la responsable de l'équipe des treize avocats palois spécialisés dans le droit des étrangers. « C'est révoltant et complètement cynique. On ne mesure pas l'attrait que peut exercer Lourdes sur des catholiques majoritairement Africains, qui ont une foi très profonde. Ils sont prêts à prendre des risques pour effectuer leur pèlerinage » poursuit l'avocate. Elle et ses collègues interviennent chaque semaine auprès d'étrangers arrêtés dans ce train. Ils estiment qu'il est de leur devoir d'alerter l'opinion mais aussi les pèlerins sur cette situation.
Le bâtonnier de l'ordre de Pau, Jean-François Blanco, soutient leur démarche. Il y a deux semaines, il écrivait à l'évêque de Lourdes pour lui demander d'agir. Dans son courrier, il prie l'évêque «d'intervenir auprès de Monsieur le préfet des Pyrénées-Atlantiques afin que la croyance de ces malheureux étrangers soit respectée et qu'il renonce à ces arrestations.» L'avocat considère que « l'Eglise a une obligation morale envers ces personnes et qu'elle leur doit une protection. »
Jacques Perrier, l'évêque de Tarbes et de Lourdes, n'a pas encore répondu au bâtonnierde Pau. Une chose est sûre, il n'a pas l'intention d'accéder à la demande de Jean-François Blanco. «Que ce monsieur se saisisse de cette affaire, c'est très bien, il est dans son rôle, reconnaît Jacques Perrier, mais si j'écris au préfet, il va me dire : «Mêlez-vous de vos oignons, monsieur l'évêque. » Et le responsable des sanctuaires de préciser : «Dans le christianisme, le pélerinage à Lourdes n'a pas la même signification que le pèlerinage à la Mecque pour les Musulmans» et qu'il ne constitue, en aucun cas, une obligation pour les croyants. Isabelle Casau et son équipe d'avocats viennent de décider de recenser avec précision toutes les procédures qui concernent des étrangers en route pour Lourdes. Des chiffres qui leur fourniront matière à un rapport complet qu'ils comptent publier avant la fin de l'année.
»
Stéphanie Lacaze
 

Publié dans Politique

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sb 22/09/2009 13:53


la réponse de l'évêque est moralement sacandaleuse ...et de surcroît stupide