Désobéissance Civile

Publié le par Michel Durand

Nous étions douze, hier soir, à débattre autour d'une table garnie de mets provenant, ce soir-là, de l'Est de l'Europe Centrale. Nous parlions, sans romantisme, de l'accompagnement des "sans papiers". De fil en aiguille furent évoqués les « sans domicile », les « sans travail », les « sans droit ». L'absence, désormais évidente, de culture syndicale efficace rend difficile une action concertée. Ainsi on constatait que le soutien des "sans papiers", malgré toutes les prises de parole dans la presse écrite et orale, n'a pas de répercussion dans les syndicats : « On n'en parle jamais dans mon syndicat ».
L'individualisme pèse lourd sur les situations où chacun ne pense qu'à tirer individuellement son épingle du jeu.
André Talbot saisi bien les conséquences négatives de l'individualisme quand il écrit : « Si la montée actuelle de l'individualisme induit des fragilités pour la vie personnelle, elle a aussi des conséquences sur la vie commune organisée dans le cadre politique. Aujourd'hui, les solidarités effectives ont tendance à privilégier des liens partiels et corporatistes : on s'unit pour un temps limité, de manière à promouvoir plus efficacement un type d'intérêt particulier. Mais de telles pratiques fragilisent notablement le lien social et toutes les relations instituées dans un ensemble politique » (Dans Albert Rouet, Un nouveau visage d'Eglise, Bayard, 2005, p. 210).
L'action concertée inscrite dans la durée se raréfie. Comment alors, à la racine du politique, changer les mentalités pour qu'elles correspondent davantage aux besoins humains actuels ?
Nous regrettions donc la force du mouvement syndical qui, dans les siècles précédents, a rendu aux ruraux venus émigrés dans les quartiers miséreux des villes, toute leur dignité humaine.
Souvent on entend ce témoignage : « Je n'ai pas voulu me mettre en désobéissance par rapport à la Loi. Je me suis tout simplement retrouvé dans cette situation, sans m'en rendre réellement compte. Ce n'est qu'après que j'ai réalisé. Soutenir une personne « sans papier » en la recevant chez moi m'a paru tellement évident que je n'ai pris conscience qu'après des conséquences que la dite désobéissance civile comportait ».
Le Service de Communication de l'Eglise de Lyon a réalisé un dossier sur ce sujet. Il y est considéré que la désobéissance civile, ou civique, relève d'une nouvelle forme de lutte : « Les formes de contestation actuelle que nous observons à travers les combats des « sans » : sans papiers, sans logement, sans travail, traduisent clairement l'émergence de nouvelles formes de lutte que l'on traduit souvent par désobéissance civile ou désobéissance civique ou encore désobéissance citoyenne ».
J'ai lu avec plaisir ce dossier. Et je vous invite à prendre le temps nécessaire pour profiter de cet apport.
Surtout qu'il n'est pas seulement question de désobéissance civile par rapport à la loi d'un Etat. Plusieurs paragraphes sont, en effet, consacrés à l'objection de conscience vis-à-vis du magistère de l'Eglise. Ils profitent de l'apport de la réflexion d'une équipe de chrétiens de la paroisse de la Sainte-Trinité du Perreux-sur-Marne (diocèse de Créteil).

Notons :
A la paroisse Saint-Polycarpe (Lyon) sera bientôt organisé un débat (ouvert à tous) sur la désobéissance civile. Il suivra un reportage d'une heure sur ce sujet.

Publié dans Politique

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treuillot 10/04/2007 13:18

Très intéressé par ce débat sur la notion de "désobéissance civile" , le problème est jusqu'où ?  , nous sommes quand même dans une démocratie , les lois sont votées par des représentants légalement élus ....alors ne pas les respecter ....au nom de l'évangile .....je n'ose imaginer la mise en pratique de la parabole des ouvriers de la 11 e heure .....
Je suis très embêté , je suis catholique , mais aussi démocrate et en tous cas "légaliste" , on peut bien sûr parler de la "force injuste de la loi " , mais encore une fois où est la limite ?  qui la fixe ? ? le problème des sans papiers est jusqu'où ?

Michel Durand 10/04/2007 16:29

Eglise et Démocratie.L’absolu de l’Évangile est plutôt terrible. Pour lui, il n’y a pas de frontières. L’amour est total. Ainsi, le Christ, enseigne d’aimer jusqu’à, et y compris, ses ennemis. Il n’est pas demandé de comprendre ceux et celles qui, par leurs actions, s’opposent à nous au point de devenir des ennemis, mais de les aimer. Aimer sans comprendre ni accepter leurs positions permet de poser une distinction entre l’homme et les idées. Opposé à 100 % aux idées, invité à les combattre d’autant plus fortement qu’elles sont intolérables, je n’en demeure pas moins respectueux de la personne. Je combats l’idée et non la personne. La distinction n’est pas si subtile qu’on veut bien le dire et même si, elle est difficile, je pense que c’est une nécessité évangélique. Surtout ne pas s’écraser, mais faire valoir son point de vue. Le système démocratique nous le permet. C’est là que, au non de sa conscience éclairée, la désobéissance devient un devoir.Je continue à réfléchir à ce sujet et je vous promets d’écrire bientôt un article où la question sera plus longuement développée. Personnellement, ce qui m’est le pus difficile dans le débat démocratique, les échanges entre citoyens, c’est la patience qu’il faut avoir. J’ai fréquenté des comités de quartier. Il fallait sans cesse reprendre les mêmes questions pour éviter que le débat ne tourne à la « défense du bout de trottoir sur lequel s’ouvre la porte de mon immeuble ». En conséquence, j’ai beaucoup d’admiration pour les personnes qui ne se fatiguent jamais et qui finalement, au bout de plusieurs années, obtiennent une amélioration au bénéfice de tous.Reparlons de frontières. Dans un échange et une action non utopique, il est clair que nous ne pouvons pas aborder toutes les questions. C’est là que, je pense, nous devons mettre des limites. Commençons par un secteur, les autres viendront après. Être catholique, c’est-à-dire universel, et démocrate tel est, aujourd’hui l’appel que l’Évangile nous adresse. À nous de réaliser progressivement cet idéal. Je me permets une question : connaissez-vous les textes de l’Église qui traitent de l’engagement politique des chrétiens ? Ils sont souvent peu connus parce que moins diffusés par les médias que ceux qui traitent de la morale sexuelle.Le 31 mai, dans les locaux « Toi d’écoute » de l’Eglise Saint-Polycarpe, (Lyon) nous aurons un débat à 20 h 30 sur la désobéissance civile à la suite d’un film (50 mn) qui a été réalisé sur ce sujet. Le débat continue.