l'impossible néocapitalisme

Publié le par Michel Durand

La démocratie ne se fonde pas sur la loi du plus fort, ou sur la crainte de celui qui hausse le ton. Elle respecte des minorités qui auraient souhaité que d’autres options soient faites ; minorités dont la grandeur est d’accepter les décisions prises sans entraver l’autorité légitime de ceux à qui il revient de mettre en oeuvre les mesures décidées. À titre individuel, afin d’agir en conformité avec sa conscience, reste la possibilité de l’abstention.                       
Se mettre en marche, Document de l’épiscopat N° 11, 2006                                                                                                 


Le concordisme est une exégèse religieuse qui tend à faire concorder les textes de la Bible avec les connaissances scientifiques. On utilise l’un au bénéfice de l’autre et réciproquement.
Bien que nous soyons conscients du danger de cette pratique non objective, ne convient-il pas de reconnaître que la tentation de concordisme est permanente ?
Cela dit, je n’envisage aucune manipulation de la Révélation en me laissant interroger dans mes choix politiques par la lecture méditée de la Bible. Loin de moi l’idée de plier les textes anciens aux situations actuelles, mais tout simplement une petite méditation qui me replace devant mon engagement existentiel à la suite du Christ. À de nombreuses reprises, le chrétien est invité à mener une vie dans la simplicité : Appel à la pauvreté évangélique.
Méditation, donc, au lendemain d’une présidentielle en me situant dans le champ de l’économie. Comment envisager le respect de l’homme, mon frère, qui se trouve contraint à la pauvreté et maintenir une économie néolibérale ? Travailler plus pour gagner plus ! Quel sens, tant dans mon propre environnement que dans l’ensemble de la planète Terre ?


Job 24,2-13
Or des gens déplacent les bornes de leur champ, d'autres font paître des moutons qu'ils ont volés. Certains s'emparent de l'âne des orphelins ou prennent en garantie le boeuf de la veuve. Les malheureux sont bousc
ulés hors du chemin ; les pauvres du pays n'ont plus qu'à se cacher. Tels les ânes sauvages des terres désertes, ils partent au travail et cherchent dans la steppe quelque chose à manger pour nourrir leurs petits.
Ils doivent ramasser de l'herbe dans les champs, ils doivent vendanger la vigne du méchant. Mais ils n'ont pas de quoi se couvrir pour la nuit, pas de couverture pour résister au froid. Ils sont trempés par les averses des montagnes ; faute d'abri, ils se serrent contre un rocher. On arrache l'orphelin au sein de sa mère. De celui qui n'a rien on exige des gages. On le réduit à marcher à peine vêtu, à porter des gerbes de blé le ventre creux, à presser des olives dans l'enclos des autres
 ou préparer le vin sans pouvoir y goûter.
Dans la ville, les gens font entendre leurs plaintes ; le râle des blessés est un appel à l'aide et Dieu reste insensible à ces faits scandaleux !
Les méchants sont de ceux qui n'aiment pas le jour, ils ne fréquentent pas les chemins qu'il éclaire, ils ne s'y tiennent pas. Le meurtrier se lève à l'approche de l'aube, il assassine le pauvre, le malheureux, et il se fait voleur quand la nuit est venue. Le mari infidèle guette aussi le soir en se disant : « Je passerai inaperçu ». Alors il cache son visage sous un voile. C'est dans la nuit que le voleur perce les murs ; pendant le jour, il se tient enfermé chez lui, la lumière est pour lui une chose étrangère.

Esaie 3, 13-15
Yahvé s'est levé pour accuser, il est debout pour juger les peuples.
Yahvé entre en jugement, avec les anciens et les princes de son peuple : « C'est vous qui avez dévasté la vigne, la dépouille du malheureux est dans vos maisons.
De quel droit écraser mon peuple et broyer le visage des malheureux ? » Oracle du Seigneur Yahvé Sabaot.

Esaïe 10, 1-4
Quel malheur de voir ces gens qui prennent des décrets injustes et s'empressent d'enregistrer des lois qui causent la misère ! Ils écartent ainsi la revendication des faibles, et privent de leurs droits les pauvres de mon peuple. Ils font des veuves leur proie et dépouillent les orphelins. Quand le Seigneur interviendra, quand l'orage accourra de loin, que ferez-vous alors ? Chez qui fuirez-vous 
pour chercher du secours ? Et où irez-vous déposer vos richesses ? Vous n'aurez plus qu'à vous courber parmi les prisonniers, ou à tomber à terre parmi les morts.


Amos 2,6 ; 5,11
Voici ce que déclare le Seigneur :
« J'ai plus d'un crime à reprocher aux gens d'Israël. C'est pourquoi, je ne reviendrai pas sur ma décision. Je leur reproche en particulier ceci : ils vendent l'innocent comme esclave pour de l'argent qu'il n'a pu rembourser ; ils vendent le malheureux pour une paire de sandales
« Vous exploitez le faible, vous prélevez du blé sur sa récolte. C'est pourquoi vous ne profiterez pas des belles maisons que vous avez bâties, et vous ne goûterez pas le vin des vignes de choix que vous avez plantées.


Luc 12, 22-31
 Puis Jésus dit à ses disciples : « Voilà pourquoi je vous dis : Ne vous inquiétez pas au sujet de la nourriture dont vous avez besoin pour vivre, ou au sujet des vêtements dont vous avez besoin pour votre corps. Car la vie est plus importante que la nourriture et le corps plus important que les vêtements. Regardez les corbeaux : ils ne sèment ni ne moissonnent, ils n'ont ni cave à provisions ni grenier, mais Dieu les nourrit ! Vous valez beaucoup plus que les oiseaux ! Qui d'entre vous parvient à prolonger un peu la durée de sa vie par le souci qu'il se fait ? Si donc vous ne pouvez rien pour ce qui est très peu de chose, pourquoi vous inquiétez-vous au sujet du reste ? Regardez comment poussent les fleurs des champs : elles ne travaillent pas et ne tissent pas de vêtements. Pourtant, je vous le dis, même Salomon, avec toute sa richesse, n'a pas eu de vêtements aussi beaux qu'une seule de ces fleurs Dieu revêt ainsi l'herbe des champs qui est là aujourd'hui et qui demain sera jetée au feu : à combien plus forte raison vous vêtira-t-il vous-mêmes ! Comme votre confiance en lui est faible ! Ne vous tourmentez donc pas à chercher continuellement ce que vous allez manger et boire. Ce sont les païens de ce monde qui recherchent sans arrêt tout cela. Mais vous, vous avez un Père qui sait que vous en avez besoin. Préoccupez-vous plutôt du Royaume de Dieu et Dieu vous accordera aussi le reste. »

« Les pauvres, souvent oubliés dans nos littératures classiques, tiennent dans la Bible une place considérable…  La pauvreté dont parle la Bible n’est pas seulement une condition économique et sociale, ce peut être aussi une disposition intérieure, une attitude d’âme ; l’Ancien Testament nous révèle ainsi les richesses spirituelles de la pauvreté, et le Nouveau Testament reconnaît dans les vrais pauvres les héritiers privilégiés du Royaume de Dieu.
Beaucoup de pauvres sont surtout les victimes du sort ou de la cupidité des hommes, tel ce prolétariat rural dont Job 24,2-12 a décrit l’affreuse détresse {N’est-ce pas ce que nous observons dans les rapports Europe Afrique}. Ces déshérités ont trouvé dans les prophètes leurs défenseurs attitrés. A la suite d’Amos qui « rugit » contre les crimes d’Israël (Amos 2,6 s. ; 4,1 ; 5,11 , les porte-parole de Yahweh dénoncent sans trêve « la violence et le brigandage » (Ezéchiel 22,29) dont le pays est souillé : fraudes éhontées dans le commerce (Amos 8,5 s. ; Osée 12,8), accaparement des terres (Michée 2,2 ; Isaïe 5,8), asservissement des petits (Jérémie 34,8-22), abus de pouvoir et perversion de la justice elle-même (Amos 5,7, Isaïe 10,1 s. ; Jérémie 22, 13-17). Ce sera l’une des tâches du Messie que de défendre les miséreux et les pauvres (Isaïe 11,4 ; psaume 71)…
Les prophètes se rencontraient d’ailleurs avec la Loi : le Deutéronome en particulier prescrit tout un ensemble d’attitudes charitables et de mesures sociales pour atténuer la souffrance des indigents. Les sages non plus ne manquent pas de rappeler les droits sacrés du pauvre (Proverbes 14,21 ; 17,5 ; 19,17), dont le Seigneur est le défenseur puissant (Pr 22, 22 s. ; 23,10)… »
 
Ladislas Szabo, art. Pauvres, Vocabulaire de théologie biblique, Cerf.



Publié dans Politique

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S B 23/04/2007 21:14

 J'apprécie cette anthologie grave et opportune , ainsi que, ailleurs, le rappel du livre de André Gorz