Eglise et Non-violence

Publié le par Michel Durand

Dans le contexte des réflexions de Pierre Régnier, voici l'extrait d'un article de Jean-Marie Muller* paru dans le Quotidien "La Croix" -Forum du 18-20 mai 2007.



Tendre l'autre joue, c'est refuser à notre adversaire de prendre prétexte de notre violence pour justifier sa propre violence. Car il attend notre riposte, il pense même qu'il la mérite, qu'en quelque sorte il y a droit, et le fait même qu'il ne la voit pas venir le déconcerte et le confond.
«Pour les chrétiens, précise Benoît XVI, la non-violence n'est pas un simple comportement tactique, mais bien une manière d'être de la personne. » Là encore, le pape rejoint la tradition spirituelle de la non-violence qui, en effet, ne la réduit pas à une simple tactique, mais la reconnaît comme l'exigence la plus authentique de l'humanité de l'homme. La non-violence est donc, d'abord et essentiellement, une attitude. Elle est l'attitude éthique de l'homme qui respecte la dignité de l'humanité de l'homme, en lui-même et en tout autre homme. Pareille attitude se fonde sur une conviction existentielle : la non-violence est une plus forte résistance à la violence que la contre-violence.
Mais Benoît XVI ajoute aussitôt : la non-violence est « l'attitude de celui qui est tellement convaincu de l'amour de Dieu et de sa puissance, qu'il n'a pas peur d'affronter le mal avec les seules armes de l'amour et de la vérité ». Il précise: « L'amour de l'ennemi constitue le noyau de la "révolution chrétienne", une révolution qui n'est pas fondée sur des stratégies de pouvoir économique, politique ou médiatique. La révolution de l'amour, un amour qui ne s'appuie pas, en définitive, sur les ressources humaines, mais qui est un don de Dieu que l'on obtient uniquement en faisant confiance sans réserves à sa bonté miséricordieuse.
Ici, force est de reconnaître que le pape s'éloigne de la tradition de la non-violence qui affirme que la construction de la justice et de la paix exige une véritable stratégie qui mette en œuvre une réelle force s'opposant efficacement à la force de la violence. C'est le propre de l'idéalisme spirituel de prêter à l'amour et à la vérité une force intrinsèque qui serait capable d'agir par elle-même dans l'histoire et qui serait le véritable fondement de la justice et de la paix. Cet idéalisme s'avère en définitive incapable de penser le conflit et, par conséquent, de rechercher les moyens d'action qui permettent de le résoudre pacifiquement.
L'amour vise l'universel dans le respect de tous les êtres humains, fussent-ils les plus lointains et les plus étrangers, fussent-ils en définitive des ennemis. Mais cette visée universelle de l'amour n'évacue pas le conflit, n'exclut pas la lutte. La non-violence récuse la spiritualité qui, sous prétexte d'universalisme, s'évade du conflit, refuse l’action, déserte le combat, se détourne de l'histoire et se fige dans un idéalisme impuissant. Si l'amour évite de se compromettre dans l'action, la violence ne tardera pas à envahir le conflit et à le pervertir en un processus de mort. Face à l'injustice, l'amour provoque les hommes à créer le conflit, et à mobiliser toutes leurs ressources afin d'imaginer une solution qui ne doive rien aux méthodes de la violence meurtrière.
Le génie de Gandhi, c'est précisément, par la mise en œuvre d'une stratégie de l'action non-violente, d'avoir réconcilié l'exigence spirituelle et le réalisme politique, d'avoir réuni la morale de conviction et la morale de responsabilité.
* Jean-Marie Muller est le porte-parole national du Mouvement pour une alternative non-violente (MAN)

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