Religion ?

Publié le par Michel Durand

Dans son commentaire Edith donne quelques pistes à approfondir. Suivons-les.

Etymologie
Selon Lactance (250-325), religion vient du mot latin re-ligare, « re-joindre » ou « re-lier », compris généralement comme indiquant la relation de l'humain au divin, mais aussi des humains les uns aux autres.
Augustin d'Hippone (354-430) suggère une autre étymologie, plus ancienne : religion viendrait de « relegere », « relire, reprendre », par opposition à neglegentia, « négligence ».
Cicéron (106-43av J.C.) parle de religio, comme « scrupule » pour évoquer la peur face aux forces surnaturelles et le souci d’être scrupuleux dans l'observation des rites.
Régis Debray (2006) considère que le mot « religion » est un mot valise attrape tout. « C’est un vocable à résonances, un carrefour étymologique qui croise avantageusement les registres du recueil et de la relation, le « revenir sur un révolu » (relgere) et le « vivre avec d’autres » (religare). Mais c’est aussi un faux ami, dangereusement familier. Le mot valise nous donne l’impression de savoir ce qu’il transporte puisqu’il renvoie confusément à une expérience à la fois intime et universelle ».
Karl Rahner en 1961 tente cette définition qui indique (malgré l’aridité de son expression) le côté éminemment relatif de toute religion, y compris du christianisme.
Accrochez-vous, vous verrez que faire de la religion un absolu est un enfermement humain. Je pense aussi que l’étude de ce concept de « religion » est fort utile pour entrer en dialogue inter religieux et pour ne pas faire de Dieu un criminogène.

D'une manière générale, on désigne par« religion » la relation de l'homme avec le sacré. Cela se traduit, comme religion subjective, dans la vénération et l'adoration. Cela s'incarne, comme religion objective, dans la confession, dans la parole, dans les actes (gestes, danses, ablutions, onctions, bénédictions, sacrifices, repas sacrificiels) et dans le droit.
Cette relation ne peut exister que dans la mesure où le sacré se manifeste à l'homme. La religion est alors la réponse de l'homme à cette manifestation.
 
Comme toutes les réalités humaines, la religion est exposée à devenir caduque.
a) La religiosité, en tant que religion subjective, a sa source dans la réceptivité et la disponibilité transcendantales et absolues de tout l'homme, par lesquelles l'homme réalise sa relation avec Dieu dans un engagement total de tout lui-même vis-à-vis de Dieu. Il le fait sans aucune réserve et celui envers qui il s'engage est Dieu lui-même. Mais ce sont les mêmes manifestations, non seulement du sentiment mais aussi de toutes les forces spirituelles de l'homme, qui peuvent exprimer, à la place de cet engagement envers Dieu, l'affirmation de soi la plus radicale chez l'homme, son auto-suffisance absolue et refermée sur elle-même. Dans ce cas, ce n'est pas parce qu'il cherche à répondre à un appel de Dieu, mais parce que la religion fait partie de son « humanité» complète que l'homme garde une attitude religieuse dont le but est de trouver dans la religion l'ultime fondement de lui-même.
b) Le culte, en tant que forme objective (de la prière, des gestes, des actes), peut refréner cette inversion de la piété individuelle, il peut, dans son ordonnance bien réglée, contrebalancer la tendance qu'a le sentiment religieux de se dissoudre dans l'insaisissable, il peut, par la force concentrée dans sa forme même, susciter dans l'homme une relation juste avec Dieu. Ce caractère objectif du culte ne supprime cependant pas l'ambiguïté de la religion. En effet, quand la foi s'étiole tout en étant obligatoirement « conservée » dans sa nécessité et dans sa stature, alors « les représentations et les notions religieuses, les formes de culte et de communion se trouvent coupées de l'authentique sacré dont elles devraient être les médiatrices, ce qui est leur raison d'être » (B. Welle).
c) Ambiguïté. C'est cependant en tant que fondement de l'ordre juridique et politique et de la culture que la religion atteint sa véritable ambiguïté. Les impulsions premières qui déterminent le développement de la culture proviennent de la religion, de telle sorte que la culture ne peut pas être comprise sans son origine religieuse. Tous les ordres juridiques et toutes les formes de gouvernement cherchent à fonder leur légitimité sur la religion. Et à l'inverse, la religion, déjà du fait qu'elle tende à revêtir la forme médiatrice du culte et de la communauté, est intrinsèquement orientée vers la création de cultures (art, poésie, musique, philosophie) et vers les différentes formes de la vie sociale. C'est dans l'union universelle entre religion et culture, entre religion et gouvernement de la société que la religion devient réellement présente et tangible et que la culture et l'ordre social acquièrent une force qui s'impose à l'homme. Mais c'est précisément dans ces connexions omniprésentes que la religion court un grand danger, celui de laisser perdre ce qui la différencie essentiellement du pouvoir civil et de la culture : au lieu de prendre conscience dans la religion de sa finitude et de son besoin de salut, l'homme représente alors, avec la religion, un monde illimité et refermé sur lui-même. Au lieu de s'ouvrir au sacré dans le respect de l'adoration, il s'identifie à lui et identifie à lui le monde créé par lui, disposant ainsi du sacré lui-même. Ainsi apparait combien la religion et la magie sont proches l'une de l'autre. Cette ambiguïté appartient à la religion en tant que celle-ci est un phénomène de la vie humaine et elle n'en est donc jamais absente. Toutefois, dans la réalité concrète, il n'existe pas de forme de religion, aussi dégradée qu'elle soit, dans laquelle une étincelle de sa véritable nature ne couve pas sous la cendre des déformations et dans laquelle ne se conserve, malgré tout, quelque possibilité religieuse authentique. Mais d'autre part, il n'existe pas de forme de religion, même parmi les plus grandes et les plus lumineuses, qu'on puisse qualifier purement et simplement, telle qu'elle est en fait, la forme par excellence de la religion. Ceci vaut également, et même principalement, pour le christianisme si on le considère, non pas dans la pureté de son origine, mais dans son existence concrète dans l'histoire.

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