Tu perds ton temps

Publié le par Michel Durand

Voici le témoignage de Georges Gaillard

Georges Gaillard, dessin, sur les sentiers des cadoles


Combien de fois ai-je entendu depuis mon enfance et me suis-je moi-même dit : "tu perds ton temps" ?     
Mais je croyais naïvement que perdre son temps, c'était de s'ennuyer et de ne pas savoir quoi faire, ce que même enfant je n'ai jamais connu ayant toujours "quelque chose à faire" et n'ayant jamais assez de temps pour le faire.
Car "faire", de nos jours, c'est ne pas perdre son temps et dans le monde des affaires le temps perdu fait qu'on n'est "plus de son temps". Croissance, croissance ! Soyons de notre temps.
"Tu perds ton temps" à recoller cette vieille assiette, réparer ta chaussure percée ou le robinet qui fuit alors qu'il est tellement plus rapide de le changer et plus civique de faire marcher la consommation.
Tu perds ton temps à écouter cette personne seule qui te raconte la même chose pour la dixième fois.
Tu perds ton temps à descendre en ville à pied alors que ta voiture ou les transports publics t'y conduisent tellement plus rapidement
Tu perds ton temps à passer des heures à vouloir comprendre cet ordinateur qui se moque de toi.
Tu perds ton temps ce matin à lire ou prier alors que tant de choses attendent d'être rangées dans la maison.
Tu perds ton temps, au lieu d'aller dormir et te reposer, de distinguer le chant des grillons, des sauterelles et des courtilières et le cri des chauves-souris dans une nuit d'été.
Tu perds ton temps à remarquer qu'il y a trois variétés de libellules sur le bassin du jardin et que le bleu n'est pas de même nuance entre la grande et la petite pervenche.
O ! Temps perdu, ne te rattraperais-je jamais ?
Mais je n'irai pas "à la recherche du temps perdu" car finalement, libre ou obligé, où est donc le temps qui n'est pas perdu ?

Publié dans Anthropologie

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