Réduction du temps de travail

Publié le par Michel Durand

Dans la suite des témoignages précédents, je vous présente ici "Réduction du temps de travail", article rédigé par Georges DEVERS, dans le numéro 67 de Écoutes & Regards

La notion de temps libre est nécessairement jumelée avec celle de temps travaillé. Sous la poussée des travailleurs et avec le soutien du gouvernement, la diminution de la durée du travail a été effective, progressivement.

En voici les grandes étapes:
-1848, durée de 84 heures hebdomadaires
-1936, 40 heures
-1982, 39 heures
-2002, 35 heures.

Il y a donc eu toujours, par degrés, une réduction du temps de travail.
L'objectif n'a pas toujours été vu de la même façon, et on a pu insister davantage sur les conditions de pénibilité du travail - ce qui a amené à des lois sur les comités d'hygiène et sécurité - et, plus fréquemment maintenant sur l'aménagement du temps de travail, avec des" pauses ", des arrêts comme les congés payés, ou les RTT actuels. En ce qui nous concerne, je vais présenter deux exemples qui nous ont marqués.


40 heures en 1936
Le gouvernement socialiste, dit de Front Populaire, dirigé par Léon Blum, fait voter, à la suite de conflits prolongés et de discussions avec les syndicats et le patronat, la loi sur les 40 heures et les congés payés. Les plus anciens se souviennent de la première présence de leur père auprès d'eux pendant une semaine d'août, et des vélos et tandems sur les routes C'était une étape d'autant plus marquante qu'elle arrivait après des conflits ouvriers et des guerres meurtrières. Malheureusement, cette période s'est terminée brutalement par l'arrivée des Nazis en Allemagne et par l'intensification de l'effort de réarmement avant la guerre de 1939-1945.

35 heures en 2002
Avec l'arrivée du gouvernement Jospin, une nouvelle étape sera franchie avec le vote de la loi sur les 35 heures. La situation était différente, ce n'était pas le plein-emploi, au contraire, on naviguait autour de 3 millions de chômeurs ; il fallait donc créer des emplois, alors que, jusque-là, licenciements et départs en préretraite, mais aussi baisse des embauches maintenaient vaille que vaille un taux de chômage moyen.
Les 35 heures ont permis de créer quelque 250 000 à 350 000 emplois, selon les sources...
Mais cette loi à modifier les horaires de travail : 35 heures, c?est 5 jours de 7 heures, mais aussi, bien d'autres modes de calcul, par branche, entreprise, administration... ; peu à peu, les horaires ont été établis à la demande, par exemple certains cadres qui préféraient remplir davantage leur semaine de travail, obtenir des "repos compensateurs" et aboutir ainsi à un horaire moyen annuel de 35 heures par semaine. Il s'est donc établi une formule souvent individuelle de réduction du temps de travail (RTT), grâce à laquelle les loisirs se sont développés, devenant une industrie comme une autre. Mais pour les ouvriers, les avantages sont moindres, les horaires restent plus stricts et les gains presque nuls.
La durée de 35 heures n'a jamais été abolie mais aménagée, et cela au gré des gouvernements et des idéologies, mais on ne peut pas nier que cette formule a boule versé les conditions et le droit du travail (en bien ou en mal). Le recul est trop faible pour un jugement sûr. La vie en 2007 n'a vraiment plus rien à voir avec celle du XIXe siècle! Le recul est trop faible pour un jugement sûr. La vie en 2007 n'a vraiment plus rien à voir avec celle du XIXe siècle !

La RTT, aujourd'hui, un bienfait pour certains
60 % des parents concernés par les 35 heures de la loi Aubry ont répondu positivement à la question "Considérez-vous que la loi sur les 35 heures vous a permis de mieux concilier votre vie familiale avec votre vie profession¬nelle ?", posée dans le cadre d'une enquête. Cette étude a été réalisée au cours de l'année 2000, et la synthèse publiée en janvier 2003.
Il en résulte que le niveau de satisfaction est d'autant plus important que l'organisation du temps de travail est régulière et les horaires maîtrisables et prévisibles. Cependant, ces résultats montrent que ce sont surtout les salariés travaillant dans des secteurs dits "protégés" et qui bénéficiaient, antérieurement à la loi, de conditions avantageuses qui retirent le maximum de bénéfice quant aux effets de la RTT sur leur vie familiale. Mais les insatisfaits restent tout de même nombreux. Quels sont-ils ? Il s'agit des salariés pour qui le travail sur la base de 35 heures a entraîné une irrégularité des horaires d'une semaine à l'autre et le raccourcissement des délais de prévenance qui compliquent l'organisation du travail mais aussi celle de la vie privée.Ces derniers expriment même parfois une certaine déception. Car le fait de fractionner les heures de RTT, quand c'est le cas, plutôt que d'octroyer des journées ou demi-journées, reste un facteur de dégradation de la vie professionnelle. De même l'intensification du travail dans les entreprises qui n'ont pas embauché et la fatigue qui s'ensuit réduisent la disponibilité pour la vie familiale.
En fait, ce sont ceux qui sont parvenus à imposer leurs horaires ou les négocier, notamment par l'intermédiaire de leurs syndicats, qui s'avèrent les plus heureux en la matière. Il reste cependant assez difficile de dresser un bilan global des effets de la loi sur les 35 heu¬res sur la vie familiale et privée. Et ce, en raison des disparités existant en matière d'organisation du travail et de l'application de la RTT selon les secteurs professionnels et la taille des entreprises concernées.
La condition de l'homme s'améliore. Ce temps de RTT permet à certains un épanouissement dans un environnement humain, mais il crée un écart, hélas, important avec les salariés plus modestes

Publié dans Anthropologie

Commenter cet article