A travers le voyage, nos existences obsédées de sécurité peuvent découvrir notre condition de nomade, de passant où ne cesse d’apparaître la tentation des veaux d’or

Publié le par Michel Durand

La chronique hebdomadaire de Bernard Ginisty

Invitation au voyage

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Les vacances d’été sont le temps des voyages loin de chez soi, ce qui bouscule nos rythmes de vie trop souvent devenus des « rengaines » de vie ! Mais faut-il encore, à travers ces temps et ces espaces nouveaux, que le voyage soit autre chose que la consommation de produits définis par des agences de tourisme que l’on  s’approprie au moyen de  cameras de téléphones portables brandies comme des outils de conquête !  Tout vrai voyage expose à rencontrer de l’inédit, du neuf, du non prévu et peut donc amener à remettre en question nos conforts habituels.
A travers le voyage, nos existences obsédées de sécurité peuvent découvrir notre condition humaine de nomade, de passant. Ce temps du passant invite à l’arrachement hors des sécurités premières symbolisées par l’esclavage des Hébreux en Egypte, et l’appel  à avancer en eau profonde, celle de ces Mers Rouges d’où l’on rejaillit vivant. Itinéraire jamais achevé, toujours à reprendre, où ne cessent d’apparaître la tentation des  “veaux d’or”. Itinéraire où la “manne” nourrissante est un étonnement de chaque matin et ne saurait être capitalisée sous peine de pourrir. On touche ici au plus profond de la libération du temps : la capacité d’accueillir un événement qui ne soit ni la reproduction d’un programme céleste imaginé par des religieux, ni la déduction de philosophies de l’histoire ou d’expertises. Il faut accueillir l’événement comme un commencement, comme une naissance.
C’est l’expérience vécue du Chemin de Compostelle que Jean-Christophe Rufin, médecin responsable d’ONG,  ambassadeur, romancier et académicien raconte dans son dernier ouvrage : « Compostelle. Ce n’est pas un lieu, plutôt une destination étrange, celle où l’on arrive jamais… C’est un secret du Chemin, parmi bien d’autres : ce qui compte, ce n’est pas d’arriver mais de se mettre en marche. Deux pèlerins qui se rencontrent ne demandent jamais : « Qui es-tu ? » ni : « Où vas-tu ? » mais seulement : « D’où es-tu parti ? ». Et il conclut : « On découvre l’origine de ce vide ressenti en soi. Ce qui manque a un nom. On hésite à le prononcer car il est lourd de conséquences. Ce manque, c’est simplement le Chemin. Et, pour le combler, il n’y a qu’un moyen : se remettre en marche » (1).
Nous avons tous à découvrir les chemins où nous aurons la chance de rencontrer ce que nous n’attendions pas, ce que nous n’avions pas prévu, ce  qui peut nous faire naître à autre chose qu’à la morne répétition du passé.


(1) Jean-Christophe RUFIN : Compostelle, un chemin inextinguible in Témoignage Chrétien, supplément au N° 3537 du 25 avril 2013, pages 74-75. Cet article évoque l’ouvrage que l’auteur vient de publier : Immortelle randonnée. Compostelle malgré moi, Editions Guérin, 2013


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