Adhérer à l’attitude mystique que l’Esprit de la Révélation biblique place en nous et manifester notre confiance en Christ libérateur, force de changement.

Publié le par Michel Durand

Pour le laboratoire du Samedi 8 décembre (9h30 à 12h30), voir ici, je reçois ce texte de Jean-Luc NAOURI.

A lire absoluement. Il est bien plus utile pour notre réflexion que les quelques exraits que j'ai donné hier.

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source : Terre sacrée

Une écologie chrétienne est-elle pensable !

 

Adhérer à l’attitude mystique que l’Esprit de la Révélation biblique place en nous et manifester notre confiance en Christ libérateur, force de changement. L’écologie est au service du développement humain. « L’environnement naturel […] a été donné à tous par Dieu et son usage représente pour nous une responsabilité à l’égard des pauvres, des générations à venir et de l’humanité tout entière. »(Caritas in veritate, § 48 ; http://diaconia2013.fr/2012/02/lecologie-au-service-du-developpement-humain/)


Caritas in veritate aborde le sujet de l’écologie dans le cadre d’un chapitre IV intitulé : Développement des peuples, droits et devoirs, environnement.

Le mot environnement y est utilisé 13 fois.

Le mot développement est par contre cité très souvent tout au long du texte (25 fois dans le seul chapitre IV).

On est tout à fait dans la logique « développement durable » avec la phrase du § 48 : Les projets en vue d’un développement humain intégral ne peuvent donc ignorer les générations à venir, mais ils doivent se fonder sur la solidarité et sur la justice intergénérationnelles, en tenant compte de multiples aspects : écologique, juridique, économique, politique, culturel.

Le texte, peut-être sous l’influence de Genèse 1, 28 (remplissez la terre et l’assujettissez), distingue nettement l’homme et l’environnement naturel (cf.48), comme si l’homme ne faisait pas partie intégrante de cet environnement, de ce qu’on appelle en écologie un écosystème. Pourtant, Gn 2,7 indique que l’homme est formé par Dieu de la poussière de la terre...

Ce clivage intellectuel entraîne une difficulté à avoir une approche réellement systémique  de l’écologie.

On oppose l’exploiteur de la nature et les tenants d’une nature intouchable, deux extrêmes renvoyés dos à dos. Cette attitude peut sembler équilibrée, mais, dans les faits, on assiste majoritairement à une exploitation des richesses naturelles et de l’homme, avec les conséquences mondiales que l’on connaît.

L’homme est le centre de toute l’analyse, isolé de la nature. Son action sur l’environnement est, du coup, considérée non pas en tant que telle mais du fait de ses retombées éventuelles sur l’homme. D’où le titre, un peu réducteur, d’une « écologie au service du développement humain ». Certes, pédagogiquement, il est plus facile de frapper les esprits avec la pénurie de pétrole qu’avec la disparition d’une espèce animale… Mais il peut paraître étonnant qu’une religion parlant à longueur de temps de Création pour désigner l’univers ne mettre pas mieux en avant le respect de la biodiversité, l’équilibre écologique, la lutte contre la pollution, etc.

La problématique énergétique (§49) est réduite au problème (certes réel) de l’accaparement de ces richesses par les pays riches, sans voir le problème du pillage de ces richesses, qui aboutit à leur épuisement à moyen terme, et qui a des conséquences écologiques catastrophiques dès aujourd’hui. Il est certes demandé une « solidarité » amenant les sociétés technologiquement avancées à réduire leur consommation, et une redistribution planétaire des ressources énergétiques, mais les enjeux sont-ils seulement là ?

L’appel à un changement des styles de vie (§51) est certes intéressant, en dénonçant l’hédonisme et le consumérisme indifférents aux dommages qui en découlent. Mais on attend vainement la condamnation des entreprises, des financiers et des politiques qui tirent largement profit de ce style de vie, et qui sont prêts à toutes les bassesses pour maintenir cet équilibre ( ?) qui alimente la crise globale que nous connaissons. On en reste à des considérations moralisantes…

Le mot écologie n’est utilisé que 5 fois, dont 3 fois dans l’expression écologie humaine, dont le sens est précisé ainsi : « le point déterminant est la tenue morale de la société dans son ensemble. Si le droit à la vie et à la mort naturelle n’est pas respecté, si la conception, la gestation et la naissance de l’homme sont rendues artificielles, si des embryons humains sont sacrifiés pour la recherche, la conscience commune finit par perdre le concept d’écologie humaine (§51) ». Quand on sait que l’écologie est l’étude des relations et équilibres entre les êtres vivants et tout ce qui les entoure (air, eau, terre, faune et flore, etc.) on ne peut qu’être étonné de la restriction de sens donnée au terme « écologie humaine » par le focus mis sur des sujets certes très sensibles pour l’Eglise catholique, mais qui sont plutôt limités au domaine de la bioéthique. On a un peu l’impression qu’à l’instar des entreprises qui font du « green-washing » en mettant une touche « verte » sur leurs 4x4, l’Eglise catholique cherche à surfer sur le courant porteur écolo pour « habiller » ses chevaux de bataille en matière de morale.

Alors, pour répondre à la question « une écologie chrétienne est-elle pensable », que pourrait-on dire ?

Peut-être d’abord que l’Eglise institutionnelle (catholique, ou non) pourrait être aux côtés de ceux qui luttent avec leurs faibles moyens contre des pouvoirs politiques économiques et commerciaux prêts à les laminer par tous les moyens. Elle a su le faire par plusieurs grandes figures comme Mgr Romero, Desmond Tutu, Luther King, l’abbé Pierre et bien d’autres, face à d’autres défis en d’autres temps… Dans notre évêché, y a-t-il un responsable diocésain en charge de ce sujet ?

Du côté des théologiens, n’y a-t-il pas à fonder une théologie écolo, comme il y a la théologie de la libération ou la théologie féministe ? l’appui sur la figure d’un Dieu créateur est-il suffisant ?

Je ne souscris pas à la citation de Jean-Luc Porquet « Seul le Dieu des chrétiens (…) rend possible une histoire, une ouverture autre que la technicisation ». D’abord parce que c’est ignorer tous ceux et celles qui, au nom tout bêtement de leur sens de l’humanité, se battent pour rendre possible une histoire digne de l’homme, quelquefois en opposition avec des personnes qui se revendiquent du nom de chrétiens. Ensuite parce que ce Dieu, ou cette vision de Dieu, émerge d’un bout à l’autre de l’Ancien Testament : un Dieu libérateur, qui accompagne l’histoire de son peuple et de l’humanité toute entière, dans un patient travail de relecture des événements, et qui l’invite inlassablement à la conversion, au changement de regard.

A titre personnel, peut-être faut-il méditer cette phrase de l’abbé Pierre : La responsabilité de chacun implique deux actes : vouloir savoir et oser dire.

Face à des enjeux planétaires, l’écologie chrétienne, prenant en compte les luttes et les connaissances écologiques, et s’éclairant de l’attitude et de la Parole de Jésus-Christ, me semble encore à inventer aujourd’hui.

Jean-Luc NAOURI

29/11/2012

 

 

 

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