Au 50e anniversaire du concile Vatican II, des catholiques français prennent au sérieux la doctrine sociale de l'Eglise.

Publié le par Michel Durand

Patrice de Plunkett est intervenu aux deux colloques organisés par Chrétiens et pic de pétrole. il m’a envoyé cet article rédigé pour l’Osservatore Romano.

 2011-2012 0121

 

L'Osservatore Romano,  dimanche 23 septembre 2012

Conscience de l'urgence et attention à la doctrine sociale de l'Eglise sont en augmentation

Les laïcs catholiques français et l'écologie prise au sérieux

par Patrice de Plunkett

 

Une « conférence pour l'environnement » s'est tenue à Paris les 14 et 15 septembre : le président et ses ministres face à trois cents représentants des organisations non-gouvernementales. François Hollande s'est posé en avocat de la « transition écologique » : objectifs climatiques ambitieux, lutte contre le bétonnage des territoires, fiscalité anti-pollution. Et « non » à l'exploitation des gaz de schiste en France, alors que le Premier ministre Jean-Marc-Ayrault et le ministre du Redressement productif, Arnaud Montebourg, sont pour un « oui » au gaz de schiste... D'où est venue cette fermeté du chef de l'Etat ? D'un sondage du 10 septembre : 74 % des Français – taux rarement atteint dans les enquêtes – sont opposés à une exploitation du gaz de schiste, qui serait « un danger pour l'eau, les sols et la santé publique ». L'ampleur de cette opposition populaire a étonné les éditorialistes à Paris.

Eclipsé depuis 2009 par la crise, le souci de l'environnement fait donc son retour en France. Y compris dans les milieux catholiques... Un livre de l'épiscopat a obtenu en 2012 un écho médiatique inhabituel à Paris : il s'intitule Enjeux et défis écologiques pour l'avenir. Présenté par Mgr Marc Stenger (évêque de Troyes), cosigné par quatre évêques et deux archevêques, il applique avec vigueur la doctrine sociale de l'Eglise : constat de la crise environnementale, diagnostic de ses causes économiques et morales, propositions de réformes pour un nouveau modèle de société. De son côté, Mgr Dominique Rey, évêque de Fréjus-Toulon, publiait un livre intitulé Peut-on être catho et écolo  - la réponse à cette question étant : "oui".

Peu avant la parution de ces livres, en novembre 2011, les « premières assises chrétiennes de l'écologie » s'étaient réunies à Saint-Etienne (Loire) à l'initiative de l'évêque du diocèse, Mgr Dominique Lebrun : deux mille participants, trois jours de travaux, quarante ateliers, dix conférences-débats... Ouvertes sur un message du cardinal Turkson, président du conseil pontifical Justice et Paix, ces assises se sont closes sur un débat œcuménique. Ce fut un succès d'échanges intellectuels, mais aussi de mobilisation : et cette éclosion de la responsabilité écologique est une nouveauté chez les laïcs catholiques de France.

Beaucoup d'entre eux, en effet, ont longtemps ignoré les appels à l'engagement chrétien dans l'écologie : le message du bienheureux Jean-Paul II du 1er janvier 1990 (« la croissance de la conscience écologique doit être favorisée »), le discours de Jean-Paul II à l'audience générale du 17 janvier 2001 (« il faut encourager et soutenir la ''conversion écologique'' »), l'appel de Benoît XVI aux jeunes le 2 septembre 2007 (« recréer une solide alliance entre l'homme et la Terre »), le célèbre paragraphe 51 de Caritas in Veritate en 2009 (« la société actuelle doit réellement reconsidérer son style de vie »), le message de Benoît XVI du 1er janvier 2010 (« si tu veux construire la paix, préserve la Création »), le discours historique de Benoît XVI aux députés allemands (septembre 2011) où le pape déclare « désormais indiscutée » l'importance de l'écologie environnementale, à laquelle il faut ajouter l'écologie humaine...

Aujourd'hui le laïc français commence à étudier ces textes. Avec d'autres documents du Magistère dans le domaine écologique, ils ont été réunis au printemps dernier par un numéro de la revue de prospective catholique Kephas. On voit germer depuis deux ans des embryons de communautés nouvelles : s'étant rencontrés sur l'internet dans des forums de discussion, leurs créateurs ont senti le besoin d'incarner cet engagement dans des communautés vivantes, tournées vers les paroisses. C'est le cas des « Chrétiens indignés », nés en 2011, devenus fraternité en février 2012 (comme l'a signalé Radio Vatican) et encouragés par Mgr André-Joseph Léonard : « je me sens en profonde sympathie avec votre action », leur a écrit l'archevêque de Bruxelles. On remarque aussi le réseau né du blog Eglises et écologie, animé par le religieux-journaliste-biologiste Dominique Lang. Ou le groupe de réflexion « Chrétiens et pic de pétrole », autour du prêtre lyonnais Michel Durand, curé de la Croix-Rousse, en lien avec les jésuites lyonnais du centre Saint-Ignace... Sans oublier la « Communauté de vie chrétienne » (CVX), de fondation plus ancienne, et le rassemblement interdiocésain Diaconia 2013 : 90 mouvements et services d'Eglise se réuniront l'an prochain à Lourdes sur le thème de « l'engagement éco-responsable », et préparent ces journées par des milliers de réunions à travers la France. Au 50e anniversaire du concile Vatican II, ces catholiques français prennent au sérieux la doctrine sociale de l'Eglise. Et ils voient dans l'écologie l'un des terrains de la nouvelle évangélisation. Derniers venus sur ce terrain (après leurs coreligionnaires européens, de l'Ecosse à l'Italie), les catholiques de l'Hexagone s'éveillent à un enjeu vital du XXIe siècle.

 

Texte en italien   

 

ou ICI PDF de l'article de L'Osservatore Romano


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