Benoît XVI, "Lumière du monde" - 2

Publié le par Michel Durand

 La semaine passée, Fabienne m’a donné à lire l’entretien de Peter Seewald avec Benoît XVI, « Lumière du monde ». Je viens de le refermer.

prometheeFeu200poPour poursuivre la réflexion de Benoît XVI sur le progrès, je vous donne tout simplement l’ensemble de son texte.

 

Que le progrès soit un vrai progrès

… Nous devons réfléchir aux moyens de faire en sorte que le progrès soit bien un progrès.

Le concept de progrès avait à l'origine deux aspects : d'une part, c'était un progrès de la connaissance. On entendait par là : comprendre la réalité. C'est ce qui s'est produit, et dans une dimension incroyable, entre autres grâce à la combinaison d'une conception mathématique du monde et à l'expérimentation. Aujourd'hui, nous sommes ainsi capables de reconstituer l'ADN, la structure de la vie, de même que la structure du fonctionnement de la réalité tout entière - au point d'être capable de la réassembler en partie et de commencer déjà à construire nous-mêmes de la vie. Dans cette mesure, ce progrès a aussi apporté à l'homme de nouvelles possibilités.

 

L'idée fondamentale était : le progrès, c'est la connaissance.

- Et la connaissance, c'est le pouvoir. C'est-à-dire que je peux aussi disposer de ce que je connais. La connaissance a apporté le pouvoir, mais de telle sorte que ce pouvoir qui est le nôtre nous permet aussi de détruire ce monde que nous croyons avoir percé à jour.

Il devient ainsi manifeste qu'il manque un point de vue essentiel dans la combinaison que nous connaissons à ce jour, celle d'un concept de progrès fait de connaissance et de pouvoir : l'aspect du bien. La question est : qu'est-ce qui est bien ? Où la connaissance doit-elle mener le pouvoir ? S'agit-il seulement de pouvoir disposer des choses, ou faut-il poser la question des critères intérieurs, de ce qui est bon pour l'homme, pour le monde ? Voilà, me semble-t-il, ce qui ne s'est pas suffisamment produit. Ainsi l'aspect éthique, dont relève la responsabilité devant le Créateur, est-il au fond largement absent. Si l'on n'exerce que son propre pouvoir grâce à sa propre connaissance, cette sorte de progrès devient véritablement destructrice.

 

Quelles conséquences cela devrait-il avoir maintenant ?

Il faudrait aujourd'hui engager un grand examen de conscience. Qu'est-ce réellement que le progrès? Est-ce un progrès que de pouvoir détruire ? Est-ce un progrès de pouvoir fabriquer, sélectionner et éliminer soi-même des êtres humains ? Comment le progrès peut être maîtrisé du point de vue éthique et humain ? Mais ce ne sont pas seulement les critères du progrès qui doivent être considérés maintenant. Outre la connaissance et le progrès, il s'agit aussi de l'autre concept fondamental des temps modernes : de la liberté, entendue comme liberté de pouvoir tout faire.

De cette idée, on tire la prétention selon laquelle la science n'est pas divisible. C'est-à-dire que ce que l'on peut faire, on doit aussi le faire. Toute autre attitude serait contraire à la liberté.

Est-ce vrai ? Je pense que ce n'est pas vrai. Nous voyons à quel point le pouvoir de l'homme a atteint des dimensions monstrueuses. Et ce qui n'a pas grandi parallèlement, c'est son potentiel éthique. Cette inégalité se reflète aujourd'hui dans les fruits d'un progrès qui n'est pas pensé moralement. La grande question est maintenant : comment peut-on corriger le concept de progrès et sa réalité pour ensuite le maîtriser positivement de l'intérieur ? Une grande réflexion fondamentale est ici nécessaire.

 

La conférence sur le climat de la planète, en décembre 2009 à Copenhague, a bien montré à quel point nous nous compliquons la tâche lorsqu'il s'agit de changer ces critères du progrès. Les gouvernements de ce monde avaient eu besoin de dix-sept années, depuis la première rencontre de Rio jusqu'à ce sommet décisif que les scientifiques, les défenseurs de l'environnement et les politiciens ont qualifié de l'une des conférences les plus importantes de l'histoire de l'humanité. Elle se fondait sur les résultats des recherches effectuées par plus d'un millier de scientifiques qui, sous mandat du Groupe d'experts Intergouvernemental sur l'Évolution du climat, le GIEC, ont calculé que les températures globales actuelles ne devaient pas s'élever de plus de deux degrés, sous peine de voir le climat basculer de manière irréversible.

Mais le projet de compromis de Copenhague ne contient même pas de propositions concrètes. La limite de deux degrés sera maintenant dépassée en toute certitude. Cela provoquera des tempêtes, des inondations, des récoltes desséchées. Ce résultat ne doit-il pas aussi renforcer le point de vue de ceux qui tiennent l'humanité pour tout simplement incapable de résoudre dans un effort collectif une menace comme celle du réchauffement climatique ?

- C'est effectivement le grand problème. Que pouvons-nous faire? Face à la catastrophe menaçante, on a partout pris conscience du fait que nous devons prendre des décisions morales. Il y a aussi une conscience plus ou moins marquée d'une responsabilité globale, une conscience du fait que l'éthique ne doit plus concerner seulement son propre groupe ou sa propre nation, mais avoir en vue la terre et tous les humains.

Il existe ainsi un certain potentiel de connaissance morale.

Mais faute de disposition au renoncement, il sera difficile de le traduire en volonté et en actes politiques. Cela devrait être discuté dans le cadre des budgets nationaux et en fin de compte par les individus - la question est alors de savoir quelle charge on fait peser sur les différents groupes.

Il devient ainsi évident qu'au bout du compte la volonté politique ne peut pas être efficace si elle ne communique pas à toute l'humanité - notamment chez les principaux vecteurs du développement et du progrès - une nouvelle conscience morale approfondie, une propension au renoncement qui prenne une forme concrète et devienne aussi un critère de valeur pour l'individu. La question est donc celle-ci : comment la grande volonté morale que tous approuvent et que tous appellent de leurs vœux peut-elle devenir une décision personnelle ? Car tant que cela ne se produit pas, la politique reste impuissante. Qui peut faire en sorte que cette conscience générale pénètre aussi dans la sphère personnelle ? Seule peut le faire une instance qui touche les consciences, qui est proche de l'individu et n'appelle pas à de simples effets d'annonce.

L'Église est mise au défi sur ce point. Elle ne partage pas seulement la grande responsabilité, elle est souvent, dirais-je, l'unique espoir. Car elle est si proche de la conscience de beaucoup d'hommes qu'elle peut les amener à certains renoncements et imprimer dans les âmes des attitudes fondamentales.

 

Je propose la lecture de ce texte aux participants du laboratoire mis en place avec Chrétiens et pic de pétrole et l’Espace Saint-Ignace.

Qu’il serve de base à une réflexion.


Publié dans Eglise

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