Bienheureux ceux qui pleurent

Publié le par Michel Durand

Puisque le don de Dieu prend consistance dans notre corps, comment ne pas voir les traces corporelles de cette présence divine ? La grâce de Dieu agissant en nous, comment le corps physique ne vibrerait-il pas de cette présence ?


Le XVIIe siècle, me semble-t-il, acceptait de témoigner de la nature des émotions mystiques. Telle femme (Madame Acarie je pense), touchée par la grâce de l’union à Dieu, ressentait cette grâce avec une si forte émotion, son cœur bâtait excessivement, qu’elle dût dénouer son corset pour parvenir à respirer. J’ai lu, jadis de tels récits, mais je n’ai pas pris le temps de contrôler l’exactitude de mes souvenirs.

On peut encore citer le sang qui monte au visage (rougir) quand, dans la méditation, on prend subitement conscience d’avoir été touché par une grâce divine. Dieu s’est manifesté comme nous étant proche.

Il m’arrive souvent, pour me faire comprendre sur ce sujet, de citer l’œuvre du Bernin, l’extase de Saint Thérèse (voir un article dans Confluences). Sa contemplation de Dieu devient pâmoison. Tout le corps est pris.

Quand le groupe lyonnais « David et Jonathan » m’invita à participer à leur temps de prière pendant la « fière semaine GLTB », j’ai été, comme d’autres, provoqué par le titre de l’invitation à prier : « Ébats divins ». Ils voulaient faire choc. Mais, à tout prendre, est-ce si choquant que cela ? Si Dieu manifeste en nos êtres sa présence, et il le fait, comme en témoigne Jean 6 que j’ai longuement lu et médité pendant le mois d’août 2009 :

« Jésus est le vrai pain, le vrai vin descendu du ciel, nourriture et boisson qui engendrent la vie éternelle ».

Si Dieu descend en Jésus dans nos corps pécheurs et mortels pour nous apporter la grâce de la résurrection éternelle, de l’amour sans fin, est-ce que cela ne doit pas se traduire en des ébats amoureux, suave qui laissent des traces dans notre chair ? Pourquoi donc ne pas se laisser aller à des ébats divins alors que l’on expérimente l’amour de Dieu ? Se savoir aimé de Dieu comme un(e) amoureu(se)x fou se sait aimé de son (sa) bien-aimé(e).

Transport de joie qui provoque les larmes. « Joie, joie, joie, pleurs de joie » (Pascal).

Hélas, le XXIe siècle, autant que le XXe , est trop marqué par une culture matérialiste et mécaniste pour que l’on ose laisser libre cours à de tels émotions et élans. L’homme, la femme d’aujourd’hui maîtrisent son destin. Par pudeur, cachons nos émois !

Les larmes seraient peut-être ce qu’on laisse couler plus facilement.

La troisième béatitude : « bienheureux ceux qui pleurent, ils seront consolés », trouvent en nous d’autant plus d’échos que nous avons souvent l’occasion d’être humiliés. Je ne citerai que l’exemple de la vie professionnelle où le salarié, ouvrier, petit employé ou cadre supérieur, n’arrive pas à tenir les objectifs fixés. « Vous n’êtes pas assez performant ». La culture de concurrence dans laquelle nous baignons malgré nous multiplie les déceptions. Qui n’arrive pas à la fin de son existence en se demandant le sens de son labeur ?

Je pourrais aussi évoquer la vie en famille, les questions des parents qui constatent ne pas être arrivés à transmettre les valeurs auxquelles ils tiennent tant.

Ces larmes, propres au corps physique, manifestent bien les sentiments qui, eux, sont d’un ordre tout spirituel. Elles signalent la déception d’une vie qui n’est pas aussi belle que prévu.

La spiritualité monastique souligne le bien-fondé de ces larmes. L’homme appelé à l’absolu est bien loin de rejoindre son but. Se savoir aimé et comprendre que l’on répond fort mal à l’amour reçu, se reconnaître indigne de la confiance faite, trouve dans les larmes une authentique libération. L’orgueilleux durcira son cœur et passera à côté de la vérité. l’humble reconnaîtra sa faiblesse, son imperfection et s’abandonnera dans les pleurs. « Bienheureux ceux qui pleurent ».

Cette compassion pour soi-même s’ouvrira également vers une compassion pour autrui. Nous ne sommes pas des « dieux » capables de nous construire tout seuls, à la seule force de notre volonté.

Le don des larmes

N’est-ce pas ce que Pierre a expérimenté ? Après avoir renié trois fois Jésus, il comprit sa lâcheté, sa petitesse. Dans le regard de Jésus tourné vers lui, il comprit que, malgré sa trahison, il continuait à être aimé. Alors, il pleura amèrement (Lc 22, 62).

Quand on fait l’expérience de sa misère et que l’on se sait quand même aimé, grandement aimé, pleurer est la seule possibilité pour retrouver le vrai chemin. Sa blessure personnelle est en voie de guérison, car les larmes du corps montrent, au-delà de la désespérance, que l’on en appelle à autrui pour retrouver la joie de vivre.

Je connais des hommes, des femmes qui se sont mis à pleurer quand ils ont compris l’amour d’un regard. Et, n’ai-je pas pleuré ainsi ?

Je connais aussi des jeunes qui ont connu la prison. Ils n’ont pas encore pleuré et continuent à se durcir. Que mon regard, comme celui du Christ, soit à leur adresse tellement chargé d’amour qu’ils sentent vibrer en eux, dans les larmes, la nécessité du repentir et le courage d’une vie nouvelle. Conversion.

« Suivre Jésus-Christ de plus près afin de travailler efficacement au salut des hommes. »

Publié dans Bible

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