« Bricolage ou courage pour l'avenir des ministères ? »

Publié le par Michel Durand

Faisant suite au « prophétisme » exprimé la semaine passée, je publie maintenant un article de 2007 qui se trouvait dans ce même "dossier". Il s’agit d’une réflexion de Michel Clemencin, alors curé de Caluire. Et si l'on pouvait aborder la question pacifiquement, sans sortir l'image des "68ards".

 

images.jpgLe dossier concernant la religion catholique dans le Monde des religions du 01/01/2007 confirme l'effondrement du catholicisme français. Certes, la situation de la communauté que j'accompagne est loin d'être désespérée ! La nouvelle organisation mise en place en 2004, avec des référents-vicaires laïcs et la confiance faite aux jeunes couples, rendent notre paroisse attrayante et dynamique. Pour autant, je reste stupéfait des blocages, attentes et atermoiements institutionnels qui paralysent toute évolution du système paroissial. Que ne va-t-on pas inventer après les regroupements paroissiaux, actuels cache - misère d'une situation ecclésiale bloquée ? [1]

1 - Un état des lieux tragique.

 Tout a été écrit sur les causes de la désaffection des fidèles pour leur communauté géographique. Sur l'évolution des communautés chrétiennes, nous disposons d'un nombre considérable de livres et d'articles de théologie, de sociologie religieuse, de recherches pastorales, rédigés depuis Vatican II. On croule sous les analyses historiques, démographiques, culturelles, sociétales concernant le passage d'une civilisation rurale et chrétienne, à une société urbaine et méfiante face aux religions. Les ouvrages abondent sur les mutations de la société, l'impact des nouveaux modes de vie sur la pratique religieuse, y compris le travail de l'épiscopat, il y a dix ans, sur « l'Eglise dans la société actuelle» (1996).

On voit mal comment les sympathiques « bricolages » qui ressortent des carrefours du presbyterium[2] pourraient aider notre Église à sortir « d'une logique de découragement ». Depuis une trentaine d'années des réformes ecclésiales sont proposées, des expériences sont tentées, mais toutes sont régulièrement remises en cause, voire désavouées. Sous la pression des courants conservateurs, toute innovation confiée à des laïcs devient suspecte et finit par être abandonnée. Toute initiative réussie de chrétiens visant à garder vivante une communion locale, se voit accusée d'accélérer davantage la disparition du clergé. Arc-boutée à une conception tridentine du ministère ordonné, l'Église préfère voir disparaître de nombreuses communautés, notamment rurales, plutôt que de redéfinir le statut et le rôle du prêtre. Certains évêques n'hésitent pas à dire que le peuple chrétien sera privé d'eucharistie, tant qu'il ne donnera pas des prêtres en grand nombre, sur l'unique modèle du « curé d'Ars ».

 

1.1 - Des communautés dépassées.

 

«  L'Église est en pointe sur l'emploi des seniors », avance un carrefour qui ne manque pas d'humour ! En ayant maintenu jusqu'au bout de leurs forces des pasteurs âgés, beaucoup de paroisses ressemblent à un vaste hôpital. Les conversations tournent autour des problèmes de santé des vieux qui vous assiègent. Si vous succédez à un prêtre qui y a pris une longue retraite, vous entrez dans un univers gériatrique : tout est en panne, tout sent le renfermé. Les gens ont vieilli avec lui, et l'assemblée n'est plus guère qu'une communauté « d'anciens », tout à fait sympathiques et généreux, mais qui font de certaines paroisses un véritable musée.

Certes, l'attention aux plus pauvres est bien nécessaire pour contribuer à guérir une société qui fabrique de l'individualisme et de l'isolement, et la charge de curé reste bien « le soin » des personnes. Mais elle manque singulièrement de formation psychologique, psychiatrique et sociale. Il n'est pas utile de faire six ans de théologie pour apprendre à visiter les gens, tenir conversation avec ceux qui s'ennuient, se laisser inviter à de multiples repas, répondre au téléphone pour des scrupuleux chroniques, multiplier les réunions de mamies dont le premier objectif est de faire le point sur tous les cancers de la commune.

Les séminaires qui ignorent tout cela, redeviennent des couvents, évacuant les sciences humaines, s'encasernant les week-ends et multipliant les « adorations ». Le retour à la prière, bien nécessaire pour un ajustement à la volonté de Dieu, devient un alibi commode à nos paresses.

Ainsi, la pastorale, qui devrait être prioritairement soucieuse de soulager les fardeaux qui pèsent sur les petits et les blessés de la vie, les maintient dans un univers patibulaire et souffreteux. Sans la présence et l'apport des jeunes générations, l'ensemble vire au naufrage. Les prêtres d'ailleurs sont les premières victimes de ce système épuisé. On ne compte plus les pasteurs aigris, dépressifs, fatigués de courir par monts et pas vaux. Les distances sont aujourd'hui considérables pour une « grande paroisse ». Alors le curé perd son temps dans une voiture, parce qu'on l'a convaincu que lui seul, à l'exclusion de tout autre chrétien local, pouvait annoncer la Bonne Nouvelle, tout régir, organiser, gouverner, célébrer.

L'éternelle langue de bois permet souvent à chaque bon prêtre interrogé de se trouver mille raisons d'être heureux, en dissimulant ses raisons de désespérer. (Cf. La Croix du 23 novembre 2006) On cesse de lire et d'écrire, de chercher et de se cultiver, en essayant de se convaincre que les attentes des gens culminent dans la célébration d'une belle messe d'enterrement.

 

1.2 - L'espoir des groupes de jeunes dramatiquement instrumentalisé.

 

Dans certaines paroisses, heureusement, la transmission communautaire reste vivante. Lancés par la catéchèse, les scouts, les étudiants ou un certain nombre de familles chrétiennes, des groupes de jeunes tentent de s'organiser. Bien moins nombreux qu'autrefois, ils sont accueillis comme des « sauveurs » et propulsés sur tous les devants de scène.

A peine nés, et encore peu structurés, on les utilise comme fer de lance de la re-christianisation. On les veut, et on les utilise partout, courageux vivier pour de grandes manifestations tapageuses, où il faut « montrer » le petit reste, aux niveaux diocésain, national et international. (Christ appel - 8 décembre - Rameaux - JMJ - Lourdes, etc...) La pastorale des jeunes, repliée en centre ville, semble aujourd'hui strictement orientée vers la recherche des vocations presbytérales. Pour ces jeunes le renouveau pastoral est donc biaisé.

Même réaction dévorante de la part de certains évêques et de jeunes prêtres, qui annexent à nouveau des mineurs dans des « maisons closes », pour les « chauffer spirituellement » en vue du presbytérat. On garde pourtant en mémoire les désastres spirituels et affectifs que cette stratégie de confinement a engendrés dans les petits séminaires. Loin d'être guéris des manipulations de toutes sortes, bien des responsables, en certains diocèses, en font « l'idée nouvelle » de la pastorale des vocations.

Ces jeunes, dans l'ensemble, restent très critiques sur l'Église et sa liturgie ; Mais ils n'ont guère l'occasion de le dire aux évêques. Dans les grands rassemblements, la plupart des jeunes misent sur l'ambiance conviviale et la joie de la rencontre avec leur génération ; ce qui donne aux évêques l'illusion que les jeunes partagent avec eux une même vision des sacrements et le génie des célébrations romaines. De tels malentendus accablent, mais n'ouvrent pas pour autant les yeux épiscopaux. Ils ne comprennent pas pourquoi ces jeunes, qui « boivent leurs paroles », ne trouvent toujours pas le chemin du séminaire !

 

Que dire des discours concernant les vocations !

Au mieux, c'est Dieu qu'on morigène de ne pas répondre aux prières insistantes d'évêques qui lui commandent de poursuivre (contre le vent de l'Esprit) la belle œuvre du Concile de Trente. (Cf. les supplications de certains évêques à Vézelay ou Ars, en direction de ce Dieu qui fait la sourde oreille aux injonctions cardinalices).

Au pire, on culpabilise les communautés chrétiennes de ne plus être généreuses, et de ne pas lancer leurs enfants dans ce système effondré, où l'obligation du célibat alimente dans la société toute entière de dangereux et sulfureux fantasmes.

 

 

1.3 - Le retard institutionnel de l'Eglise ruine les communautés.

 

Devant les chiffres, certains ferment les yeux, prétextant que l'Église a vécu des situations bien pires, et c'est probablement vrai. D'autres tentent de culpabiliser les chrétiens qui ne croient plus en rien, de maudire une modernité sans foi ni loi, de vouer aux gémonies les générations de prêtres issues du Concile Vatican II et de mai 68.

Et si on est vicaire général, on n'hésite pas à charger un peu plus les prêtres :

(Petit résumé d'une intervention du père Alphonse Borras, v.g. de Liége. Montmartre 2006.)

Le presbyterium, réalité mise à l'épreuve par la vie ecclésiale.

 

- C'est sous l'effet de différents facteurs que l'unité du presbyterium est devenue problématique.

- L'incidence de la mentalité moderne qui individualise à outrance : personnalisation des charges, atomisation des prêtres, vision contractuelle de la relation à l'évêque, etc.

- L'individualisme pastoral inhérent à des pratiques séculaires non encore résorbées ou corrigées.

- Le manque de fraternité et la zizanie au sein du presbyterium, causes de scandale pour les fidèles.

- Le double phénomène de la diminution du nombre de prêtres diocésains et la surcharge de travail pour les confrères en poste.

- L'absence d'un projet pastoral diocésain ou d'orientations épiscopales qui offrent une vision de la mission susceptible d'entraîner l'adhésion du corps presbytéral.

- La composition actuelle du presbyterium, sans passé commun de formation initiale, en l'occurrence dans le même séminaire.

- La diversité de la provenance des membres du presbyterium: prêtres allochtones de communautés nouvelles ou du continent africain ou d'Europe de l'Est.

 

Mais quand on est prêtre depuis 35 ans, on ne peut pas s'empêcher d'aller immédiatement à la raison majeure qui signe l'affaiblissement de l'Église de France : C'est l'incapacité du Magistère à envisager d'autres formes de ministère que le ministère presbytéral tridentin, en dépit des propositions de nombreux théologiens et certains évêques.

En refusant que soit abordée l'ordination d'hommes mariés, comme c'est l'usage en Orient pour certains catholiques, les évêques ont délibérément conduit les paroisses à l'asphyxie. Les curés, de moins en moins nombreux et de plus en plus fatigués, sont soumis à des pressions constantes concernant les sacrements et les funérailles. (Parfois même avec des menaces et du chantage.)

Exemple: « Pourquoi 3 classes aux funérailles ? » demandent les gens qui font très bien la différence entre : 1- Funérailles avec messe et prêtre. 2 - avec prêtre, mais sans messe. 3 - avec laïc, sans prêtre ni messe. L'acrimonie contre le clergé augmente ; le mécontentement est général: «S'il n y a plus de messe à 10 h, je n'irai plus à la messe. Si c'est un laïc qui préside les funérailles, je ne donne plus au denier du culte ! »

Quand donc les évêques oseront dire en clair et à la télévision, au sortir d'un Lourdes courageux, un certain nombre d'orientations et de décisions valables pour le pays tout entier ?

Ce n'est pas la Mission qui fatigue les prêtres. C'est l'institution qui les épuise !

Pour ne pas être inconsidérément stressés, on comprend que bien des prêtres s'en tiennent au minimum. Plutôt que de se laisser constamment « coincer » entre des directives romaines inadaptées et les exigences des laïcs, mieux vaut faire le gros dos, et attendre que les uns et les autres se calment. Puisque les évêques ne sont pas capables d'expliquer à la population que bien des liturgies seront désormais célébrées par des laïcs formés et institués, il est conseillé au prêtre de rester prés de son téléphone, entre livres et télévision, afin d'être prêt pour le prochain enterrement ! On supprime du coup un nombre considérable d'ennuis !

Comment s'étonner que des prêtres sombrent dans l'alcoolisme, ou se trouvent un peu de piment en menant une double vie ?

Je ne parle pas des diacres à leur place, mais on sent bien, malgré des exemples contraires, que la plupart ne souhaitent pas être utilisés comme pompiers paroissiaux.

 

Évangéliser, demain, ne se fera pas sans une réforme profonde de la charge curiale. En maintenant le curé au centre de tout, les laïcs demeurent irresponsables de la mission, et on impose au prêtre des rôles multiples qu'il lui est impossible de vivre en cohérence. Exemples :

Quand on est un adulte de 80 ans, on attend que le curé soit présent à tous les actes du culte, et qu'il visite son peuple sans relâche, comme on le faisait en 1950.

Si on a 60 ans, on attend de lui qu'il ouvre des perspectives sociales et bouscule la liturgie comme au bon temps des années 70.

On attend de lui, si on a 40 ans, qu'il revienne à plus de spiritualité et plus de formation chrétienne, et si possible à la carte, car on n'a pas le temps de participer à ce qui est déjà largement proposé.

On attend de lui, si on a 20 ans, qu'il laisse la place à un homme, ou une femme, plus jeune, certainement marié, et qu'il vibre à la culture des années 2000.

Le système archaïque actuel impose que tous les dossiers passent dans les mains du curé, même s'il s'est doté d'une organisation compétente pour gérer la paroisse. Il faut qu'il soit présent au début, au centre et à la fin de toutes les négociations. Les deux tiers du temps d'un curé sont occupés à des tâches économiques et administratives, comme le manager d'une mini entreprise. Mais tout le monde sait que derrière sa belle mission de pasteur, se cache une autre, non moins vitale pour l'Église, qui est de ramasser.... beaucoup d'argent !

 

« Être serviteur » est pour le prêtre le signe de son appartenance au Christ, et la première attitude de son ministère :  Serviteur de la Parole annoncée et de la communion. Il y a longtemps que tout le reste devrait être partagé et animé par des laïcs formés et compétents.

Nous le faisons aujourd'hui dans notre paroisse, où les référents des trois munera grandissent dans une compréhension pastorale contagieuse et féconde. Mais c'est bien tard !

 

1.4 - Le double langage théologique.

 

Une des sources du blocage magistériel est à chercher dans le recul herméneutique. Le coup de frein théologique, après les ouvertures salutaires de Vatican II, remet en cause l'aggiornamento dont Jean XXIII pressentait la nécessité, il y a presque un demi siècle ! En dénigrant la recherche théologique des années 80-90, qu'incarnaient chez nous, entre autres, les pères Denis et Bourgeois, nous sommes empêtrés dans des contradictions durables qui mécontentent tout le monde. Le père Laurent Villemin, à la suite de théologiens allemands, met en évidence la juxtaposition de deux théologies dans l'écriture de Vatican II, de laquelle conservateurs et libéraux peuvent tirer argument. C'est particulièrement vrai des écrits concernant le ministère presbytéral : D'une part la tradition sacerdotalisante : l'idée du prêtre alter christus qui coure d'Ignace d'Antioche à Trente. D'autre part une tradition ministérielle, où une relecture de l'évangile (et du baptême) rend le peuple de Dieu tout entier participant au ministère du Christ. Les courants conservateurs ont beau jeu de re-situer à nouveau le rôle du prêtre, non plus en fonction de la mission, mais du pouvoir eucharistique. Le motu proprio attendu sera la cerise sur le gâteau ![3]

 

Il faudrait revoir tant de questions ! Dont celle du langage codé de l'Église avec son «vocabulaire obsolète, sa langue morte et ses mots qui n'existent plus» (G. Accarie dans la Croix du 29/12/05). On me dit que chaque métier a sa langue et qu'il faut bien l'apprendre, comme si Jésus avait souhaité que l'accès à sa Parole soit réservé à des initiés ! Lui au contraire, parlait la langue de son peuple, et les enseignait en paraboles.

La prophétie du Père Congar: «Vatican II va inaugurer la fin de l'ère Constantinienne. » est loin d'être réalisée !

 

2 - Deux conditions préalables à un renouveau de l'évangélisation.

Bien sûr qu'il se passe de belles choses dans l'annonce de la Parole de Dieu et son œuvre de libération ! Jamais peut-être l'évangile n'a été autant espéré, la soif spirituelle manifestée, la bonté de l'Église attendue. On se demande toujours pourquoi les évêques sont si prompts à ouvrir les bras aux intégristes et fustiger la recherche des chrétiens d'ouverture ![4]

 

2.1 - Choisir la créativité  (l'Esprit fait toute chose nouvelle) sur le conservatisme.

Des aumôniers d'étudiants écrivaient en 1987 qu'il faudrait de toute urgence :

 

-       Manifester un oecuménisme réel, où la reconnaissance mutuelle des Églises et de leur culte permette partout le partage de la Parole et du Pain de Vie.

 

-       Libérer la théologie enfermée dans le carcan thomiste, pensée à partir d'une philosophie païenne retrouvée au Moyen Age, et verrouillée au Concile de Trente.

 

-       Équilibrer notre morale avec la charité du Christ. Que des préceptes énoncés avec rigueur ne dénaturent pas la miséricorde de Dieu et le relèvement de ceux qui tombent.

 

-       Délivrer la liturgie d'un style-conventionnel et d'un langage daté devenu ésotérique. Laisser à l'histoire ce qui est historique, et dire la foi de nos pères dans la langue d'aujourd'hui ; Ce qui est urgent pour l'Eucharistie et la Réconciliation.

 

-       Faire confiance aux jeunes générations et leur donner les moyens, en temps et en argent, d'animer eux aussi les communautés.

 

-       Ouvrir la formation et l'ordination des diacres et des prêtres, aux hommes et femmes mariés. Élargir les ministères institués aux laïcs en responsabilité.

 

-       Confier la charge curiale à des hommes ou femmes institués. Que le prêtre soit seulement ce pour quoi il a été ordonné : ministre de la Parole annoncée et expliquée, et ministre de la communion des différents groupes avec l'Église diocésaine.

 

-       Confier à des personnes formées et instituées les funérailles, le sacrement des malades et la présidence des mariages.

 

-       Proposer des rendez-vous communautaires non sacramentels, animés pas des laïcs, pour garder une vitalité constante à toute les communautés, même petites.

 

-       Repenser à nouveaux frais la pédagogie des séminaires, aptes à accueillir des missionnaires et des pasteurs, plutôt que des ecclésiastiques et des sacristains. Cesser de confondre la vocation religieuse et son fondement communautaire, avec la vocation presbytérale et sa nécessaire connaissance et proximité du monde.

 

Vingt ans plus tard (2007), on n'ose même plus suggérer de « pareilles horreurs» ! Or, nous sentons bien que le peuple de Dieu l'espère, dans sa grande majorité. L'Église est attendue avec des propositions neuves, comme une alternative ouverte et sereine à un catholicisme suranné, comme une bonne nouvelle face à un islamisme agressif et un laïcisme aff1igeant.

 

2.2 - Cesser de noyer le poisson, arrêter la langue de bois, faire confiance aux chrétiens.

 

Aujourd'hui on larmoie un peu partout, et les évêques n'en finissent pas de dire leur peine des situations bloquées, qu'ils entretiennent avec une touchante hypocrisie.

-       Témoins ces prières et ces magnifiques rencontres annuelles qu'on organise pour la semaine de l'unité des chrétiens, tout en se gardant bien de la moindre décision vers une reconnaissance mutuelle des Églises et de leur culte. « Rien ne presse, dit-on en parodiant le p. Couturier, puisque c'est Dieu lui-même qui doit réparer nos divisions, quand il voudra, comme il voudra ».

-       On nous dit que « si l'Église de France est en panne, les séminaires sont pleins à l'Est, en Afrique et en Asie ». Quand le presbytérat est, comme il le fut pour nous, le lieu d'une promotion sociale incontestable, il faut se garder de pavoiser, surtout lorsqu'on observe d'un peu prés les pratiques matrimoniales de certains prêtres ainsi formés.

-       « La société génère bien des difficultés pour les gens, et si les vocations manquent c'est aussi parce qu'on a peur de s'engager dans un contexte de chômage, de stress, de pressions ». Oui, mais n'en faisons pas un alibi simpliste à nos frilosités théologiques en matière de ministères.

-       « L'Église universelle n'est pas que française ; elle doit avancer au rythme de la communion des Églises ». Certes, mais n'en faisons pas la raison de l'immobilisme français. L'Église, chez nous, est confrontée comme nulle part ailleurs à un laïcisme diffus et constant, qui l'oblige à simplifier « la religion » en privilégiant l'intelligence de la foi et les questions du sens.

-       « Il y a chez nous bien des jeunes, et des jeunes couples, désireux de servir l'Evangile et de témoigner de leur foi dans un monde complexe ». Bien entendu, mais ne les fatiguons pas avec un décorum moyenâgeux, des liturgies pesantes souvent prévues pour des moines, une spiritualité exagérément bigote, un langage ecclésial d'initiés, etc.

-       « Tout le monde ou presque se réjouit de l'expérience « Taizé» et du ressort de foi qu'elle donne aux jeunes ». C'est un constat, mais il ne suffit pas de « romaniser » par les JMJ l'intuition des frères. Il faut encourager le dialogue oecuménique et la simplicité liturgique.

-       « La dévotion eucharistique et le sacrement de pénitence-réconciliation restent des moyens spirituels nécessaires et vitaux ». En effet, mais les déformer en idolâtrie infantilisante et les utiliser comme nouvelle pression sur les consciences, est malhonnête.

3 - Avons-nous encore le choix ?

Si les évêques ne répondent pas à ces deux conditions, le découragement sera durable.

-       Ou bien l'Église devient un ghetto, seulement présente dans les grandes villes et autour de prêtres « ecclésiastiques et cléricaux», avec un retour piétiste à la limite du superstitieux. (Cf. la fête de la miséricorde divine, agrémentée des sinistres visions de Sr. Faustine, le 23/02/07 à la Sainte Trinité à Lyon) ; Ou bien, dans un autre registre, on développe, comme Mgr. Rouet tente de le faire à Poitiers, l'ecclésiologie de Vatican II, y compris dans les petites communes, autour d'hommes et de femmes institués, à défaut d'être ordonnés.

-       Ou bien, on soutient l'unique pastorale épiscopale, qui consiste à rameuter les forces vitales en centre ville pour donner aux medias l'illusion du nombre. (Si la nouveauté du vendredi saint est de fournir des gens pour le chemin de croix cardinalice, inutile d'en prévoir un dans sa paroisse). Ou bien, dans un autre registre, on donne à chaque pasteur et responsable laïc des moyens et des soutiens pour construire et maintenir des communautés locales heureuses, vivantes et fraternelles, en faisant confiance à leur foi et leur amour de l'Église.

A l'Immac, nous avons choisi la version où tous les baptisés portent leur part dans la proposition de la foi, avec la mise en place de référents qui partagent la charge curiale, en développant le principe de subsidiarité, et en favorisant une règle simple: « confier peu de choses à beaucoup de gens », en nous appuyant sur leurs compétences et leurs charismes.

Rien de révolutionnaire, mais on essaie de ne pas trop régresser !

 

P. Michel Clémencin. Caluire, 7 mars 2007 + notes le 20 octobre 2007



[1] - Finalement, on sait : c'est une fièvre de canonisations qui saisit l'épiscopat. Entre autres, le Cardinal Barbarin propose le 14 juin 2007 au Conseil presbytéral la canonisation de mgr Billé. Sans succès. Le CP pense qu'il y a des dossiers plus urgents !

[2] - Ce texte a été rédigé à l'intention des animateurs d'une session du C.P. de Lyon sur l'avenir des ministères.

[3] - Depuis l'écriture de ce texte, en mars 2007, le motu proprio est arrivé le 7 juillet. Cette réponse inutile aux caprices d'une minorité qui s'obstine à ramener l'Église au XIX° siècle, ravive des querelles et ruine l'espérance de ceux qui attendaient de Rome de nouvelles ouvertures. Comme pour enfoncer le clou, paraissait ensuite une note rappelant que l'Église voulue par le Christ « subsiste dans » la seule Eglise catholique. « Le verbe subsister ne peut être attribué qu'à la seule Église catholique. » cit. 2° question.  « Ad nauseam » titrait le journal Réforme !

[4] - Prés de 50 jeunes de 17 à 20 ans se réunissent et prient tous les vendredis dans ma paroisse. Leur « modèle ecclésial » est Taizé. Ce Taizé moderne que les évêques récupèrent à chaque occasion. « Le retour du latin s'est déjà fait par la bouche des jeunes à Taizé et à Lourdes, et non pas par le motu proprio de Benoit XVI » disait le cardinal Barbarin dans « le Progrés » de Lyon du 17 août 2007. C'est oublier que la communion de Taizé a été fondée par un protestant, et que si l'expérience avait été catholique, elle aurait été immédiatement condamnée et interdite.

Publié dans Eglise

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article