C'est en associant nos efforts que la voix des catholiques de France pourra peser en faveur de l'avenir de la création.

Publié le par Michel Durand

Cette semaine, je vais consacrer du temps à la réflexion que je cultive avec les membres du groupe « chrétiens et pic de pétrole ». Il me faut tout d’abord dire que ce groupe, tout en portant obligatoirement une attention aiguë aux problèmes environnementaux, veut rejoindre philosophiquement, théologiquement, les racines des dégâts écologiques. Que l’on prenne soin de la Terre est une nécessité. Que l’on convertisse les réseaux économistes et politique qui détruisent l’équilibre de la nature avec les conséquences humaines, individuelles et sociales, est une exigence.

 

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 Installation de panneaux solaires sur le toit de la salle Paul-VI, au Vatican, le 14 octobre 2008. LA Croix 20/04/12.


Autrement dit, étayer intellectuellement la prise de conscience que nous avons eu, ouvre vers l’engagement politique.


Je dis cela en pensant au débat publié dans La Croix que je recopie ci-dessous, mais que vous lire directement sur le site du quotidien.

1 - Libre opinion : Éric de Kermel

2 - Réponse de Jean-Huges Bartet

3 - Courriers d’André Colombel et Jean-Pierre Guérend

 

 

29/8/12

1 - Libre opinion de Éric de Kermel

Les catholiques sont-ils passés à côté de la question écologique ? Éric de Kermel, journaliste, éditeur de « Terre sauvage (1) »

 

En 1962, Rachel Carson écrivait Le Printemps silencieux et dénonçait les dangers des pesticides. Son livre marque le début du mouvement écologique à une époque où le mot « environnement » n'existait pas. En 1972, le Club de Rome alertait sur l'urgence environnementale et l'impossible poursuite de la croissance illimitée. Tous leurs propos ont été validés par la suite.

Depuis cinquante ans, Pierre Rabhi a tenté d'emprunter une nouvelle voie. Invitant à la joie de la sobriété. S'adressant aux consciences, il choisissait la méthode douce.

Du pacte écologique de Hulot, en passant par Rio (+ 20 ou – 20), sans oublier les films de Jean-Paul Jaud (Nos enfants nous accuseront), Yann Arthus-Bertrand (Home) …, de multiples initiatives protéiformes ne conduisent qu'à de grands succès d'estime. Car ne nous voilons pas la face, ce qui change est infime devant la poursuite à grands pas de la destruction des formes vivantes de notre planète.

En tant que catholique peut se poser la question de savoir si nous ne sommes pas passés totalement à côté du sujet. Les catholiques ont pourtant su être très actifs autour des questions sociales, économiques, agricoles. Ils sont à l'avant-poste des combats contre la pauvreté, la famine, la santé. Ils sont intervenus sur les enjeux d'un développement Nord-Sud solidaire. Mais sur celui de la protection de la nature… un silence assourdissant. Comme si nous pouvions donner la priorité à l'homme sans nous préoccuper de son milieu. Aujourd'hui, que disons-nous de la protection de la mer menacée par la surpêche ? De l'exploitation des gaz de schiste qui polluent les nappes phréatiques ? Ces combats-là ne sont-ils pas d'abord ceux du respect du vivant, de toute créature vivante, de la Création ?

Lors d'une récente rencontre organisée par le magazine Terre sauvage au monastère orthodoxe de Solan, nous avons pu échanger autour du rapport entre « nature et spiritualité ». Un rapport parfois vécu sans le dire par les religieux qui vivent au cœur de magnifiques lieux de nature. Un rapport plus clairement exprimé et exploré par les religieuses de Solan. Un rapport qui est essentiel pour les bouddhismes mais aussi pour bien des sagesses ou traditions indiennes, africaines ou asiatiques.

Je souhaiterais que l'absence des catholiques dans le débat ne soit qu'un « retard »… Les théologiens avouent d'ailleurs qu'il faut désormais réinterpréter les textes pour tenter une urgente théologie de la nature. Urgente car nous savons combien les religions peuvent induire des comportements, des conversions. Et c'est bien à une véritable conversion que nous sommes appelés.

« Ce n'est pas seulement à travers le monde que nous devons planter des arbres mais dans la tête de chaque homme », a expliqué Tristan Lecomte (président de Pure projet) lors de la rencontre de Solan. Comment intégrer dans notre emploi du temps une part qui soigne et fait grandir l'arbre dans nos têtes ? Quelle place donne-t-on dans les programmes scolaires à la conscience du vivant, à l'émerveillement, à notre responsabilité vis-à-vis d'une nature dont nous sommes l'une des espèces ?

Comment faisons-nous pour que, à l'image du Frère Silouane, jardinier du monastère d'En-Calcat, nous réalisions l'unité entre notre liturgie et la culture de la terre, toutes deux célébrant la Création… L'enjeu est bien de développer une altérité qui nous conduit à regarder ce qui vit avec un œil ouvert et bienveillant. Le vivant, c'est l'autre qui nous ressemble mais aussi qui ne nous ressemble pas du tout et fait bien partie de la même ronde de la vie.

Nous sommes fragiles autant que les abeilles. Si nous prenons conscience de cette fragilité, peut-être saurons-nous aussi la respecter sous toutes ses formes.

Eric de KERMEL

 

(1) Mensuel édité par Bayard.

 

2 - Les catholiques plongés dans l'écologie. Jean-Hugues Bartet,

directeur du département «environnement et modes de vie» à la Conférence des évêques de France

 

Dans le numéro du 29 août de La Croix , Éric de Kermel a exprimé une libre opinion : « Les catholiques sont-ils passés à côté de la question écologique ? » Cette opinion, provocatrice, présente une analyse intéressante de l'urgence, pour les catholiques, d'une véritable conversion pour respecter le vivant et célébrer la Création. L'auteur évoque un silence des catholiques dans le débat sur l'environnement, sans nuancer son propos.

En fait, l'Église catholique a pris position en faveur de l'écologie au même rythme que la société civile. Ainsi, en 1972, l'année où le Club de Rome lançait son alerte, Paul VI adressait un message à la première conférence des Nations unies pour l'environnement à Stockholm, alertant déjà l'humanité pour qu'elle substitue le respect de la biosphère à la poussée aveugle du progrès. Jean-Paul II, à son tour, a souvent plaidé pour l'environnement et son message du 1er janvier 1990 : « La paix avec Dieu créateur, la paix avec toute la création  » creuse les enjeux théologiques de l'écologie. Ainsi, le « Compendium (résumé ) de la doctrine sociale de l'Église », publié en 2004, introduit un chapitre entier sur « sauvegarder l'environnement ».

Benoît XVI a continué ce plaidoyer et intervient souvent en faveur de l'environnement.

Concrètement, le Vatican veut montrer l'exemple et s'engage, lui aussi. Le plus petit État du monde a pour ambition de devenir neutre en émission de carbone. Il n'a sur ses 44 hectares de souveraineté aucune industrie polluante, et il a fait installer des centaines de panneaux solaires photovoltaïques, en 2008, sur le gigantesque toit de la salle des audiences, pour fournir l'électricité à la Cité du Vatican. Le 5 juillet 2007, il signait le contrat de plantation d'une « forêt climatique du Vatican » en Hongrie, amorçant un « puits de carbone » de 7000 hectares, afin de compenser les émissions de carbone provoquées par les déplacements du pape et de ses collaborateurs.

Depuis, est parue en 2009 l'encyclique Caritas in veritate , dans laquelle figure un demi-chapitre sur l'environnement. Et le 1er janvier 2010, le message pour la Journée mondiale de la paix de Benoît XVI, « si tu veux la paix, protège la création », a fait écho, vingt ans après, à celui de Jean-Paul II. La sauvegarde de la création fait donc bien partie du message catholique.

Ce qui est vrai, c'est que les catholiques français ont tardé à s'investir, en tant que tels, dans ce domaine, même si certains militent déjà depuis longtemps dans des associations écologistes. Si, en Suisse et en Allemagne, des groupes catholiques ont démarré des campagnes de sensibilisation dans les années 1970, ce n'est que dans les années 1990 que des pionniers, comme Pax Christi avec sa commission sauvegarde et gérance de la création, ont démarré en France. Peut-être que la tradition des catholiques français d'être investis dans les « combats contre la pauvreté, la famine, la santé » a occulté, un temps, l'importance des nouveaux enjeux de l'écologie.

Cependant, en 2000, la commission sociale des évêques de France a publié une plaquette : « Le respect de la Création. » Les groupes catholiques et souvent, aussi, œcuméniques sur l'environnement se sont multipliés. En 2009, la Conférence des évêques de France a constitué un groupe de travail « écologie et environnement » qui a permis un travail collectif de tous les évêques sur ces questions. Il en est sorti le petit livre Enjeux et défis écologiques pour l'avenir que la Conférence a publié en mai dernier.

Mais il reste maintenant aux catholiques à passer plus résolument à l'action concrète. Car c'est en associant nos efforts que la voix des catholiques de France pourra peser en faveur de l'avenir de la création. Et, s'il y a eu un silence assourdissant, il me semble que c'est plutôt celui de la dernière campagne présidentielle, sur les enjeux écologiques.

Jean-Hugues BARTET

 

Voir site de Pax Christi

3 - Courriers

Merci à Éric de Kermel pour sa libre opinion sur « Écologie et catholiques ». En effet, quel silence ! Je propose de compléter en faisant remarquer que, de la même façon qu’il n’est pas possible d’accéder à la culture sans éducation, il n’est pas possible de penser la protection de la nature sans avoir conscience de la Création et d’un Créateur. Aujourd’hui l’écologie est la propriété intellectuelle de personnes et de groupes qui font de leurs combats une lutte contre... quel que soit l’adversaire – il en faut un et ils n’en manquent pas, c’est ce qui les motive. Hélas, la création ne peut être traitée de la sorte, elle est mise à disposition des hommes non pas pour qu’ils en abusent, mais la cultivent, ce qui nécessite sueur et difficulté. Qui veut encore entendre de telles affirmations, pourtant plus efficaces que tous les combats intellectuels ou politiques ? Lorsque les jeunes agriculteurs auront compris que le sol est, plutôt qu’une ligne sur le tableau Excel, « la fortune et l’avenir du monde » selon Teilhard de Chardin, alors les hommes regarderont aussi la nature comme un trésor à préserver et non à gaspiller. Rien, en effet, ne se fera tant que celles et ceux qui sont en responsabilité du sol ne seront pas exemplaires, chercheurs, enseignants inclus. Manasobu Fukuoka, célèbre savant et cultivateur japonais, affirme :  « De la même façon qu’un pays traite ses sols, il traite ses citoyens. » Voilà donc une piste pour rendre notre monde plus humain et plus respectueux de l’environnement.

André Colombel (Ille-et-Vilaine)

 

Selon Éric de Kermel, les catholiques seraient passés à côté du sujet environnement ! Je me demande s’il est bien informé, s’il consulte régulièrement le site de la Conférence des évêques, s’il sait qu’un département Environnement et modes de vie est en place, que des réunions plénières des évêques ont eu lieu récemment, qu’un rapport piloté par Mgr Marc Stenger, évêque de Troyes et président de Pax Christi France, a été publié sous le titre Écologie et création . Sait-il que le mouvement Pax Christi France, depuis plus trente ans, a été pionnier dans ce domaine pour provoquer réflexions et actions, pilotées par Jean-Pierre Ribaut, que ce mouvement a travaillé en profondeur sur le sujet jusqu’à fonder le réseau œcuménique « Paix, environnment et modes de vie » rassemblant aujourd’hui de nombreux mouvements et diffusant une affiche pour mener des campagnes annuelles avec la Journée de la création. Justice et Paix France apporte sa réflexion à ce grand sujet. L’environnement et les nouveaux modes de vie sont un terrain formidable pour développer l’œcuménisme.

Jean-Pierre Guérend (Hauts-de-Seine)  

 

Voir aussi ; L'Eglise creuse le sillon de l'écologie.


 


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