Comment garder une sensibilité vive, une capacité d'indignation dans la rencontre des groupes et des personnes qui subissent des situations de misère et d'humiliation

Publié le par Michel Durand

Demain, vu la taille de ce post, je place mon ordi au repos, mais aujourd’hui je me suis décidé à continuer ma méditation sur le prêtre dans une résistance à la néosacerdotalisation du prêtre (presbuteros). Cette expression quelque peu barbare s’expliquera facilement avec la lecture des textes précédents. voir aussi ici.

Sans oublier les pages intermédiaires.


apero

Un seul prêtre

La lecture de l’Evangile nous enseigne que désormais il n’y a qu’un seul prêtre, Christ. Relisons Hebreux 7, 22-28 :

« C'est bien la preuve que Jésus est devenu le garant d'une alliance meilleure. Dans l'Ancienne Alliance, un grand nombre de prêtres se sont succédé parce que la mort les empêchait de durer toujours. Jésus, lui, puisqu'il demeure éternellement, possède le sacerdoce qui ne passe pas. C'est pourquoi il est en mesure de sauver d'une manière définitive ceux qui s'avancent vers Dieu grâce à lui, car il vit pour toujours, afin d'intercéder en leur faveur. C'était bien le grand prêtre qu'il nous fallait : saint, sans tache, sans aucune faute ; séparé maintenant des pécheurs, il est désormais plus haut que les cieux. Il n'a pas besoin, comme les autres grands prêtres, d'offrir chaque jour des sacrifices, d'abord pour ses péchés personnels, puis pour ceux du peuple ; cela, il l'a fait une fois pour toutes en s'offrant lui-même. Dans la loi de Moïse, ce sont des hommes remplis de faiblesse qui sont désignés comme grands prêtres. Mais plus tard, quand Dieu s'engage par serment, il désigne son Fils qu'il a pour toujours mené à sa perfection ».

Je pense qu’au cours de la prochaine assemblé générale du Prado, cette orientation centrée sur le Christ, unique grand prêtre, alimentera la médiation de ses membres. J’en veux pour preuve la lettre de convocation rédigée par le supérieur général du Prado, Robert Daviaud et publiée dans le numéro 113 (juillet 2012) de Prêtres du Prado.

« L'urgence de la Mission, écrit-il au nom des pradosiens, nous la ressentons vivement quand nous portons le regard de Dieu sur le monde d'aujourd'hui. Combien de personnes ne sont-elles pas en train de « se perdre » ! Combien de peuples, affrontés à la violence, n'ont-ils pas beaucoup de difficultés à transmettre l'art du « vivre ensemble » et le sens du bien commun ! Combien de gens et de jeunes ne sont-ils pas sans perspective d'avenir, sans travail, sans revenu suffisant, victimes d'un système économique injuste ! Combien peut-il être difficile de garder une ouverture spirituelle dans un monde où l'immédiateté de la consommation et des biens matériels l'emporte sur tout le reste ! Nous sommes invités, dans la foi, à porter un regard lucide sur le mal et le péché qui abîment la vie de tant de personnes, de tant de pauvres.

Cependant, dans la foi au Christ Ressuscité, et dans l'exercice même de notre vie apostolique, nous sommes témoins et acteurs du relèvement de beaucoup de personnes qui retrouvent leur dignité et leur capacité d'agir en enfants de Dieu. Les crises vécues par nos peuples peuvent être des moments de vérité et ouvrir à de nouvelles solidarités et aux changements nécessaires.

Porteurs de l'espérance et de la joie de Pâques, nous sommes attentifs à tous les signes messianiques qui nous montrent la présence de Dieu et l'ouverture de bien des pauvres, de bien des gens, aux réalités du Royaume (cf. Rm 14,17).

Nous préparons cette Assemblée générale alors que l'Église nous presse de mettre en œuvre une “nouvelle évangélisation”, et le pape Benoît XVI a fait de l'année qui vient “une année de la foi”. Nous nous retrouvons bien au Prado dans ces deux dimensions : laisser l'Esprit Saint fortifier notre acte de foi ; laisser l'Esprit Saint nous ouvrir les portes d'un témoignage et d'une annonce enthousiaste de l'Évangile au milieu des pauvres, des souffrants et des malheureux vers lesquels nous sommes envoyés ».

Je ne peux que placer cette pensée dans la ligne de mon homélie de dimanche dernier où je m’interroge sur mon manque de foi ; « Où sont-ils ceux qui sont en quête d'un Pasteur, d'un Maître ? Pour eux, ce maître existe-t-il ?

Ils sont sans guide, sans quelqu'un qui puisse leur donner confiance. Ils n'ont personne vers qui se tourner. Ils ne peuvent faire confiance à personne, car il n'y a personne sur qui ils peuvent compter. Dieu est sorti de leur univers. Ils ne savent pas que Christ est, pour eux, un guide. C’est dans ce constat que s’enracine la prise de conscience de mon manque de foi et d’espérance. Je le confesse ».

Nouveaux défis

Robert Daviaud prolonge sa méditation en parlant des défis nouveaux pour le Prado : « Les points que je vais énumérer, écrit-il,… ne sont pas forcément nouveaux, mais ils se présentent aujourd'hui et pour les années à venir avec une acuité nouvelle et particulière.

1 - Être et devenir des hommes de foi et de prière. Le Prado est pour la Gloire de Dieu et le Salut du monde. Comment l'étude de l'Évangile, l'oraison, l'Eucharistie et le sacrement de pénitence expriment-ils notre louange au Seigneur et notre envoi en son nom près des pauvres, des exclus et des ignorants de ce temps ? Prenant appui sur l'expression chère au Père Chevrier, « Sacerdos alter Christus », quel témoignage de l'insondable richesse de Jésus Christ donnons-nous aux chrétiens, aux confrères et aux séminaristes ?

Quelle est notre profonde communion avec ceux des membres du Prado qui sont affrontés à la persécution à cause de leur fidélité à la Parole de Dieu ?

2 - Servir l'espérance des pauvres dans les nouvelles conditions d'aujourd'hui. Comment garder une sensibilité vive, une capacité d'indignation dans la rencontre des groupes et des personnes qui subissent des situations de misère et d'humiliation. Comme le Père Chevrier, demandons à Dieu dans la prière cette compassion, nous faisant ainsi partager l'attitude du Christ qui regarde, écoute, aime, relève et nous confirme ainsi dans l'option préférentielle pour les pauvres, articulant dans le concret de l'existence l'humanisation et la sanctification.

3 - Prendre notre part, avec enthousiasme, à la mission de Dieu dans notre diocèse et au cœur de l'Église universelle, en portant le souci de l'évangélisation des pauvres. Le Prado est un charisme missionnaire. Nos évêques et nos Églises sont en droit de trouver en nous des personnes zélées et· créatives dans l'annonce de l'Évangile aux pauvres. Que nous faut-il "quitter" ou poursuivre pour enrichir la mission des points forts du Prado ?

4 - Une double priorité : Les jeunes et les séminaristes. Le Père Chevrier, en véritable éducateur de la foi, a consacré une bonne part de son ministère à ces deux groupes. Comment retrouver la dimension éducative du Prado auprès des jeunes des milieux les plus pauvres et qui subissent, le plus, la déstructuration de nos sociétés ? Comment poursuivre et intensifier notre place pour appeler et former des apôtres pauvres pour notre temps ? Pour cela, à quelle conversion, à quels changements concrets sommes-nous appelés ?

5 - Suivre Jésus Christ dans sa pauvreté et dans son humilité. L'esprit du monde actuel ne risque-t-il pas de nous faire perdre la radicalité de la vocation pradosienne, dans la suite de Jésus Christ selon le Tableau de Saint Fons ! Comment nous aider les uns les autres à vivre cette dimension fondamentale, dans les conditions d'aujourd'hui ? C'est la source même de notre vie communautaire et fraternelle comme de notre envoi en mission »…

Ce texte, destiné à la famille pradosienne, mérite d’être lu par tous dans un esprit de saine transparence. Personnellement je le pense et le souhaite ; car, même sans qu’une paroisse soit officiellement étiquetée pradosienne, l’esprit de cette spiritualité missionnaire ne peut se cacher si elle inspire son pasteur. Autrement dit, je me retrouve parfaitement, par exemple dans ce 5ème § et les membres qui ont fondé chrétiens et pic de pétrole, ne peuvent ignorer la source d’une action en faveur des perturbés du productivisme. Mais, il y a encore beaucoup plus à dire en regardant ce que vit une communauté ouverte à l’accueil de tous ceux qui sont loin de l’Église (je pense aux artistes qui ont toujours une histoire vécue à raconter et qui les ont détournés du Christ), ouverte également aux migrants, aux personnes isolées, etc…

des gens que nous rencontrons, parfois, à l’issue de l’eucharistie du dimanche pendant l’apéritif.


Notons enfin ceci :

que cet appel soit adressé à des prêtres ne supprime pas la possibilité à des baptisés (sacerdoce commun des fidèles) de s’emparer à fond du questionnement d’une spiritualité missionnaire. Au contraire, je les encourage à suivre l’exemple du Prado sans cacher mon souci de résister à une tendance sacerdotalisante.

 

Pour en savoir plus sur le Prado et ses revues : (00.33) (0) 4 78 72 41 67

AP.PRADO@wanadoo.fr

 

Débat

Le courrier des lecteurs de La Croix du 19 juillet 2012 alimente le débat. Voir ci-dessous :

 

Mgr Pascal Roland

- Je n’ai vraiment pas apprécié l’article du 28 juin à l’occasion de la nomination de Mgr Pascal Roland comme nouvel évêque du diocèse de Belley-Ars en remplacement de Mgr Guy Bagnard… (Voir ci-dessous la copie de l’article)

Votre journaliste rapproche arbitrairement les déclarations de Mgr Roland sur sa conception du ministère épiscopal de celles d’un groupe de laïcs s’opposant avec virulence à Mgr Bagnard, leur propre évêque. L’impression donnée est que Mgr Roland se positionne lui-même en réaction par rapport aux choix pastoraux de son prédécesseur, et qu’il cautionne les positions outrancières de ces laïcs.

(…) Quel évêque et quel responsable peut prétendre faire l’unanimité auprès de ceux dont il a la charge et pour lesquels il doit prendre des décisions ? Croyez-vous que tous les chrétiens de Poitiers aient été contents des choix pastoraux de Mgr Albert Rouet ? De même, à Evreux, du temps de Mgr Jacques Gaillot, ou à Paris du temps de Mgr Jean-Marie Lustiger ?

J’ai personnellement connu Mgr Bagnard lorsqu’il était mon supérieur de séminaire à Paray-le-Monial, entre 1982 et 1984. Tous les séminaristes étaient marqués par sa spiritualité et son intelligence, ainsi que par son amour de l’Église. Il représentait pour nous une magnifique figure du prêtre tout donné à son ministère, enraciné dans la Tradition de l’Église et portant un regard aiguisé sur les enjeux ecclésiologiques de notre temps. Ses références au concile Vatican II et au Magistère étaient permanentes. (…) 

Abbé Henri de Kersabiec (Maine-et-Loire)


- Ayant eu quelques responsabilités dans la formation de futurs prêtres et ayant pu, à ce titre, visiter le séminaire d’Ars dont il est ici question, je ne puis que m’étonner des propos tenus dans votre journal.

Certes, toute conception du sacerdoce et de la formation des prêtres peut être discutée et critiquée. Cette manière, cependant, de laisser dans un article des propos acides («… un séminaire où les futurs prêtres sont “formatés” selon une conception cléricale du sacerdoce »), sans les fonder, participe du « on dit » et de la médisance, si ce n’est de la calomnie. Il est facile d’empoisonner de cette manière les esprits des lecteurs en employant à bon compte l’arme du soupçon, sans aucune vérification et aucun argument pouvant fonder dans l’article cette opinion injurieuse pour les formateurs de cette institution. (…) Laissez, s’il vous plaît, à la télévision et aux journaux à scandale ce genre de méthode de « formatage », pour reprendre le terme employé dans l’article. Et si vous pouviez utiliser votre pouvoir en aidant l’Église de France à retrouver un peu de confiance et guérir ce mauvais esprit systématique, vous ne feriez pas peu. 

P. François Weber (Meurthe-et-Moselle)

 

La Croix 28 juin 2012

 Mgr Pascal Roland a été nommé vendredi par Benoît XVI évêque de Belley-Ars (Ain).

 

Sans doute, reconnaît-il que son implication dans la formation des futurs prêtres – une sorte de « fil conducteur » dans son parcours –, a joué un rôle dans sa nomination à la tête d'un diocèse profondément marqué par la figure du curé d'Ars. « C'est ma sensibilité, ma compétence », explique-t-il simplement. De fait, ce natif des Yvelines, né en 1951 à Chatou, ordonné prêtre en 1979 pour le diocèse de Versailles, a été de 1986 à 1994, responsable du service diocésain des vocations et de la formation des séminaristes et de 1991 à 1994, délégué régional d'Île-de-France pour les vocations. Après une expérience de curé de paroisse dans le diocèse voisin de Pontoise, il avait renoué avec cette problématique comme professeur au séminaire Saint-Sulpice d'Issy-les-Moulineaux où il a enseigné la christologie de 2000 à 2003. Nommé en 2003 évêque de Moulins, il faisait depuis de la communion du presbyterium « l'un des points forts » de son épiscopat.

 

Même s'il n'a pas « d'état d'âme » et a accepté « sans hésitation » sa nouvelle mission, Mgr Roland a le sentiment d'abandonner le diocèse de Moulins « au milieu du gué », alors qu'il est en train de réfléchir aux grandes orientations à prendre à la suite de l'enquête menée en octobre 2011 qui a révélé des chiffres inquiétants voire accablants. « Certains le vivent mal, constate Mgr Roland, même si je leur explique qu'il faut continuer à préparer le terrain pour celui qui va me succéder. »

 

Du diocèse de Belley-Ars et des pays de l'Ain, il ne connaît que le sanctuaire d'Ars où convergent chaque année 500 000 pèlerins. Mgr Guy Bagnard, évêque de Belley-Ars depuis vingt-cinq ans, étant nommé administrateur apostolique du diocèse jusqu'à sa prise de possession canonique le dimanche 9 septembre dans la co-cathédrale de Bourg-en-Bresse, Mgr Roland entend « bien finir » ce qu'il doit mener à son terme dans le diocèse de Moulins avant de s'investir pleinement dans sa nouvelle mission, se contentant d'une rencontre informelle avec les prêtres. Conscient de la défiance qu'ont suscité chez une partie des prêtres, religieuses et laïcs engagés certaines options de Mgr Gagnard, notamment la fondation d'un séminaire où les futurs prêtres sont « formatés » selon une conception cléricale du sacerdoce, Mgr Roland ira à la rencontre de son nouveau diocèse « avec un esprit bienveillant et accueillant » , fort de cette double conviction : « On ne fait pas l'unité tout seul » ; « l'unité est capitale pour le témoignage » .

 

SAUTO Martine de

Publié dans Eglise

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