Connaissance de Dieu à partir du vécu, théologie pratique

Publié le par Michel Durand

Je me suis lancé dans la lecture de Chritoph Théobald : « Le Christianisme comme style, une manière de faire de la théologie en postmodernité ». Cerf, 2007.

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Ce n'est pas facile. Je ne comprends assurément pas tout. Comment peut-on rédiger des phrases qui n'en finissent pas d'apporter des nuances ? Malgré cette complexité, j'éprouve une grande joie, car la pensée de cet auteur (qui me semble neuve, mais qui, fondamentalement, ne l’est pas) m'apporte un nouvel éclairage sur l'attachement au Christ. En effet, on n'élabore pas une théologie pour développer un dogme, mais pour s'approcher au plus proche du mystère christique.

Dans toutes les pages que je viens de lire ( il y en a plus de 900), je découvre la centralité de Jésus, le Fils.

Pourquoi Jésus n'a-t-il laissé aucun écrit ?

Que Christoph Théobald me pardonne si je trahis sa pensée. Voilà comment je retraduis ce que j'ai perçu : Jésus, n'ayant pas écrit de texte, offre la possibilité d'un profond attachement à toute sa personne. Il n'y a que cela qui compte. S'il avait laissé un ouvrage, on étudierait celui-ci en ne décelant pas le risque de se laisser enfermer dans et par les mots écrits. Aucun mot, même ceux qu'il aurait rédigés à la vue de ses disciples, ne peut exprimer l'indicible personnalité du Père de l'Univers. Jésus, Verbe éternel devenu chair par Marie, requiert une attention permanente pour que l'on comprenne ce qu'il a à nous dire aujourd'hui alors que le monde ne vit plus comme hier en son temps palestinien sous l'occupation romaine.

Chritoph Théobald, en une toute petite phrase, me montre la Révélation comme je ne l'avais encore jamais perçue, ou ainsi formulée.

À la suite du Christ, il y a l'Église puis l'Écriture. L'Écriture néo-testamentaire est relative au Christ et à l'Église. Sous le regard de l'Esprit-Saint, en tenant compte du Père dont nous parle le Fils, l'Écriture n'arrive qu'en cinquième position. Elle émane de l'Église que Jésus voit se former à partir des petits. « Je te loue Père, Seigneur du ciel et de la terre, d'avoir caché cela aux sages et aux intelligents et de l'avoir révélé aux tout petits. Oui, Père, c'est ainsi que tu en as disposé dans ta bienveillance » (Luc 10, 21-22).

D'avoir caché cela : Mystère du Royaume des cieux.

En conséquence, quand je fais une lecture d'Évangile, une étude, selon le langage du Prado, c'est moins pour comprendre la matérialité des mots, des phrases, leur grammaire (bien que cela soit indispensable avec toutes les sciences à notre portée) que pour communier avec la personne du Christ et ses collaborateurs. Il s'agit d'entrer dans l'hospitalité qui nous est offerte.

Robert Beauvery, nous aidant à entrer en dialogue avec les rencontres du Christ : Nicodème, la Samaritaine, l'intendant d'Hérode… pénètre dans cette dynamique relationnelle de l'hospitalité qui signifie la miséricorde divine. En fait, les Écritures ne sont que les médias qui montrent le chemin à prendre afin de répondre aux défis nouveaux que posent les situations nouvelles. Que dire et faire aujourd'hui (le devoir d’évangéliser) pour entrer et faire entrer dans l'intimité christique ? Paroles et témoignages engendrent des chrétiens dans la mesure où tout invite à se greffer sur Jésus Christ.

Il y a quelques années, je disais que Jésus nous invite plus à entrer dans le Royaume qu'à consolider l'Église, même la Romaine. L'Église est signe de salut, sacrement pour toute l'humanité.

Revenons à Chritoph Théobald.

Pendant les années de séminaire, je pense que j'aurais été complètement incapable de comprendre ces longs développements théologiques. Les bases n'étaient pas encore suffisamment acquises, même au niveau final de la rédaction du mémoire. Pourquoi avoir attendu au moins les cinquante ans et plus pour trouver goût à ces lectures exigeantes ?

Maintenant que l'heure de la retraite sonne, cela me semble trop tard.

Enfin, j'ai la joie de partager avec vous, éventuels lecteurs (lectrices), ou lecteurs (lectrices), assidus d’ « en manque d'Église ».

Je note au passage que ce titre « en manque d'Église » convient bien au constat d'un retard dans ladite recherche théologique. On est toujours en maque de quelque chose.

Chritoph Théobald cite souvent Hans Urs von Balthasar. J'ai lu, sans arriver à le faire systématiquement, voire entièrement, « la Gloire et la Croix ». Lu et oublié. Le peu que j'ai perçu de cette théologie m'a beaucoup apporté et je remercie Olivier de Berranger de m'avoir indiqué le chemin de cette méditation théologique et spirituelle en 1986, année de formation pradosienne. Cela m'a assurément aidé dans mon apostolat.

« Ce que l'homme, ému par la beauté, découvre de lui-même en lui-même et par lui-même ne peut s'opposer à ce que Dieu dit de l'homme ». Cette devise forgée par les contacts à l'Association Confluences trouve désormais chez ce théologien divers échos.

N'y a-t-il pas également des résonances adéquates avec les engagements des objecteurs de croissances ?

Chritoph Théobald parle de style chrétien pour essayer de définir l'essentiel du message du Christ. Le style du peintre dit quelque chose de son intimité créatrice. Le style, art de vivre du disciple est reflet du maître. Le  prêtre est un autre Christ. Idem pour de tout baptisé.

Il me faudra en reparler plus tard. Pour l'instant, je voudrais seulement témoigner de ma joie de lire ces grands théologiens, même si je ne comprends pas tout et s'il est trop tard pour se lancer dans de telles découvertes.

Je suis heureux de ces lectures parce que je sens s'unifier deux engagements importants de ma vie, les domaines artistiques et politiques. L'art avec, par exemple, la biennale d'art sacré actuel. Le politique avec l'inévitable objection de croissance : sortir du capitalisme. Les deux domaines s'interpellent mutuellement., chacun avec son langage propre.

Publié dans Témoignage

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Bruno G 26/03/2010 18:24


Cher guide

Depuis nos échanges sur le bouddhisme, gràce aux alertes, je parcours régulièrement les articles que vous écrivez régulièrement sur ce site. Et en lisant ce dernier article sur ce livre de
théologie, je m'aperçois que vous m'influencez de plus en plus. Votre regard sur l'Eglise et la théologie me fait un bien fou, et me permet de rester "en manque d'Eglise"... d'éprouver ce manque
non pas comme un pessimisme, mais comme un Espérance. L'expérience de Dieu est avant tout l'expérience d'un manque.
Oui, la relation au Christ peut être au centre de notre vie telle que vous l'exprimez très bien, et qu'en se situant dans cette relation, tout age peut être le moment d'une expérience nouvelle,
même si nos considérations humaines peuvet avoir un avis plus nuancé !
Bonne lecture pour terminer ce livre, et merci d'être pour nous un guide en relisant pour nous ce que vous avez compris.

Bruno


Michel Durand 04/04/2010 18:31



Merci pour votre commentaire. Je pense que les influences sont réciproques. Ensemble nous nous approchons de la Vérité et du bonheur. Et bien sûr, seul le Christ est guide. Il est, comme je le
dis souvent, l'unique  Prêtre. Sacerdoce partagé par tous les baptisés.
Je n'ai pu vous lire qu'un fois terminé les offices et leurs préparations de cette grande et belle Semaine Sainte. La "Fière semaine" pour reprendre une expression connue de quelques uns.


Bonne fête de Pâque : le PASSAGE, la Résurrection. Mystère imcompréhensible, sinon avec les yeux de la foi et des poètes.