Dans et par le repos, prendre conscience de la vanité de l’idée de croissance.

Publié le par Michel Durand

Samedi prochain, nous commençons la réflexion sur la nécessité d’envisager à nouveaux frais la société : « Quelle société voulons-nous ? Notre engagement dans la construction d’un monde à venir »

Ce titre, trop vague, un peu attrape-tout, est spécifié par son contenu. On comprend qu’une analyse foncière du libéralisme, tant philosophique, politique, qu’économique ne peut être évité.

Construire de nouveau un monde nouveau !

Personnellement, j’aborde ce sujet avec la conviction que le message évangélique apporte la piste conduisant vers les portes à ouvrir, les réalités à construire. Non que le christianisme possède immédiatement la solution, mais qu’il place, grâce au Christ, dans une ambiance spirituelle, mystique, fraternelle et universelle – en communion avec d’autres pensées et courants philosophiques et religieux. Pensons tout simplement à l’exigence du repos. Pour le bien de l’homme, de la femme, son bonheur et désir de convivialité, le loisir (otium) est porteur de richesse. « Travailler moins pour vivre mieux ». Ce n’est pas une loi, mais une vie.

 

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Si le Code d’Hammurabi donne à lire au XVIIIe siècle av. J.-C. ce « commandement du “ne rien faire”», c’est qu’on en parlait depuis déjà très longtemps.

« Souviens-toi du jour du repos, pour le sanctifier.

Tu travailleras six jours, et tu feras tout ton ouvrage.

Mais le septième jour est le jour du repos de l'Éternel, ton Dieu : tu ne feras aucun ouvrage, ni toi, ni ton fils, ni ta fille, ni ton serviteur, ni ta servante, ni ton bétail, ni l'étranger qui est dans tes portes. »

 

De nombreux ouvrages sont édités sur ces sujets. Ils sont tous à lire, car chacun apporte un éclairage. Une complémentarité est possible alors que l’on verra rapidement les points de divergences. En ce sens, j’invite à lire « Oser un nouveau développement. Au-delà de la croissance et de la décroissance  », éditions Bayard, septembre 2010 :

Crise écologique, crise économique, crise alimentaire... Peut-on encore parler de développement ? Peut-on encore viser la croissance ?

Ce petit livre pédagogique et pratique entend mettre ce débat à la portée de tous. Au-delà de la croissance et de la décroissance, comment penser le mieux vivre ensemble ? Toutes les dimensions de la vie humaine et sociale sont sollicitées : économique, sociale, politique, culturelle, sans oublier la dimension spirituelle. Et en particulier la foi chrétienne.

Un livre qui n’a pas la solution... mais donne des clés précieuses pour participer à l’invention d’un nouveau mode de vie, et des pratiques concrètes pour le mettre en œuvres.

Ce livre est écrit par le service de la Conférence épiscopale française : Justice et Paix, sous la direction de Elena Lasida, économiste à l’institut catholique de Paris, préface de Mgr Michel Dubost, président de Justice et Paix France.

 

Ces auteurs sont-ils tous des antiobjecteurs de croissance primaires ?

J’ai du mal à comprendre que cette réflexion s’efforce de page en page à défendre le développement durable tout en expliquant en introduction et en conclusion que « la décroissance pose une bonne question, mais qu’elle ne constitue pas une bonne réponse ».

Pourquoi et comment défendre le « développement durable » alors que des experts en ce domaine l’interrogent profondément ? Je pense à Dominique Bourg :

« Arrêtons la farce du développement durable ! Nous allons devoir nous adapter à un monde profondément nouveau. Le récent rapport de la commission anglaise du développement durable signé Tim Jackson, Prosperity without Growth. The transition to a sustainable economy, est à cet égard clair : la décroissance n’est pas un choix idéologique, mais une nécessité. » (acteurspublics.com, 14 juin 2010).

Lire aussi La Décroissance Nº 72, septembre 2010, p. 5 : Dominique Bourg : « il n'est plus question de stratégie de transition, mais il devient nécessaire de réfléchir sans tarder à ce que peuvent être des sociétés de décroissance. »

 

Il me semble que tout le débat s’origine dans ces propos et il est heureux que nous ayons ce débat. En effet, si je ne comprends pas la position du service de la Conférence épiscopale française : Justice et Paix. Eux non plus ne comprennent pas la position  des objecteurs de Croissance. Marc Stenger en donna un exemple au cours de sa conférence en 2009, me semble-t-il, à Lyon, Chemin Neuf, rue Henri IV.

Certains de ce groupe sont «  surpris par les questions qui ouvrent le laboratoire et qui semblent mal permettre le débat, la réponse étant dans la question… D’où cette conviction :

« Ceci m'incite encore plus à soutenir l'approche de Justice et Paix de sortir du débat "Croissance / décroissance" car

- autant il faut faire "décroître" certaines activités ( utilisations des ressources naturelles...)

- autant il faut en faire "croître" d’autres (développement de la santé pour tous, éducation...) pour ne pas être dans une approche quantitative, mais plutôt dans une approche de sens autour du vivre ensemble.

 

Voilà, nous sommes prêts pour le débat.

S’il commence timidement samedi, il se développera longuement, jusqu’à notre colloque du 11 novembre 2011.

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