De plus en plus nombreux dans notre société, les pervers narcissiques constituent près de 10% de la population

Publié le par Michel Durand

fabrique-homme-pervers_g.jpg

 

La mission de prêtre donne de nombreuses occasions de rencontrer des personnes qui ne vont pas bien. Des gens viennent nous voir pour avoir quelque réconfort. Il y a aussi celles et ceux qui sollicitent de l’argent pour manger, ou pour boire. Faut-il donner ? Je ne le pense pas ; mais prendre du temps avec eux ; oui. Boire ensemble un café.

Le fait de travailler d’un travail salarié donne aussi l’occasion de rencontres où l’on profite de la chance d’une oreille qui écoute. Que de dialogues (parfois des confessions) j’ai eu dans mon travail de serveur de restaurant, de barman !

Très souvent, devant des « cas trop cliniques », mon incompétence est telle que je ne vois rien à dire. Du reste, la personne vraiment malade est-elle apte à écouter ce que nous pourrions imaginer de dire ? Le silence prudent me semble préférable.

Donc quelle que soit sa situation dans la société, sacerdoce baptismal ou sacerdoce ministériel, les événements nous mettent en présence de gens qui vont mal.

Je pense aujourd’hui à cela parce que je me suis plongé dans la lecture de « La fabrique de l’homme pervers » de Dominique Barbier, psychiatre psychanalyste, et j’ai ravivé la question de mon regard sur les gens qui semblent ne pas aller trop bien. Une question permanente : Cette personne qui sollicite de l’aide, en qui je décèle un problème, est-elle sincère ? Est-elle, dans son histoire qui semble logique, dans la réalité ou dans le délire ? J’observe effectivement dans mon comportement, la tendance à vouloir rendre clinique toute situation qui m’apparaît sortir de l’ordinaire. Mais comme cela est trop facile de rejeter l’autre sous prétexte qu’il est « fou », je résiste à cette tendance de rejet qui protège la liberté personnelle. Alors je me dis : on ne peut pas qualifier tous ceux qui dérangent, qui posent problème de « fou » !

N’empêche qu’il y en a. Comment discerner. Ecoute et prudence.

Trop d’écoute risque l’enlisement dans un problème clinique qui nous dépasse. On entretient le mal a lieu de le guérir.

Trop de prudence, ouvre la porte à l’indifférence. Ce n’est pas mon problème. Qu’il (elle) se le garde. Dans ce cas, le risque est grave de ne pas avoir saisi la main tendue.

J’avoue avoir toujours de la difficulté pour discerner la juste mesure dans un échange. Sans cesse existe le questionnement de la sincérité ou de la santé de la personne qui parle. Qualifier de clinique tout cas, c’est prendre le risque de condamner celui qui est vraiment dans l’attente sincère d’une écoute. Il ne manipule pas, mais est sincèrement en difficultés.

Voici un souvenir. C’était dans la ville du Creusot en Saône et Loire. Tout jeune prêtre, j’ai ouvert ma porte à des jeunes en grandes errances. Un jour, des voisins ont porté plainte à la police pour cause de tapages diurnes. La police est venue constater que, vraisemblablement, régner plutôt le calme. Deux ou trois jours après, cette même Police me téléphone pour que j’accueille la nuit une toute jeune fille (15 ans) en fugue. Elle vivait l’enfer dans sa famille. Traumatisé par la plainte récente de tapage diurne et la visite de la Police à ce sujet, j’ai refusé de recevoir l’adolescente. Le policier ne savait pas quoi avec cette personne qui ne pouvait être remise à  la rue et encore moins rentrer chez elle. Aujourd’hui, tout en reconnaissant  que je n’étais pas mûr pour affronter une telle situation, que je n’avais reçu aucune formation en la matière, je regrette ma prudence, mon manque de connaissance et de maturité.

François, celui que les médias qualifient de pape (alors qu’il dit ce qu’il est, évêque de Rome), demande d’aller porter l’Évangile partout dans le monde : « Il n’y a pas de frontières, il n’y a pas de limites : Jésus nous envoie à tous ». Il faut aller jusqu’aux « périphéries existentielles, également à celui qui semble plus loin, plus indifférent ».

Il ne faut pas attendre que l’on vienne dans nos églises. Il faut rencontrer les gens là où ils vivent, dans leur quartier.

Donc, que l’on comprenne et accepte le risque de la rencontre aux frontières. Il me semble que nous devons nous former, former les communautés chrétiennes pour qu’elles vivent au mieux l’ouverture tout azimut. Savoir discerner le clinique qui nécessite des professionnels du quotidien qui peut se vivre dans le dialogue de proximité. Reconnaître que dans tous l es cas la tranquillité sera perturbé. Bref, accepter les conséquences de l’accueil tout en se gardant d’être vampirisé par un pervers narcissique. Soit : ne pas en voir partout.

Publié dans Témoignage

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article