Défendre la dignité des personnes migrantes

Publié le par Michel Durand


- on ne peut pas se couper en deux, prêcher d'un côté l'amour du prochain et de l'autre accepter qu'un Africain soit mis à la fourrière

- Il faut passer d'une « culture du western », avec ses bons, ses méchants et ses « hors-la-loi », à une « conception plus juste des rapports sociaux »,

 

 

Pendant les élections régionales en France, de divers côtés se manifeste la présence des étrangers et le soutien que leur apportent les citoyens.

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Ainsi, Mlle Lhimer, 19 ans, a été accueillie à l'aéroport parisien d'Orly par des applaudissements et des cris de joie, tandis que ses amies venaient la serrer dans leurs bras.

Le 20 février, elle s'était rendue à la gendarmerie de Château-Renard (centre) pour porter plainte pour maltraitance contre son frère, mais elle avait été placée en garde à vue et immédiatement expulsée de France car elle faisait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français remontant au 24 novembre 2009.

Samedi (13/03/2010) une cinquantaine de personnes l'ont accueillie, parmi lesquelles des membres du Réseau éducation sans frontières (RESF) qui l'a soutenue et des jeunes de son lycée français d'Olivet (centre). Ces derniers brandissaient une banderole sur laquelle on pouvait lire: "Le pays des gendarmes et des préfets t'a expulsée. Bienvenue Najlae dans celui de la solidarité et de la fraternité".

"Je ne m'attendais pas à autant de monde", a dit la jeune fille, radieuse. "Grâce à eux, ça a fait bouger les choses".

 


également sur le site de RESF : On bosse ici ! On vit ici ! On reste ici ! - Bande-annonce



Voir aussi, ci-dessous la position des Eglises chrétiennes de France.

 

La Croix, vendredi 12/03/2010

 

Les Eglises chrétiennes s'insurgent contre l'accueil durci des migrants

 

Lors d'un colloque qu'ils organisaient hier à l'Institut catholique de Paris, catholiques, protestants et orthodoxes se sont élevés avec vigueur contre certaines des dispositions prévues par l'avant-projet de loi en préparation au ministère de l'immigration

 

«Permettre à nos concitoyens de se positionner par rapport à l'immigration, par-delà les préjugés. » Ainsi le cardinal André Vingt-Trois, archevêque de Paris, président de la Conférence des évêques de France, résumait-il le sens du colloque « Les Églises et le défi des migrations » organisé hier à Paris par le Conseil d'Églises chrétiennes en France et plusieurs associations confessionnelles d'aide aux migrants. À trois jours du premier tour des élections régionales, le cardinal Vingt-Trois, le pasteur Claude Baty, président de la Fédération protestante de France, et le métropolite Emmanuel, président de l'Assemblée des évêques orthodoxes de France, ont vigoureusement appelé à « défendre la dignité des personnes migrantes ».

 

Le colloque traduisait leur volonté de construire une position commune face à ce que plusieurs des intervenants ont qualifié de « durcissement de la politique menée par le gouvernement en termes d'immigration ». Ils en veulent pour preuve l'avant-projet de loi de transposition des directives européennes (1). Le président de la Cimade, Patrick Peugeot, a exprimé son inquiétude face à une volonté d'« industrialisation des processus » qui « porte gravement atteinte au respect des droits de l'homme ». « Si, dans le système actuel, tout détenu doit être présenté à un juge des libertés et de la détention dans les quarante-huit heures, la loi prévoit que ce délai soit allongé à cinq jours, ce qui permettra, dans certains centres, d'expulser des gens sans qu'ils aient vu un juge », a-t-il indiqué, soulignant également que la durée de rétention pour un étranger en situation irrégulière devrait passer de trente-deux à quarante-cinq jours.

 

De son côté, François Soulage, président du Secours catholique, s'est élevé contre ce qu'il qualifie de « peine de bannissement », qui prévoit qu'un étranger frappé en France d'une mesure d'éloignement pourra, en plus, se voir prononcer une interdiction de retour d'une durée de cinq ans. « Il faut se mobiliser pour que la France reste une terre d'accueil », a insisté Anne-Cécile Antoni, présidente de l'Acat, critiquant au passage le « mépris du droit d'asile ».

 

Le colloque, ont tenu à rappeler les responsables ecclésiastiques, est davantage qu'une réaction à l'avant-projet de loi, et a été organisé avant que celui-ci soit rendu public. « C'est un message plus large de confiance, adressé à une société recroquevillée par la peur », a ainsi souligné le pasteur Baty, inquiet de « l'instrumentalisation politique d'une question aussi fondamentale qui a trait à la dignité des personnes. Il faut se battre contre l'idée qu'une personne dans l'illégalité perd tous ses droits. » Et passer d'une « culture du western », avec ses bons, ses méchants et ses « hors-la-loi », à une « conception plus juste des rapports sociaux », selon la formule du cardinal Vingt-Trois.

 

L'événement était aussi une première pour l'Action chrétienne des étudiants russes-Mouvement de jeunesse orthodoxe, qui avait tenu à participer à son organisation. Cette petite association orthodoxe y a vu l'occasion de montrer « son désir d'ancrage dans la vie publique ». « L'Église orthodoxe est par définition une Église d'immigration, pour les Russes, les Grecs, les Roumains, d'où notre sensibilité à la question des migrations, explique le P. Nicolas Lacaille, aumônier de l'Acer-MJO. C'est lié à un contexte social particulier, avec un afflux d'immigrés dans nos Églises, qui vivent dans des conditions très difficiles, mais aussi à un désir de réinvestissement de l'action sociale. » Comme le poursuit le P. Lacaille, « on ne peut pas se couper en deux, prêcher d'un côté l'amour du prochain et de l'autre accepter qu'un Africain soit mis à la fourrière ».

 

 

KOSKAS Camille

 

(1) L'avant-projet de loi doit transposer en droit français la directive européenne dite « retour » réglementant le départ des étrangers illégaux.

 

 


Egalement :

De Rue 89

Salariés sans-papiers : Besson snobe un appel du patronat

Par François Krug | Eco89 | 12/03/2010 | 20H14

Eric Besson a choisi d'ignorer l'appel à régulariser les salariés sans-papiers, lancé par plusieurs organisations patronales (Ethic, CGPME), l'entreprise Veolia Propreté et certains syndicats. Faute de signature formelle sur le document, le ministre met en doute que cette position soit vraiment partagée. Interrogée par Eco89, la présidente d'Ethic, Sophie de Menthon, y voit « de la puérilité » et « la peur de donner des voix à Le Pen » aux régionales.

Cette « approche commune » sur les salariés sans-papiers a été conclue à l'initiative d'Ethic, qui se veut le représentant au sein du Medef des « entreprises à taille humaine indépendantes ». Jusqu'ici, Ethic était surtout connu pour des opérations comme « J'aime ma boîte », appelant les salariés à « positiver » leur relation à l'entreprise.

Surprise : ce texte réunit non seulement Ethic, la CGPME ou Veolia Propreté, mais aussi la CGT, la CFDT ou l'Unsa. Des patrons et syndicalistes unis pour la régularisation des salariés sans-papiers ? Eric Besson a des doutes.

La réaction d'Eric Besson, « c'est de la puérilité »

Le ministère de l'Immigration et de l'Identité nationale a accusé réception, mais dans son courrier à Ethic, il note l'absence de signatures formelles sur le document :

« Selon nos informations, il semble que certaines des six organisations concernées indiquent n'avoir signé aucun texte, et ne pas apporter leur soutien à la démarche. »
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Réaction de Sophie de Menthon, contactée ce vendredi par Eco89 :

« J'aurais pu prévoir toutes les réactions, sauf dire “c'est même pas vrai”. Est-ce que je peux mentir avec la CGT, l'Unsa, la CGPME ? Il y a des témoins. En France, si vous faites un truc comme ça en période d'élections, on est mort de peur de donner des voix à Le Pen.

On a voulu montrer une bonne volonté commune. Tout le monde était d'accord pour dire qu'il fallait en sortir, ne pas créer d'appel d'air et être responsable. Ca engage l'honneur. Dire “c'est même pas signé”, c'est de la puérilité. »

« Ces gens-là bossent, ils ont le droit de ne pas trembler »

L'appel réclame la reconnaissance des sans-papiers disposant d'un contrat de travail, sans condition d'ancienneté sur le territoire français. Sophie de Menthon explique :

« Je ne cautionnerai jamais des patrons qui emploieraient des clandestins mal payés, ces patrons sont des salauds. Il y a une deuxième catégorie, ceux qui ont engagé quelqu'un, le déclare mais ne vérifie pas les papiers. S'ils viennent voir la puissance publique avec un contrat dans la main, en disant “Je veux qu'il ait un titre de séjour”, c'est de l'éthique.

Ces gens-là bossent, ils ont le droit de ne pas trembler, d'avoir un permis de séjour. C'est de la décence humaine, et de la décence économique. Il s'agit d'arrêter de mentir. »

Le Medef, dont Ethic n'est qu'une chapelle, est beaucoup plus réservé. Sophie de Menthon admet des divergences, mais assure que l'appel lancé avec les syndicats est soutenu par de nombreux patrons :

« Je reçois énormément de mails qui disent : “Je soutiens, mais je ne veux pas être cité.” Mais depuis la publication du texte, j'ai reçu le soutien de la Fédération de l'habillement et de Total. »

Photo : Sophie de Menthon (DR)

 


 

Publié dans Politique

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