Dès l’âge de 15 ans, j’avais le désir de voyager

Publié le par Michel Durand

Les dits « sans-papiers 

Je diffuse aujourd’hui la lettre d’Henry vivant à Lyon que j’ai reçue au début du mois de décembre. Récit réel ou imaginé, condensé de plusieurs témoignages ? Je ne peux contrôler ; mais je note que cela me paraît extraordinnaire.

Je regrette d’avoir trop attendu pour le publier. Il y a tellement à dire !

Non, Henry, je ne m’aligne pas avec celles et ceux qui disent que les jeunes quittent leur pays uniquement pour des raisons économiques, mais je reconnais que c’est cela que l’on dit très souvent. Du reste, j’ai traité de cette question, la soif de liberté, en rendant compte de l’émigration d’Algérie. Vous pouvez lire cet article à propos de la tragédie des « harraga » : LA TRAGÉDIE DES HARRAGA SERAIT-ELLE UN EPIPHÉNOMÈNE ?

 

 

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indépendante de la lettre cette photo montre
l'attrait de la culture africaine auprès des européennes.

 

 

 


Cher Michel,

Je suis inscrit à votre « lettre d’information » (newsletters), donc je reçois fréquemment vos différents articles, notamment ceux de « Vie d’ici et d’ailleurs » qui m’intéressent beaucoup. Vous avez déjà rendu public vos entretiens avec Coulibaly et Johnson. Je constate que vous vous alignez du côté de ceux qui disent que des gens immigrent vers d’autres pays rien que pour des raisons économiques.

Je me prénomme Henry, j’ai 34 ans, de nationalité camerounaise, vivant à Lyon.

Dès l’âge de 15 ans, j’avais le désir de voyager, d’être libre comme l’air, de découvrir le monde au point de vouloir abandonner les études. Mes parents trouvaient que j’étais trop jeune pour aller en aventure. Après avoir réfléchi, je mis mon projet à plus tard ; car les quitter serait un coup dur pour moi et pour eux aussi. Après l’obtention de la licence en économie il y a six ans, je quittai mon pays dans de bonnes conditions : visa touriste, billet d’avion et près de 8000 euros d’argent de poche, réservation d’hôtel…Je choisis Berlin comme première destination ; puis Rome, Bruxelles, Paris et finalement Lyon qui me convint le mieux par rapport à toutes les villes visitées. C’est là d’ailleurs que mon visa expira.

Je dus quitter l’hôtel où je vivais pour me réfugier chez un compatriote. C’est à ce moment que je connus une vie que je n’avais jamais connue auparavant : vivre sous le toit d’une autre personne, nourrir sa famille et lui, payer le loyer, les sorties, leur offrir une grande vie… Je m’étais fait arnaquer, et ce, par contrainte. Car il ne fallait pas que je sois mis hors de l’appartement pendant ce mois de novembre là. En plus, j’avais peur de sortir, compte tenu de tout ce que mon compatriote me disait : « Tu n’a plus l’autorisation de séjour. Si tu sors, les policiers t’arrêteront sur-le-champ». La somme de 4000 euros qui me restait en quittant l’hôtel fut dépensée en un mois. N’ayant plus d’argent, je fus jeté dehors dans le froid de décembre.

Une autre vie commença. Je dus appeler le 115 ; pour une période, les inconnus me logèrent, certains chrétiens aussi. J’eus des occasions de communiquer avec ma famille ; mais, je leur dis que tout allait bien ; de peur que mes parents viennent à Lyon afin me ramener de force au pays. Malgré tous mes problèmes, je restai ferme sur ma décision de vivre ici. Au fur et à mesure que le temps passait, je rencontrai des personnes qui ne comprirent ni pourquoi, ni comment ; moi, possédant une famille, deux immeubles, une villa et plusieurs autres biens, je choisissais de vivre de la sorte. Pourtant, elles me remontèrent le moral et plus tard, je commençai des petits boulots qui  me permirent de gagner honnêtement ma vie.

J’eus de l’argent. Mais je ne pus vivre pleinement sans titre de séjour. J’obtins ce papier deux ans plus tard après mon mariage avec une Française. Cette union ne fut pas facile, car les beaux- parents, de chaque côté, soupçonnèrent l’un de viser les biens de l’autre. Non seulement cela, les parents de mon épouse ajoutèrent que je ne voulus que des papiers tandis que les miens furent farouchement contre ce mariage pour des raisons qu’ils ne dirent pas. Mon épouse et moi considérâmes que comme nous étions les seuls acteurs, nous pouvions le faire sans nos parents.

Aujourd’hui, tous les soupçons ont disparu. Nous vivons notre vie de mariés.

Voilà, juste pour vous dire qu’on ne quitte pas son pays toujours à cause de la pauvreté. 


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